Youth For Climate : la jeunesse lilloise en ébullition

Vendredi 20 septembre a eu lieu la troisième grève mondiale pour le climat. À Lille, le collectif Youth For Climate a réussi, selon la préfecture, à rassembler environ 1000 collégiens, étudiants et lycéens dans les rues.

Cartables sur le dos, les manifestants se trémoussent au soleil sur L’hymne de nos campagnes et scandent avec conviction que « le glyphosate c’est dégueulasse ». Ils débordent d’énergie, sont résolus et parfaitement conscients de la gravité de la situation. Cet énième rassemblement – une réussite selon les organisateurs – est l’occasion de revenir sur la construction et les idéaux de Youth For Climate, ce collectif qui réussit depuis quelques mois déjà à souder les jeunes autour d’une cause des plus urgentes : la lutte contre le réchauffement climatique.

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La création du collectif : des débuts sur les chapeaux de roues

Depuis des années, les scientifiques et les écologistes alertent sur l’urgence de réagir face à une menace d’ordre mondial : le changement climatique. Hélas, c’est inutile. Les gouvernements n’entendent rien, n’en ont que faire, annoncent de temps à autre avec fausse volonté des mesures qui ne sont jamais prises. Face à cette inaction navrante, c’est la jeunesse qui se soulève, sur l’exemple de la militante suédoise Greta Thunberg.

Début 2019, des collectifs Youth For Climate commencent à se former un peu partout en France, tandis qu’il en existe déjà dans d’autres pays. À Lille, rien n’est prévu. Alice Chatelain, alors en classe de terminale à Lille, se désole de ne pas pouvoir s’engager dans un groupe de jeunes : « Je voyais tout ce qui se passait, en Belgique, en Australie, au début du mouvement Youth For Climate. Et un jour j’ai dit à mon père que j’en avais marre qu’il se passe des trucs partout dans le monde, et rien en France ». Il lui a répliqué qu’elle n’avait qu’à le faire elle-même. Il n’a pas fallu lui dire deux fois : l’adolescente de 18 ans a réuni des jeunes motivés, a partagé cette initiative sur les réseaux sociaux et a fixé une date de réunion. Ainsi est né Youth For Climate Lille.

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« C’est parti très vite », explique-t-elle. « On nous a dit que le 15 mars il y allait avoir une grève mondiale, alors qu’on en était à la construction du mouvement même pas un mois avant ». D’où la difficulté, dans cet empressement, de définir correctement les objectifs du groupe : « On est parti sans savoir vraiment quel axe on voulait choisir : faire la grève tous les vendredis, de la sensibilisation, de l’action, de la désobéissance. Maintenant, c’est de plus en plus clair ». Si le collectif a eu du mal à définir son champ d’action, il s’est jusqu’ici essentiellement concentré sur les grèves le vendredi, et quelques actions, tel que le Die-in pour la biodiversité, organisé le 22 mai sur la Grand Place de Lille.

Un mouvement qui rassemble

Le but du collectif Youth For Climate, c’est de rassembler le plus de monde pour contester la politique climatique actuelle. Pour cela, des efforts sont faits pour se rendre plus accessible et inciter les jeunes à les rejoindre. « Au départ, le collectif était assez fermé, et à partir de septembre, il s’est ouvert, donc j’ai sauté sur l’occasion », raconte Alice Boyer, étudiante et membre du groupe de Lille depuis trois semaines seulement. Elle insiste d’ailleurs sur le fait que le collectif a besoin de monde, car l’organisation nécessite beaucoup de temps. Il y a tout un aspect administratif auquel on ne pense pas, en plus de la partie logistique qui nécessite de mobiliser les moyens pour une marche réussie : enceintes, micros, pancartes etc.

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Toujours dans le même esprit, un QR code géant a été mis en place depuis vendredi. Ce dispositif permet de faciliter les démarches des jeunes qui souhaiteraient rejoindre le groupe : il suffit de le scanner durant la marche, pour choisir si l’on souhaite rejoindre l’association, participer aux actions, être seulement informé des évènements etc.

En plus d’accueillir les nouveaux venus à bras ouverts, Youth For Climate se veut démocratique et égalitaire : il n’y a pas de hiérarchie. C’est l’un des aspects qui a poussé Benoît Payet à s’engager avec les jeunes plutôt que dans une plus grande organisation : «   Je me suis dit, c’est quoi le mieux ? M’investir avec les jeunes ou rentrer par la petite porte à Greenpeace et se faire écraser par la hiérarchie et tous les gens qui sont déjà en place, et ne pas pouvoir dire un mot ? Alors que là, à Youth For Climate, on donne tous nos idées, on en parle, si on n’est pas d’accord on le dit et on s’arrange pour essayer que cela convienne à tout le monde ». Alice Boyer complète ses propos : « C’est collégial, très horizontal. On est sur un pied d’égalité, tous. Une voix vaut autant qu’une autre, il n’y a pas de président. C’est vraiment un collectif où tu viens, tu t’investis, si t’as des idées on en parle, on discute. Tout est voté. Pour le peu que j’ai connu, ça se passe très bien ». Et pour la répartition des tâches, d’après Benoît, c’est « selon l’envie et les compétences de chacun. Par exemple, il y a une fille qui fait du graphisme, du coup elle s’est proposée de faire les flyers. »

Et face à la « surdité » du gouvernement ?

