Marc-Philippe Daubresse (LR) : « Cette candidature, c’est un retour aux sources »

La France entre en ce début de décennie au cœur de la campagne électorale en vue du scrutin municipal de mars 2020. A cette occasion, les rédacteurs de CUBE sont partis pour vous à la rencontre des principaux candidats à la mairie de Lille. L’objectif : vous aider à y voir plus clair dans leurs programmes pour faire votre choix. Premier à se soumettre à l’exercice : Marc-Philippe Daubresse, candidat Les Républicains.

Marc-Philippe Daubresse est sûrement l’un des candidats au beffroi les plus expérimentés politiquement. A 66 ans, fort de ses nombreuses années de mandat, le sénateur LR entend convaincre les Lillois en valorisant son bilan de maire à Lambersart, où il a été réélu six fois entre 1988 et 2017. « Pardonnez-moi de toujours en revenir à Lambersart… » s’excuse-t-il même après avoir pris pour exemple plusieurs mesures qu’il avait mises en places dans son fief de toujours.

Les tracts de campagne de Marc-Philippe Daubresse – Photo : Eloïse Chapuis

Dans une ville historiquement de gauche, Marc-Philippe Daubresse n’en démord pas, il estime pouvoir incarner le renouvellement auprès des électeurs. A condition de battre sa principale adversaire, Martine Aubry (maire PS sortante), qu’il ne ménage pas. « Je conteste son bilan. Son gros problème, c’est qu’elle est hyper centralisatrice, tout se décide dans le bureau du maire de Lille. Si je suis élu, je serais au contraire hyper décentralisateur, je gérerais Lille comme les 10 quartiers de 7000 à 17000 habitants. » Et quid des autres candidats ? « La différence que j’ai avec mes autres concurrents, c’est qu’ils n’ont pas mon expérience. Moi, quand je dis quelque chose, je l’ai déjà fait. Soit comme maire, soit comme président de la communauté urbaine, soit comme ministre du Logement, soit comme Ministre de la Solidarité. Je dis aux gens, ‘si vous voulez vérifier ce que je vous propose, ça a marché à tel endroit’. »

CUBE : Vous avez une carrière politique dense : ministre de la Ville sous Chirac, ministre de la Solidarité et de la Jeunesse sous Sarkozy, longtemps député du Vieux-Lille et maire de Lambersart. Depuis 2017, vous siégez au Palais du Luxembourg en tant que sénateur Les Républicains du Nord. Pourquoi, après tous ces mandats locaux et nationaux, être candidat pour la mairie de Lille ?

Marc-Philippe Daubresse : C’est un retour aux sources. Je suis né à Lille, j’ai fait toutes mes études ici et j’ai été député du Vieux Lille pendant plus de 20 ans. On m’a réélu six fois, ce qui signifie que la population trouvait que ce je faisais n’était pas si mal. Par ailleurs, lorsque j’ai pris la succession du maire de Lambersart, on m’a proposé plusieurs fois de briguer le beffroi lillois mais j’ai toujours refusé, estimant que je n’avais pas fini mon travail à Lambersart. En 2014, j’ai décidé que je devais passer la main. Je reviens donc ici à Lille pour finir ma vie politique, comme un retour aux sources. Vous savez, c’est la source et l’océan : vous partez d’un endroit, l’eau coule et vous revenez finalement à la source.

Pourquoi…

…un étudiant lillois devrait voter pour vous ?

« Je sais ce que c’est d’être étudiant à Lille car je l’ai moi-même été. J’ai aussi été ministre du Logement avec un mandat durant lequel j’ai réalisé des tas de mesures pour le logement étudiant. A cette époque, avec Valérie Pécresse (alors ministre de l’Enseignement Supérieur, ndlr), nous avions envisagé un plan pour booster la construction rapide et très fiable de logements étudiants sous réserve d’accords avec les universités. Les logements étudiants au CROUS sont une catastrophe. Ça, c’est donc un premier sujet.

Photo : Eloïse CHAPUIS

Le deuxième sujet, c’est que lorsque j’étais Ministre de la Jeunesse, Martin Hirsch, ancien directeur de la fondation Abbé Pierre, m’avait légué des sortes d’éprouvettes où on mettait en relation des politiques locales et on l’avait expérimenté sur 180 sites. On les a faites évaluer par des experts indépendants.

