Body and Soul : La nouvelle création vibrante de Crystal Pite

Chorégraphe mondialement reconnue, Crystal Pite fait rayonner la danse contemporaine à travers ses pièces. Sa dernière collaboration en 2016 avec l’Opéra de Paris, « The Season’s Canon », avait été unanimement saluée. Elle revient cette année avec une nouvelle création chorégraphiée pour la compagnie « Body and Soul ».

Photo : Julien BENHAMOU / Opéra National de Paris
UNE CHORÉGRAPHIE PORTÉE PAR LE TEXTE

Le rideau s’ouvre sur une scène presque vide : deux hommes en tenue noire se tiennent au centre, avec au-dessus d’eux un luminaire. Les premiers mouvements s’effectuent sans musique, mais une voix off dicte des actions simples : « Ses mains bougent sans cesse, touchant son menton, son front. […] ». Ce choix de Crystal Pite retranscrit son travail chorégraphique sur le lien entre le corps et le langage, au cœur de cette création.

Les danseurs, guidés par cette voix, mettent en danse ces mots, se les approprient pour en faire leur histoire. La voix distingue les danseurs en les appelant « figure 1 » et « figure 2 ». Cette façon de les nommer a un côté impersonnel, mais permet à tout le monde de pouvoir s’identifier à ces deux personnes. On sent que les danseurs sont pris « corps et âme » par le texte auxquels ils donnent vie, et ils emportent les spectateurs avec eux.

Photo : Julien BENHAMOU / Opéra National de Paris

Les mots dictés par la voix off, celle de Marina Hands, sont toujours les mêmes, mais ils changent de sens selon les mouvements de chaque danseur. Les actions énoncées sont répétées successivement par plusieurs duos ou par un groupe, dans un enchaînement perpétuel. Les danseurs exploitent les multiples possibilités que leur permettent ces mots simples, tour à tour ils expriment la solitude, le conflit, la tendresse, le désespoir… Au fur et à mesure, les mots n’ont même plus besoin d’être prononcés, ils sont hachés ou tout simplement absents, mais toujours présents à travers les gestes des danseurs.

Une alternance réussie entre duos et ensembles

Dans cette création, les duos sont au centre de la chorégraphie, mais ils alternent avec fluidité avec des ensembles. D’ailleurs, la première scène commence par un duo seul au milieu d’une immense scène, alors que la dernière est une grande danse de groupe, où la chorégraphie effectuée à l’unisson met en valeur l’énergie joyeuse des danseurs.

Photo : Julien BENHAMOU / Opéra National de Paris

Les nombreux couples défilent, et le format de duo met en valeur leur technique et leur permet d’exprimer leur sensibilité. Parfois ils occupent seuls la scène, d’autres fois ils se détachent de l’ensemble du groupe et dansent à contre-courant. Ils sont toujours accompagnés par la voix off et la musique électronique d’Owen Belton, mais dans le deuxième acte, les « Préludes » de Chopin s’y ajoutent.

Ce qui fait la force de cette création, au-delà des duos, c’est sans aucun doute l’harmonie du groupe. C’est une marque de fabrique de Crystal Pite, que l’on retrouve dans presque toutes ses chorégraphies. Les mouvements en chaîne circulent à travers les danseurs comme une contagion, avec une précision qui transforme le groupe en une seule entité. Les gestes en canon sont particulièrement puissants au vu du grand nombre de danseurs, tout comme les enchaînements effectués à l’unisson.

Un troisième acte en rupture avec les précédents

Le troisième acte s’éloigne nettement de l’esprit des deux premières parties. Le fond de la scène est soudain occupé par d’imposants décors dorés, qui créent une atmosphère un peu onirique. Les danseurs se transforment alors en bêtes humanoïdes à travers des costumes entièrement noirs, agrémentés de pinces. Le langage chorégraphique devient plus vif, et les danseuses chaussent leurs pointes. Les mots ne sont plus énoncés par la voix à laquelle les deux premiers actes nous ont habitués, mais on peut les deviner dans les gestes des danseurs. Les duos laissent place aux danses d’ensemble, où la puissance des danseurs est frappante.

Photo : Julien BENHAMOU / Opéra National de Paris

Cet acte est sans nul doute le plus intriguant, il est peut-être même un peu déroutant. Une surprise de taille attend le spectateur pour le final, qui donne l’impression d’entrer dans l’univers d’une comédie musicale l’espace de quelques minutes.

En bref, « Body and Soul » est une création vibrante qui explore le lien du corps, de l’âme et du langage ; à voir au Palais Garnier jusqu’au 23 novembre.

CÉLIE CHAMOUX

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