L’interview musicale : à la découverte de Sônge

Saturé, magique et sinueux, voilà comment décrire « Flavourite CALA » le nouvel album de cette artiste haute en couleurs. Des titres à la palette riche qui donnent envie d’être écoutés en boucle pour en capter toutes les aspérités. C’est lors de son concert à l’Aéronef de Lille que Sônge a accueilli dans sa bulle l’équipe de Cube.

Pourquoi et quand as-tu voulu te tourner vers la musique ?

Je n’avais pas du tout prévu ça. Au collège j’avais commencé à prendre des cours de percu, avec des potes avec des potes on apprenait les rythmes d’Afrique de l’Ouest, du djembé des dumdum, rien à voir avec le RnB futuriste d’aujourd’hui. Et puis après j’ai continué mes études de commerce, mais je faisais toujours de la musique à coté, j’avais toujours ça en tête. A un moment donné, j’ai eu un problème de voix, des nodules aux cordes vocales et ça m’a empêchée de chanter pendant quelques mois. C’est à ce moment-là que j’ai eu le déclic : j’avais besoin de chanter. Parce que c’est toujours au moment où t’es privé d’un truc qu’il te parait essentiel. Après la rééducation, je m’y suis mise vraiment, c’était il y a 6 ans.

Comment tu décrirais ton style musical ?

On a décrit ma musique comme RNB futuriste, alternative, électro soul… mais c’est toujours compliqué de se définir. Mes parents m’ont toujours fait écouter de la musique d’influence reggae, jazz, donc ça impacte sûrement mon style. En ce moment je suis reprend mes chansons en acoustique avec un pote du conservatoire de jazz. Du coup je mets l’accent sur ce côté épuré. Quand je fais des dj set, je passe beaucoup de musique sud-africaine, un genre de mélange house, trans, électronique, du Baile Funk du Brésil, de la musique des Caraïbes aussi. A chaque fois les voyages m’emmènent quelque part, j’y puise des ambiances pour mes sons.

A propos de dj sets, tu peux nous parler de Conspiration ?

Yes ! C’est mon collectif de DJ. On est six meufs et un mec trans et on fait des soirées et des dj sets. C’est ouvert à tous ! On s’est formé il y a un an, et on était basés sur Paris mais on va commencer à bouger un peu cette année, pour découvrir d’autres choses.

La scène : c’est quel genre d’expérience pour toi ?

J’avoue que j’aime bien avoir le micro. Déjà t’es amplifiée donc si t’as un truc à dire y’a personne qui vient et qui parle plus fort que toi. (Rires).  Même si t’es timide, une fois que t’es sur scène personne va venir te couper la parole. Parfois il y a des gens qui ont un bagout de ouf, ils prennent de la place. Le micro, ça change ce genre de rapport, ça te permet d’être maitre du jeu. Je m’étais rendue compte que pour les gens extravertis la scène c’est la vie de tous les jours, et que pas mal de gens introvertis avaient, à un moment ou à un autre, besoin de faire quelque chose d’artistique ou dans l’expression.

Laquelle de tes chansons te définirait le mieux ?

En ce moment ça serait Magic Hairdo, je me sens d’humeur festive aujourd’hui !

Justement comment expliques-tu la grande part de légendes et de mythes dans tes chansons ? Est-ce que c’est une manière pour toi de t’échapper du réel ?

Ouais à fond, ça m’intéresse depuis toujours. Je suis bretonne et depuis petite la sorcellerie ça m’intéressait beaucoup, avec toutes les histoires de la région. C’est vraiment une terre de légendes. J’ai pris l’habitude de demander à mes potes les mythes de leur enfance.  Il y a une de mes chansons qui s’appelle Soukounian, un feat que j’ai adoré faire avec Ash Kidd. Ca raconte le mythe créole d’un esprit maléfique qui peut rentrer dans n’importe qui, et il t’espionne. Il y a un moyen de le découvrir mais attention parce que dès qu’il comprend que tu l’as démasqué, il te met la misère. Je vais la jouer ce soir et je vous montrerai comment on fait pour découvrir le vrai visage du Soukounian chez une personne. Parmi vous peut-être que quelqu’un le possède d’ailleurs. (Rires).

On a l’impression que les couleurs ont une place particulière dans ta musique, pourquoi ?

J’associe vraiment chaque son à une couleur. Pour la sortie de l’album, il y avait la « release party », mais aussi une expo. En fait j’ai demandé à une amie illustratrice, Aurélia Durand, de me faire un tableau pour chaque titre de mon album : je lui donnais les couleurs que j’avais en tête pour chaque morceau, des photos qui correspondaient au style que j’avais en tête, et elle en faisait un tableau. En arrivant on voyait dix tableaux, et avec un casque on écoutait le son en regardant le tableau qui correspondait. C’était une super expérience.

Finalement, quel est ton plus beau souvenir de concert ?

Je pense que c’était à la « release party » de l’album. Au Badaboum à Paris en mars. Je sentais réelle osmose dans la salle, les vibrations des gens qui s’accordaient, il y avait plein d’amis à moi, c’était très fort. Un sacré concert, les gens venaient vraiment pour moi c’était incroyable. A l’inverse mon premier concert c’était trop l’angoisse. En fait je jouais dans un endroit où il y avait une expo. Plein de gens sont entrés, et ils ne m’écoutaient pas du tout, ils gueulait, ils s’en foutaient. Donc je suis partie du concert un peu dépitée rejoindre mes potes. Et là ils me font : « alors c’était comment le concert pour sourds et muets ? ». Et j’étais tellement stressée que sur le moment j’avais pas du tout capté (rires.).

ELISE GALLE-TESSONNEAU

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