Ad Astra : un space opera intimiste aux allures de psychanalyse

Face à la caméra de James Gray, Brad Pitt effectue une odyssée tout autant spatiale que psychologique.

Un réalisateur exigeant

Sorti dans les salles françaises le 18 septembre 2019, le dernier long métrage de James Gray (The Lost City of Z, La nuit nous appartient) nous embarque dans une mission interstellaire aux confins du système solaire. Entre scènes à couper le souffle, décors futuristes et jeux d’acteurs de qualité, le pari du réalisateur américain de faire un film de science-fiction d’envergure semble réussi, même si lui même, dans une interview accordée au quotidien Libération, affirme ne pas encore s’être hissé à la hauteur des plus grands cinéastes.

Le réalisateur James Gray en compagnie de Tommy Lee Jones et Brad Pitt

Ad Astra, « vers les étoiles » en latin, nous plonge dans un futur proche où l’humanité a conquit l’espace : les vols commerciaux pour la Lune sont devenus monnaie courante et les territoires disputés par les Hommes sont maintenant à des milliers de kilomètres de la Terre. On y retrouve l’astronaute de la NASA Roy McBride (Brad Pitt), qui se voit embarquer dans une mission aux confins du système solaire pour retrouver son père, l’explorateur spatial Clifford McBride (Tommy Lee Jones), censé détenir l’explication sur les mystérieuses surcharges électriques frappant la Terre.

Une volonté de se rapprocher des classiques du genre

Les deux principales inspirations cinématographiques reconnues par le cinéaste sont Apocalypse Now de Francis Ford Coppola et 2001 l’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick, des références dans leur domaine. Si certaines scènes d’Ad Astra peuvent émerveiller de la même manière que le classique de Kubrick, on peut déplorer l’absence d’une bande son aussi marquante. C’est au niveau de la trame principale que l’on retrouve des similitudes avec Apocalypse Now : la quête de Roy McBride (Brad Pitt) à la recherche de son père, un homme mystérieux avec une vision du monde particulière, peut rappeler celle du capitaine Willard (Martin Sheen) pour retrouver l’énigmatique colonel Kurtz (Marlon Brando).

Mais la référence première reste avant tout la nouvelle de John Conrad « Au cœur des ténèbres », parue en 1899 dans la revue Blackwood’s Magazine et dont Apocalypse Now est une adaptation libre. On y retrouve comme dans Ad Astra la thématique du questionnement psychologique du personnage, qui se replie de plus en plus sur lui-même au fur et à mesure qu’il progresse dans son voyage.

Bien loin d’un space opera à la Star Wars, le long métrage se veut plus réaliste et intimiste, ce qui peut paraître paradoxal pour un film de science-fiction à grand budget, mais qui dans les faits rend les interactions entre les personnages plus humaines.

Un futur proche dont les enjeux n’ont pas changés

L’univers d’Ad Astra, bien que futuriste, comporte beaucoup d’éléments de comparaison avec des enjeux contemporains : impact de la société de consommation, conflit pour les ressources et inégalités économiques sont des thèmes présents sans être au premier plan, donnant ainsi au fond une âme propre. La Lune, colonisée par les humains mais accessible uniquement aux plus riches, est partagée entre les zones touristiques, pleines d’enseignes de grandes marques, et les zones de non-droit, où des pirates se livrent de terribles guerres de territoire.

Une société méconnaissable dans la forme mais pas dans le fond

Le monde ne semble alors n’avoir évolué que technologiquement, l’Homme étant toujours en proie aux mêmes problématiques, décalées ici à l’échelle du système solaire. Cela n’est pas sans rappeler la série d’animation Cowboy Bebop de Shin’ichiro Watanabe, où l’on suit les aventures d’un groupe de gangster de l’espace dans un monde rétro-futuriste.

Une approche philosophique de la conquête spatiale

Le peu de scènes d’action, qui peut être un problème pour les adeptes du genre, se justifie par le développement de la psychologie du personnage de Roy McBride, un astronaute replié sur lui-même, qui éprouve des difficultés à nouer des relations sociales durables et qui tente d’être à la hauteur de son père, une figure mythique du milieu spatiale dont il n’arrive pas à se défaire. Ce voyage peut donc être vu comme une tentative de couper le cordon afin de pouvoir enfin vivre en paix avec soi-même. Brad Pitt livre ici une bonne performance pour un rôle qui demande de jouer un homme en décalage avec ses pairs, qui se retient de vivre pleinement sa vie et qui s’enferme dans un cercle de solitude que seule la figure paternelle pourrait briser.

Un Brad Pitt tout en retenue pour le rôle d’un homme qui doit réapprendre à vivre

La question de la place de l’Homme dans l’univers est également abordée : si l’Homme a tout conquit, il n’a néanmoins pas encore rencontré d’autre espèce extra-terrestre intelligente. On peut alors se demander si à force de vivre loin de la Terre, seul, on ne finit pas par devenir soi-même un extra-terrestre, totalement étranger à l’humanité, dont les problèmes ne nous affecte plus.

Même s’il n’atteint pas l’ambition d’être le parfait mélange entre 2001 l’odyssée de l’espace et Apocalypse Now, Ad Astra se révèle être une bonne surprise pour un film de science-fiction davantage centré sur la psychologie des personnages que sur l’action. Malgré quelques longueurs qui peuvent perdre les moins patients, on prendra plaisir à profiter du silence des espaces infinis du dernier né de James Gray.

KEVIN CORBEL

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