La construction du rêve artistique

Le palais des Beaux-Arts de Lille, en partenariat avec la Réunion des musées nationaux – Grand Palais (RMNGP) présente une exposition singulière du 20 septembre au 6 janvier 2020 : « Le rêve d’être artiste ». Résultat de trois ans de travail et quinze de réflexion, elle propose une pluralité d’œuvres remarquable. Renoir, Frida Kahlo, Jeff Koons ou encore Picasso : autant de grands noms figurent dans le sous-sol du palais. 

Une exposition hors du commun

De par son concept, l’exposition se démarque des autres : elle n’est pas centrée sur un individu ou un courant, mais sur la construction du statut d’artiste. Elle nous questionne, « Comment, entre la fin du Moyen-Âge et aujourd’hui, les artistes sont-ils passés du statut d’artisan à celui d’artiste, de l’art mécanique à l’art de l’esprit ? ». C’est la question que s’est posée Bruno Girveau – directeur du Palais des Beaux-Arts – ainsi que toute son équipe durant la création de l’exposition. 

En plus d’être un sujet surprenant – le fruit d’un travail artistique portant lui-même sur l’art, une sorte de mise en abyme -, c’est un thème qui parle à quasiment n’importe qui. Depuis des siècles, les œuvres artistiques passionnent les contemporains comme la postérité et sont partout. Et chacun d’entre nous, qu’il y soit sensible ou non, développe un fantasme, un imaginaire autour de cette profession : on se figure des hommes célèbres, libres, marginaux, maudits, bohèmes… Beaucoup rêvent de cette formidable « élévation et émancipation sociale » dont jouissent ces génies du pinceau ou de la pierre, qui semblent pouvoir tout exprimer.  D’ailleurs, ironise Bruno Griveau, « qui, dans cette salle, a déjà rêvé, ou rêve encore, d’être un artiste ? ». Des mains timides se lèvent. « En général, cela représente une personne sur deux », précise-t-il, rieur. 

L’artiste est dans nos esprits, dans notre quotidien, et cela justifie largement la raison d’être de cette exposition. Et puisqu’elle peut parler à n’importe qui, elle a été conçue de manière à être comprise de tous. 

Un format ludique et accessible

Pour cette exposition, deux maîtres mots : ludique, accessible. Un effort considérable a en effet été réalisé par les organisateurs pour trouver grâce aux yeux de chacun : de passage et passionnés, grand public et professionnels. Le projet a d’ailleurs été modifié au fil des mois pour plus de simplicité. Le plan chronologique initialement prévu a donc été abandonné au profit d’un plan thématique. 

Ainsi, « Le rêve d’être artiste » a été conçu sous forme de story-telling, de « livre ouvert », selon Bruno Griveau, qui ajoute « qu’il y a pour la première fois une scénographie ». Chaque salle de l’exposition symbolise un chapitre, et chaque œuvre une page. C’est pour cela d’ailleurs que chaque œuvre est accompagnée d’un texte. Férus de lecture, n’attendez plus ! Quoique les autres, qui ne souhaitent pas lire toutes les explications, ne sont pas non plus laissés pour compte. L’application « PBA Lille » permet de repérer et d’écouter toutes les annotations, lues par Alexandra Gentil, une comédienne du Théâtre du Nord. 

D’autres outils sont mis à disposition du public : un catalogue fourni, un quizz « Quel artiste êtes-vous ? », ou encore des vidéos. Chacun devrait y trouver son compte. 

Au fil de l’histoire

L’exposition est composée de six sections, qui correspondent symboliquement aux chapitres du livre. Chacune expose une facette de l’artiste, qui a évolué du Moyen-Âge jusqu’à nos jours. 

            Je signe donc je suis ?

La signature de l’artiste est significative : elle est marque de reconnaissance, l’artisan devient alors artiste et « appose son nom à la postérité ». Par exemple, le seul nom « Picasso » suffit à faire la notoriété du tableau et « voile le regard que l’on porte sur les œuvres ». Du monogramme à la signature de marque, elle n’a de cesse évoluée. 

            

Une place au soleil ? 

La respectabilité des artistes s’est construite suite à la fondation des académies. L’œuvre manuelle s’est transformée en œuvre spirituelle, et l’artiste s’est émancipée. En même temps, ils restent souvent dépendants des puissants – gage de notabilité – jusqu’au 18èmesiècle où le système marchand supplante le système académique. « Un atelier aux Batignolles » de Fantin Latour illustre cet esprit. 

     Génial.e, forcément génial.e !?

« Je suis le plus important ». Benjamin Vautier résume dans son œuvre le fantasme lié à la « conception mythique de l’artiste ». Il se veut supérieur aux lois, aux rois, et l’égal des Dieux. 

            Me, myself & I

Pour se raconter, l’artiste se met en scène dans ses œuvres. C’est aussi une façon de légitimer son statut dans le milieu de l’art. Encore une preuve de sa haute estime de lui-même…

            Splendeurs ou misères ?

D’un côté, l’artiste bohême, rêveur, marginal, qui « survit ». De l’autre, l’artiste reconnu et soutenu par la haute société, qui croule sous les commandes. Ils représentent les deux extrêmes auxquels il peut se confronter. Deux extrêmes également présents dans l’imaginaire collectif. 

Autodérisions 

Orgueilleux, prétentieux, mais l’esprit ouvert, l’artiste sait rire de lui-même. Tel un singe qui imite l’homme, le peintre recopie la nature : ainsi, Jean-Baptiste Siméon Chardin prend le visage d’un singe dans son œuvre. Si ce n’est pas une belle preuve d’autodérision… 

Résultat de recherche d'images pour "le singe peintre"

JULIETTE MANEL et ANTOINE APELBAUM (avec Jules SOUCASSE)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s