Contre les violences faites aux femmes, la France se mobilise

Lille, Paris, Nice, Lyon, Rennes, Strasbourg, Bordeaux… Partout en France, femmes et hommes de toutes générations se sont réunis ce samedi pour dénoncer les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. Plus de 49 000 personnes à Paris, plusieurs milliers à Lille : retour sur l’après-midi de ces deux cortèges en témoignages et en images, avec nos équipes sur place.

PARIS : « IL FAUT QUE CA S’ARRÊTE »
Plusieurs générations étaient représentées à la marche – Photo : Marthe DOLPHIN

La mobilisation, qui intervient 2 jours avant la fin du Grenelle contre les violences faites aux femmes, a rassemblé au moins 49 000 personnes à Paris, selon un comptage indépendant du cabinet Occurrence, et a rallié la place de l’Opéra à la place de la Nation. Le collectif #NousToutes à l’origine de cette manifestation a revendiqué près de 150 000 manifestants dans tout le pays, dont 100 000 dans la capitale, manifestants d’âges et d’horizons très différents.

Des hommes ont aussi participé activement au cortège – Photo : Margot COUTERET

Il n’est pas encore 14 heures place de l’Opéra à Paris mais la couleur arborée traditionnellement par les féministes depuis la fin du XIXe siècle domine déjà. En ce samedi 23 novembre, une foule brandit furieusement des écriteaux et foulards violets. « Ras le viol », « Je te crois. Tu n’y es pour rien », « 1 milliard contre les violences sexistes et sexuelles », c’est ce que clament aujourd’hui les manifestants et insistent : « il faut que ça s’arrête »

La parole des femmes trop souvent effacée lorsqu’elles témoignent des violences sexistes et sexuelles : un des principaux messages de la mobilisation parisienne – Photo : Margot COUTERET

Parmi cette marée mauve, une liste morbide est érigée. Sur 137 pancartes sont écrits en lettres capitales, à la peinture noire, les noms des 137 victimes qui ont succombé aux coups de leur conjoint ou ex-conjoint depuis le 1er janvier 2019 ; suivis de leur âge et de leur rang dans un palmarès bien triste. Devant ces inscriptions, des banderoles dénoncent l’inaction de l’Etat et de la justice face au fléau des féminicides.

137 banderoles et pancartes ont été brandies en hommage aux 137 femmes victimes de féminicides – Photo : Margot COUTERET

La place est noire de monde, la bouche de métro en est même bloquée, alors que le cortège s’élance doucement en direction de la place de la Nation. A l’avant, les familles des victimes déambulent dans un silence assourdissant, presque solennel, une photo de leurs proches disparues entre les mains. Parmi les manifestantes et manifestants qui les suivent, sont présentes quelques personnalités, dont la comédienne Muriel Robin qui a joué dans le téléfilm dramatique Jacqueline Sauvage : C’était lui ou moi, réalisé par Yves Rénier en 2018, venues attester de leur soutien à cette cause encore trop sous-estimée, certes, par les pouvoirs publics et les autorités, mais aussi par la société.

L’actrice Muriel Robin et l’ancienne ministre Najat Vallaud-Belkacem côte-à-côte
lors de la marche de samedi dernier, à Paris – Photo : Margot COUTERET

Plus loin, les grands boulevards de Paris se déhanchent sur des titres aux revendications féministes. De Angèle à Beyoncé, en passant par The Weather Girls, l’heure est à la valorisation des femmes, à l’acceptation de tous les genres et de toutes les orientations sexuelles. En marge de la manifestation, certaines militantes collent des messages chocs, « il faut alerter », affirment-elles.

Sur la place de la République, d’autres jeunes engagées recouvrent le Monument à la République de traces de mains, celles des victimes, grâce à de la peinture rouge, la couleur du sang. Non loin de là, des membres du groupe féministe Femen rugissent : « Patriarcat, à genoux ! » En face, le public les accompagne et scande avec elles, les remerciant.

Des FEMEN ont aussi fait passer leurs revendications lors de la marche
organisée samedi dernier à Paris – Photo : Marthe DOLPHIN

La nuit tombée, le cortège arrive place de la Nation, où les organisatrices prennent la parole pour saluer la mobilisation et rappeler la nécessité de la lutte contre les violences sexiste et sexuelles. Un concert surprise gratuit clôture la manifestation, assuré notamment par Clara Luciani, Amel Bent, Yael Naïm et Juliette Armanet sur une scène installée place de la Nation.

