Julien Franquet (RN) : « Macron veut faire de la France un village global »

Dans cette série de portraits, nous avons choisi de mettre en avant l’engagement de jeunes au sein de partis politiques. Pourquoi décident-ils de s’engager, que leur apporte le militantisme, quelles idées leur plaisent au sein de leurs mouvements respectifs… Voilà toutes les questions que nous nous sommes posés afin de réaliser ces cinq premiers portraits, avec la volonté de surmonter nos convictions personnelles.

Aujourd’hui, nous vous racontons notre rencontre avec Julien Franquet, 28 ans, délégué départemental adjoint du Rassemblement National dans le Nord.

11 février 2019, débat sur le Référendum d’Initiative Citoyenne à la Faculté de Droit de Lille-2. Des gilets jaunes, des experts et quelques personnalités politiques étaient invités. Parmi elles, Julien Franquet, délégué départemental adjoint du RN dans le Nord et attaché parlementaire du député Sébastien Chenu. A l’entrée de l’amphithéâtre, quelques étudiants – pour la plupart membres d’un collectif étudiant qui milite contre la hausse des frais d’inscription pour les étudiants étrangers prévue par le gouvernement – distribuent des tracts invectivant le jeune homme : « Franquet Casse Toi ». Le représentant du collectif dénoncera au début de la conférence « la banalisation de l’extrême-droite » pour expliquer leur opposition à cette venue. Invité à répondre à ces critiques, M. Franquet ne réagira pas, si ce n’est par la vague expression désabusée de son visage.

Depuis qu’il est « au service du Rassemblement National », le jeune homme ne semble pas étonné de ces tensions à son encontre. Il estimait déjà une heure plus tôt, au moment de notre rencontre, que la conférence « allait être musclée ». « Apparemment les CRS aujourd’hui, c’est pas pour nous » plaisante-t-il sur le chemin, en faisant référence à un camionnette de policiers effectivement stationnée aux abords de l’établissement.

Originaire de Fourmies, près de Valenciennes, Julien Franquet est issu d’une famille aux « moyens modestes, où on parlait politique sans toutefois donner vraiment un avis très clair sur les sujets abordés ». Suite à deux ans de licence d’histoire et après avoir été découragé de passer le concours de l’Ecole Supérieure de journalisme de Lille, il enchaîne les petits boulots tout en s’intéressant de plus près au monde politique. A 17 ans, il est séduit par les idées de Nicolas Sarkozy, pour lequel il milite activement à l’occasion de la campagne présidentielle de 2007. Il est notamment attiré par les idées radicales de son programme qui sont aujourd’hui au centre de l’idéologie du RN, la lutte contre la délinquance par exemple. Mais il est rapidement déçu une fois son candidat élu. « Sarkozy parlait de ‘’nettoyer la France au Kärcher’’, finalement, on n’a même pas branché le tuyau », affirme Julien Franquet, en citant la formule de Thierry Mariani, nouveau venu au RN et transfuge de la droite, comme lui. Il vit aussi la ratification du traité de Lisbonne comme une trahison, « un traité que Sarkozy a fait entrer par la fenêtre, alors que les Français l’avaient dégagé par la porte en 2005 ». Pour lui, « c’est aussi parce qu’on a pas respecté leur opinion à l’époque qu’on observe aujourd’hui une défiance des Français pour la politique ».

Ainsi, un peu avant la campagne présidentielle de 2012, il se rapproche du parti frontiste, après avoir longtemps hésité. Quelques semaines plus tard, au détour d’une soirée, il décide de se rendre à un événement organisé par le FNJ (Front National de la Jeunesse), où il rencontre Sébastien Chenu, alors responsable départemental du FN. Tout va alors très vite s’accélérer puisque ce dernier lui proposera une candidature à l’élection législative de 2017. « Il a vu que j’étais quelqu’un de courageux, avec des convictions ». Battu au premier tour après avoir recueilli 12 % des voix, il remercie le parti de lui avoir fait confiance à l’époque : «  le RN a voulu donner la chance à un jeune, face aux vieux politicards usés par le vie politique ».

A présent attaché parlementaire du député Chenu, Julien Franquet alterne entre préparation des dossiers à l’Assemblée Nationale et retour en circonscription. « C’est là qu’on se rend compte de la vie des gens. Quand vous militez sur un marché, c’est vous qui allez à la rencontre des Français. Quand les gens rapportent un problème à la permanence de Denain, c’est plutôt l’inverse : ils viennent d’eux-mêmes vous rapporter un problème ». Il se félicite de cette proximité, convaincu par ailleurs que le RN a « la bonne feuille de route, le bon logiciel » pour répondre aux inquiétudes des électeurs. A ce sujet, il estime que « la plupart des revendications des Gilets jaunes sont calquées sur les propositions du programme du RN ». Un constat moins évident à établir face aux échanges parfois tendus avec les représentants des gilets jaunes durant le débat.

Dans la bouche de Julien Franquet, on retrouve les éléments de langage classiques des discours d’élus du Rassemblement National dans les médias, comme la dénonciation « d’une petite caste parisienne, mondialiste, européenne » dont les mesures du gouvernement serviraient les intérêts. « Le Président de la République doit d’abord défendre les Français ». Par ailleurs, il condamne aussi à plusieurs reprises un « système » tant de fois décrié par les élus frontistes, en faisant référence à « l’UMPS », aux banques et aux médias. « Macron veut faire de la France un village global, dans lequel on pourrait échanger tout et n’importe quoi ».

19h45, fin du débat. Aux côtés de trois autres personnalités de gauche, Julien Franquet semble bien isolé face aux attaques de ses adversaires et à l’hostilité de l’auditoire à son égard. Parfois maladroit dans ses propos, se fendant même d’un « je vais tenter de relever un peu le niveau » qui a irrité ses interlocuteurs, il est clair que le jeune responsable ne maîtrise pas encore tous les codes du jeu politique. Prêt néanmoins dans les prochains mois à « soutenir la liste de [son] ami Jordan Bardella » aux européennes, il reste « au service du RN ». Casque de moto sur la tête, Julien Franquet quitte les lieux. Les tags s’opposant à la venue du RN à l’entrée de la fac ont entre-temps été effacés.

THEODORE AZOUZE

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