Quand on met en relation une politique d’accélération des permis de conduire pour plus de mobilité, et une politique d’emploi, les jeunes trouvent plus facilement du travail à la sortie de leurs études

En outre, il y a beaucoup de places d’apprentissage à Lille qui sont non pourvues. Si les jeunes sont garantis d’avoir un logement où ils vont faire leur stage d’apprentissage et dans 80% des cas, avoir un emploi derrière, ils vont trouver plus facilement du boulot. Quand vous partez de la réalité du terrain, et que vous mettez en place des politiques nationales qui existent avec la boite à outils nationale et que vous les mettez ensemble en tension, vous aboutissez à des résultats extrêmement concrets. Ce plan peut être co-financé à plusieurs échelles : par le privé, par l’Etat, par la Région… […] »

Justement, vous dites que vous avez été étudiant à Lille, mais c’était tout de même il y a quelques années : vous ne pensez pas qu’un fossé a pu se creuser entre vous et les jeunes ?

Evidemment, chacun progresse avec son âge, c’est la vie. Mais je pense que si les jeunes raisonnent un minimum, ils ne sont pas forcément convaincus que pour régler leurs problèmes, il faille quelqu’un de jeune. Par contre, il faut quelqu’un qui les comprenne et qui ait montré sur des situations concrètes qu’il les aidait.

…un actif lillois devrait voter pour vous ?

« La politique économique de la ville de Lille n’est pas une politique qui permet de créer véritablement de l’emploi. Beaucoup du développement économique se règle en fait à la Métropole Européenne de Lille. Il y a une grande hypocrisie : 80% des sujets de la vie des Lillois sont décidés à la MEL. Parce que là on est en train de dire à tout le monde « votez pour nous et puis on va s’arranger entre happy few avec des politiques communautaires ». J’ai été pendant très longtemps le vice-président de Pierre Mauroy à la Métropole, donc je connais le sujet. Mme Aubry a aussi été présidente de la MEL. Pourquoi ne fait-on pas de débat autour de ces sujets ?

Il y a une grande hypocrisie : 80% des sujets de la vie des Lillois sont décidés à la MEL

Photo : Eloïse CHAPUIS

La politique économique de Mme Aubry, avec les 1000 hectares de développement industriel à la Métropole était en fait très planificatrice et très dirigiste. Or, dans le monde dans lequel on crée de l’emploi, il faut encourager une multiplicité d’initiatives qui sont souvent des micro-initiatives. […] Il faut aussi s’intéresser aux auto-entrepreneurs. A Lambersart, quand j’étais maire, j’ai soutenu les très petites entreprises avec des sortes d’incubateurs qui permettent de catalyser les initiatives.

C’est vrai que l’expérience vous oblige à être plus âgé, mais c’est quand même utile de temps en temps

Je connais aussi un peu mieux le monde de l’entreprise que Mme Aubry car j’ai été pendant dix ans directeur d’un cabinet de recrutement qui travaillait avec toutes les entreprises de la métropole. C’est vrai que l’expérience vous oblige à être un peu âgé, mais c’est quand même utile de temps en temps. »

un retraité lillois devrait voter pour vous ?

Ce que je veux faire, c’est un parcours de vie depuis la retraite jusqu’au moment où on devient très dépendant

« Aujourd’hui, beaucoup de gens partent à la retraite autour de 60 ans, plus ou moins deux ans (et ça va surement changer avec la réforme gouvernementale). En tous les cas, il y a un parcours pour se préparer à la retraite : quand vous êtes jeunes retraités, vous pouvez faire de l’aide générationnelle, vous pouvez aider des gens sans emploi, faire de la lutte contre l’illettrisme… Il y a donc la question du bien-être car la principale question que se posent les retraités c’est comment bien vivre plus longtemps. Si je suis élu, je créerais un adjoint au bien-être parce que je pense qu’il y a plein d’initiatives qui peuvent aider les seniors : le yoga, la sophrologie… Ce que je veux faire, c’est un parcours de vie depuis la retraite jusqu’au moment où on devient très dépendant.

Photo : Emma CHALLAT

Les EHPAD sont parfois dans un état catastrophique. Il faut non pas centraliser ces établissements entre eux mais au contraire les décentraliser dans les quartiers et les moderniser. Les résidences logement pour seniors doivent également être accompagnées. Il y a donc toute une politique de logement, de « parcours résidentiel » que je traduirais plutôt comme une politique de « parcours de vie et de bien-être » à mettre en oeuvre. »

Une mesure à retenir ?

Par rapport aux autres, c’est mon projet en matière de sécurité et une vision totalement différente de la mobilité par rapport à Mme Aubry. Moi, je ne veux pas tuer les petits commerçants. Sécurité et mobilité sont indissociables : l’un ne va pas sans l’autre.

Propos recueillis par COPPELIA PICCOLO – Texte : THEODORE AZOUZE (avec E. CHALLAT, E. CHAPUIS et M. COUTERET)

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s