MARGOT COUTERET (à Paris)

LILLE : « feminicides : ni oubli, ni pardon ! »

14h30, place du Théâtre, à quelques mètres de la Grand Place et du marché de Noël inauguré le matin même. Plusieurs milliers de personnes se massent entre le grand parvis de l’Opéra et la Vieille Bourse, en attendant le départ de la marche contre les violences faites aux femmes organisée par le collectif Nous Toutes. Pancartes ornées de slogans percutants, fanfare colorée ou encore performance poignante de l’association des « Mariannes » du Nord : les moyens d’action pour se faire entendre étaient nombreux ce samedi après-midi dans la capitale des Flandres.

Les « Mariannes » ont livré une performance impressionnante – Photo : Emma CHALLAT

Alors que l’hiver dernier, à peine plus d’un millier de personnes s’étaient réunies pour défiler à Lille, la mobilisation cette année s’est avérée bien plus importante. Pour beaucoup des manifestants rencontrés, c’était la première fois qu’ils s’engageaient dans la lutte contre les violences sexistes et sexuelles subies par les femmes. « Il y avait beaucoup moins de diffusion sur les réseaux sociaux et d’informations sur les précédentes mobilisations. Donc c’est pour ça qu’aujourd’hui je me suis qu’il était vraiment nécessaire de venir, explique Estelle*, une des nombreuses jeunes femmes descendues dans la rue ce samedi. Il y a beaucoup plus de gens mobilisés, mais malheureusement, il reste encore beaucoup de personnes qui ne se posent pas les bonnes questions aujourd’hui par rapport à ce sujet, ce qui est inadmissible. »

De nombreuses familles étaient présentes pour répondre à l’appel du collectif « Nous toutes » – Photo : Eloïse CHAPUIS

Passage sur la Grand-Place, puis traversée de la Rue Nationale aux alentours de 15 heures. Le cortège, toujours consistant, avance au rythme des percussions et des chants entonnés par les militants. Une foule galvanisée, aussi, par des formules chocs : « Féminicides : ni oubli, ni pardon ! » ; « La rue, elle est à qui ? Elle est à nous ! » Le fait le plus marquant de cette mobilisation est sans nul doute la pluralité des âges et des origines sociales représentée parmi les manifestants. Une marche qui se veut même éducative pour Florence*, mère de famille qui défile avec sa petite fille sur ses épaules. « C’était important de venir avec elle aujourd’hui, car elle est déjà victime du sexisme à l’école, dans la cour de récréation. Les marches contre ces violences sont d’autant plus importantes qu’elles me permettent de lui transmettre cette importance de la revendication, car je ne me risque plus à l’emmener dans les autres manifs tant les violences policières sont importantes.« 

Dire « stop » aux violences faites aux femmes, voilà le principal message à retenir de cet après-midi – Photo : Emma CHALLAT

Une profonde rancœur envers la police qu’elle n’est pas la seule à exprimer. Si cet après-midi, la manifestation s’est déroulée sans accrocs, la relation tendue entre les manifestants et les policiers s’est faite parfois ressentir. « Flics, violeurs, assassins ! » a été un des slogans les plus entendus durant la manifestation, notamment par rapport à l’interdiction de manifester dans certains secteurs du centre-ville prononcée par la Préfecture la veille de mobilisation. « La préfecture échoue à nous donner les motifs de refus de nous laisser marcher en centre-ville si ce n’est un hypothétique risque de heurts. […] Le risque de débordement prétexté par le préfet nous semble donc être utilisé comme une excuse pour nous éloigner des quartiers les plus fréquentés et invisibiliser notre lutte. Cela est inadmissible » regrettait le collectif Nous Toutes après cette décision.

Dénoncer l’inaction face aux violences sexistes et sexuelles était aussi l’objectif de la mobilisation – Photo : Eloïse CHAPUIS

Vers 17 heures, la manifestation, placée sous le signe de la couleur violette, atteint son terme. Tout près de la Porte de Paris, le millier de militants resté jusqu’au bout entonne un dernier chant de ralliement. Malgré une scission au sein du cortège à la fin du rassemblement, la mobilisation aura été puissante. Avec un espoir, pour tous : que le nombre de 137 femmes tuées depuis le début de l’année par leur conjoint ou ex-conjoint ne se reproduise plus à l’avenir.

*Ces prénoms ont été changés

THÉODORE AZOUZE (à Lille, avec LISA PILLAUD, FANNY DONNAINT, MANON DUFOUR et FAUSTINE MAGNETTO)

Retrouvez nos reportages vidéos sur cette mobilisation : – à Lille : https://www.youtube.com/watch?v=thoLjv0WY68 – à Paris : https://www.youtube.com/watch?v=6rfyoWtWZ-k

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