«1917», voyage au plus près des Oscars

Sorti en salle il y a seulement une semaine, le nouveau film de Sam Mendes (Skyfall, Spectre…), 1917 n’a pas fini de faire parler de lui. Déjà récompensé de deux Golden Globes (meilleur film dramatique et meilleur réalisateur), le film est officiellement entré dans la course aux Oscars avec pas moins de dix nominations dont celles de « Meilleur Film », « Meilleure réalisation » et « Meilleure Photographie ». Son réalisateur, Sam Mendes, précédemment couronné d’un Oscar en 2000 pour sa réalisation du prodigieux « American Beauty » a tenu à avancer la sortie de 1917 fin 2019 pour lui permettre de figurer parmi les potentiels lauréats de la 92e cérémonie des Oscars. A trois semaines de la célébration, 1917 apparaît déjà comme l’un des grands favoris de l’édition 2020.

Dans son tout dernier film, 1917, un véritable chef d’œuvre de réalisation (n’ayons pas peur des mots), Sam Mendes reprend une histoire inspirée de l’expérience guerrière de son grand-père relatée dans l’ouvrage The autobiography of Afred H. Mendes 1897-1991. Une réalité effroyable et saisissante portée par un casting restreint, basé sur deux acteurs principaux, Dean-Charles Chapman (Game of Thrones, Le roi) et George MacKay (Captain Fantastic) auquel s’ajoutent les interventions de Benedict Cumberbatch, Richard Madden ou encore Colin Firth.

Pendant 119 min, le spectateur suit l’odyssée de deux jeunes caporaux britanniques, Blake (Chapman) et Schofield (MacKay) chargés d’une véritable mission suicide. A quelques kilomètres de leur position, un régiment anglais s’apprête à tomber dans un piège. Ces derniers vont alors devoir traverser la ligne de front et les tranchées allemandes pour porter un message susceptible de sauver 1600 soldats britanniques, dont le frère de Blake, d’une mort certaine. Dans une guerre si longue, le temps vient à manquer.

Commence alors une véritable course contre la montre au cours de laquelle le spectateur accompagne les soldats sur le champ de bataille, sous les pluies d’obus et jusque dans les tranchées ennemies grâce à l’illusion d’un unique plan séquence de près de 2 heures.

Le scénario n’est pas sans rappeler celui du film culte de Spielberg Saving Private Ryan (1998) alors que la réalisation, elle, fait écho au travail de Stanley Kubrick dans Paths of Glory (1957) avec les mémorables travelling suivant Kirk Douglas dans les tranchées.

Une prouesse technique et cinématographique

En effet, Sam Mendes a tenu à ajouter une contrainte supplémentaire à son film en le présentant sous la forme d’un plan séquence, ininterrompu, permettant d’accompagner les personnages dans leurs moindres déplacements. Pour parvenir à ce résultat saisissant, le film est en réalité composé d’une série de plans séquences qui s’enchaînent grâce à des coupures tellement discrètes qu’elles en deviennent souvent imperceptibles. Une véritable prouesse technique qui enferme les spectateurs dans l’histoire et les empêche de fuir, en leur procurant un sentiment unique d’immersion à la fois captivante et angoissante.

A travers ce plan-séquence d’une longueur mémorable, la guerre n’en est que plus visible, plus inhumaine et plus incompréhensible. Le réalisateur livre dans ce film une vision de la Grande Guerre comme une aberration totale : une guerre de position, où chaque centimètre de tranchée gagné peut prendre plusieurs mois, où les victoires se font de tranchées en tranchées, et où les conditions de vie des soldats relèvent de l’atrocité.

Grâce à ce procédé cinématographique remarquable, le spectateur semble en symbiose avec les personnages et est happé par un réalisme hors du commun. L’absence de montage décuple cette sensation, et le spectateur se voit alors transporté dans un film qui surpasse les performances de la 3D. La guerre est vécue en temps réel, seconde par seconde, et l’immersion est totale.

C’est d’ailleurs le principal reproche que l’on peut lui faire. Le plan séquence est parfois tellement parfait que l’on s’y accroche en cherchant à tout prix à en trouver les failles, au risque de prendre de la distance vis-à-vis de l’histoire.

Behind the scenes 1917 © Universal Pictures France

Pour parvenir à un résultat parfaitement fluide, 1917 a nécessité bien plus de répétitions que la majorité des films. Tous les déplacements des personnages ont dû être anticipés pour parvenir à accorder leurs moindres mouvements avec ceux des caméras afin de pouvoir assembler les scènes en toute discrétion, donnant l’impression d’une seule et même prise.

1,5 km de tranchées ont également été creusés pour les besoins du film et l’équipe de tournage a, à de nombreuses reprises, fait appel à Andrew Robertshaw, un historien spécialisé pour en superviser la construction.

Les tranchées et la mort en toile de fond

Le no man’s land illustre toute l’horreur de cette guerre. Les fils barbelés blessent, tuent, retiennent les corps morts. Il faut fermer les yeux sur les soldats en décomposition gisant au sol, et prendre ses précautions afin de ne pas marcher sur ces défunts. La mort est omniprésente dans ce paysage de désolation, et rien ne permet de se détacher de cette réalité insoutenable. La peur, à la fois de mourir mais aussi de voir la mort, est la réalité inéluctable de cette guerre.

Alors que les deux protagonistes se démènent pour sortir indemnes de ce parcours du combattant, ils se heurtent à des ennemis multiples et divers. Les soldats allemands sont dépeints comme vicieux jusque dans leurs derniers retranchements, voulant administrer la mort à tout prix. Dans une moindre mesure, les rats, bête noire de cette guerre, sont présents tout au long du film, à la fois pour provoquer la mort tout comme pour s’en nourrir.

Tous les risques doivent être pris pour sauver des vies, même si les décisions ne sont alors qu’un mélange d’irrationalité et de folie, même s’il faut se sacrifier en vain. Le personnage principal finit alors sa quête dans le même lieu qu’il l’avait commencée, comme pour souligner l’absurdité et l’ineptie de la Grande Guerre.

George MacKay © Universal Pictures France

1917 plonge les spectateurs dans un voyage au bout de l’enfer, au plus proche des soldats dévastés. Une œuvre très réussie visuellement, portée par l’incroyable photographie de Deakins et par une ambiance sonore puissante, qui ne néglige en rien les émotions. Nominé à dix reprises par l’Académie des Oscars, 1917 s’inscrit déjà comme un très grand film et comme un redoutable concurrent, à seulement quelques semaines de la compétition.

FANNY DONNAINT et COPPELIA PICCOLO

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