Aucun des membres de Youth For Climate interrogés ne citent, au nom du groupe, des mesures précises qu’ils souhaiteraient voir se concrétiser à l’Assemblée car le but, selon Benoît, « c’est vraiment d’essayer de lancer le signal d’alerte au pouvoir politique, et de leur dire qu’il faut s’occuper du climat. C’est juste histoire de dire « il y a un problème faites ce qu’il faut pour le régler » ». Cette absence de précision peut étonner, et faire penser à une certaine « illégitimité » puisque les membres réclament des changements qu’ils refusent de proposer. En réalité, explique Benoît, c’est surtout que « tant qu’il y a des actions qui sont faites dans le sens du climat et qui peuvent potentiellement changer les choses ou essayer de les arranger, cela conviendra dans une certaine mesure à nos convictions ». La revendication de Youth For Climate, c’est donc plus un ultime appel au secours, peu importe celui-ci, qu’une liste exhaustive de mesures attendues. Alice Boyer insiste sur la quantité de décisions qui pourraient combattre le réchauffement climatique. Malgré ce vaste champ de possibilité, le gouvernement ne lève toujours pas le petit doigt…

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Quoi qu’il en soit – et ce, qu’importe la politique du collectif – tous les jeunes de Youth For Climate sont profondément agités par la question du réchauffement climatique. Et à titre personnel, ils citent des tas de mesures qu’ils voudraient voir à l’œuvre. Alice Boyer et Benoît Payet parlent de taxe du kérosène des avions, d’interdiction des vols courts-courriers, du plastique et de certains produits chimiques, de l’utilisation des voitures, du verdissement des villes, de l’éducation à la cause écologique dans les écoles, et j’en passe. Ils évoquent aussi les actions que l’on peut faire à l’échelle individuelle – consommer moins de viande, faire attention aux déchets etc. – mais qui ne suffisent pas à compenser l’empreinte carbone des grandes entreprises. Alice Chatelain, fondatrice de Youth For Climate Lille, pense d’ailleurs qu’il faut que le mouvement ait des cibles plus précises, comme les multinationales, car « il n’y a pas que le gouvernement ».

On se figure donc aisément la colère de ces jeunes qui se battent pour un monde meilleur contre un adversaire qui fait la sourde oreille et privilégie toujours, selon eux, l’économie au détriment de l’écologie.

« Clairement, tout tourne autour de l’économie. Si on veut vraiment aller du côté écologie, c’est sûr qu’il y a des entreprises qui vont faire faillite, des gens qui vont perdre leur emploi. Après, ça va potentiellement en créer d’autres. Je pense que l’histoire de l’humanité est faite de cycles, il y a des choses qu’il faut qu’on arrête et qu’on passe à autre chose, que les gens se forment à autre chose et que le monde évolue comme il faut. »

– Benoît Payet

Les organisateurs, pourtant, ne perdent pas espoir : « Je trouve que le mouvement est toujours très présent et positif, parce que quand on voit les images au niveau mondial, par exemple à New York, les rues étaient bondées », raconte Alice Chatelain. Néanmoins, elle ajoute que « des gens sont lassés de voir que le gouvernement ne répond pas du tout aux attentes ». Et en effet, les étudiants semblent avoir été moins nombreux à se déplacer ce vendredi.

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Mais face à cette surdité, que faire ? Selon Alice Chatelain, il faut continuer les grèves mais aussi penser à d’autres actions, plus « chocs », qui susciteraient peut-être plus de réactions : « Il faut tout faire : un jour, ça fera son chemin, peu importe la façon dont on le fait. Mais j’avoue que je serais plus partante pour des actions, pas violentes, mais plus flash, où on entend plus parler de nous et qui auraient un vrai impact derrière ». D’ailleurs, aujourd’hui étudiante à Lyon, elle envisage de participer aux actions d’Extinction Rébellion, collectif tourné vers la désobéissance civile. Alice Boyer et Benoît Payet sont du même avis qu’elle et parlent d’actions « coup de poing », en réflexion au sein du groupe. En revanche, la nouvelle recrue de Youth For Climate précise que « l’utilisation de jeunes de 16 ans pour de la désobéissance civile, c’est dangereux ». Et même si les membres du collectif réfléchissent tous ensemble à d’autres alternatives, Benoît rappelle l’importance de la manifestation : « Les manifs, c’est important, parce qu’historiquement parlant, elles ont apporté des choses. Pas forcément pour le climat, mais pour des luttes sociales. Dans l’histoire, s’il n’y avait pas eu de manifs, il y a plein de choses qui n’auraient jamais changé. Je trouve que c’est quand même quelque chose de symbolique, donc c’est bien d’avoir ce droit-là qui est énorme. Parce que dans certains pays, si tu te réunis à vingt personnes dans une rue, tu peux te faire arrêter. »

Juliette MANEL

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