Joker : Un homme fatigué d’être pris pour un clown

Vingt-trois kilos de moins ont été nécessaires à Joaquin Phoenix pour enfiler un costume dépareillé et apparaître à l’écran le sourire et le regard moqueur figés sur un teint blafard. Sorti le 9 octobre dans les salles de cinéma en France, Joker réalisé par Todd Phillips démarre en trombe.

Le Joker : l’emprise d’un personnage.

César Romero dans la série Batman et le film de Leslie H.Martinson dans les années 1960, Jack Nicholson dans  Batman  de Tim Burton en 1989, Heath Ledger dans  The Dark Knight : Le Chevalier Noir  de Chritopher Nolan ou encore Jared Leto dans  Suicide Squad  de David Ayer : le rôle iconique du Joker ne cesse d’attirer les artistes en quête de performances.

Des interprétations qui ont parfois encouragé les acteurs à vivre en osmose avec le personnage. La découverte du journal intime de Heath Ledger peu de temps après sa mort révélait l’emprise que le personnage pouvait avoir sur l’acteur. Retrouvé mort d’une overdose médicamenteuse, le 22 janvier 2008 dans son appartement dans le quartier de Soho à Manhattan, Heath Ledger fut pendant longtemps au cœur de scandales. Les pages de son carnet évoquaient les recherches et l’engrenage sombre de l’acteur soucieux d’être en conformité avec son personnage. Heath Ledger avait confié à l’Empire Magazine qu’il était entré « dans l’univers d’un psychopathe, quelqu’un avec très peu ou pas de conscience envers ses actes. ».

Une performance dans The Dark Knight qui lui a value de nombreux prix dont celui du « Meilleur acteur dans un second rôle ».

Le choix d’un angle intime avec l’ennemi de Batman.

On dit souvent que l’on aime les supers héros lorsque l’on est enfant et que l’on comprend les méchants lorsque l’on grandit. Une idée que Todd Phillips cherche à transmettre dans son film en présentant un Joker meurtri par son enfance.

Avec des couleurs chaudes, et un décor rétro de la fin des années 70, Todd Phillips installe confortablement le spectateur dans une ambiance de proximité presque intime avec Arthur Fleck, le célèbre clown du paysage Hollywoodien. Une atmosphère à laquelle les musiques de la violoniste et compositrice Hildur Guðnadóttir, participent, dans des scènes sombres dépeignant la décadence du personnage.

Récemment récompensée par un Emmy dans la catégorie « Composition musicale exceptionnelle » en 2019 pour la bande son de la série Chernobyl, Hildur Guðnadóttir a fait le choix d’harmonies sombres et grinçantes, qui accompagnent la descente aux enfers du Joker. Aux phrasés mélodiques des violons sont lissés les pas de danses de l’acteur Joaquin Phoenix . Une mélodie, un rythme, qui ont inspiré Joaquin Phoenix dans son interprétation glaçante et délirante du Joker « C’est la première fois que je fus si influencé par une musique » révèle-t-il sur le plateau du talk-show américain Jimmy Kimmel Live.

Le nez rouge le visage pâle : symbole d’un rejet des élites.

Mal aimé dès son enfance, fatigué par des petits boulots qui ne menèrent à rien, Arthur Fleck est un « invisible », un marginal. Au ban d’une société qui a fait de lui un méchant, il déambule dans les rues, dans une danse quasi frénétique, où son corps semble caresser le vide.

Un vide qu’il connait bien, celui qui a fait de lui un méchant, un criminel, à tendances schizophréniques. Méprisé par tous, il vit dans un appartement à l’étage d’un immeuble délabré, qu’il partage avec sa mère mourante.

Le spectateur découvre à l’écran, l’histoire d’un homme épuisé d’errer entre internements à l’asile psychiatrique et visites chez l’assistante sociale. Une routine à laquelle Athur Fleck ne peut faire face qu’avec l’aide de médicaments qui lui permettent de surmonter ses idées noires et son handicap : le rire prodromique provoquant des rires incontrôlés.

Révolté par sa condition, il se questionne sur son existence, et décide de commettre l’irréparable : un meurtre. Tuer ceux qui furent les complices de son malheur devient alors la signature du Joker.

Un acte qui fait du « clown » le symbole d’une lutte des classes.

Todd Phillips fait ici un clin d’œil à notre propre actualité, et place l’avènement de ceux qui ne se sentaient pas entendus par les élites, au-devant de la scène. Des élites représentées dans le film par la famille Wayne, et le futur Batman : Bruce Wayne.

Le réalisateur se défend cependant dans une interview avec Le Point, de toute critique insinuant qu’il incite à la violence « […] Les critiques reprochent à Joker un discours politique qui viserait à encourager la violence contre les institutions. Ce n’était pas notre intention et pour moi Joker est surtout un film humaniste sur le destin tragique d’un homme. […] C’est l’histoire d’un chic type malade qui devient une ordure. »

Une critique qui fait écho aux mesures prises dans les cinémas américains, avec la mise en place de policiers armés durant la projection du film pour éviter tout drame comme celui d’un cinéma d’Aurora en 2012, où lors de la projection de The Dark Knight , un individu maquillé en clown avait tué 12 personnes.

MANON DUFOUR

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