L’Adieu : Une famille confrontée au choix du silence

Doit-on mentir si c’est pour le « bien » de quelqu’un que l’on aime ? Voilà la question centrale qui traverse le film L’Adieu, réalisé par Lulu Wang. La réalisatrice signe un deuxième long-métrage à la portée universelle, qui questionne les relations familiales.

Awkwafina (au centre) est l’actrice phare de ce film salué par la critique – Photo : DCM

Le secret autour de la maladie

L’Adieu fait le portrait d’une famille qui se réunit après de nombreuses années sans s’être vue. Le spectateur est directement plongé dans la réalité crue de l’histoire : Nai Nai (jouée par Shuzhen Zhao) est en phase terminale d’un cancer et va bientôt mourir. Sa famille décide alors de lui cacher la vérité, et se réunit en utilisant comme prétexte le mariage de son petit-fils, Hao Hao (Han Dien Chen).

Le spectateur suit Billi (Awkwafina), la petite-fille de Nai Nai, née en Chine mais élevée aux États-Unis. Sa personnalité affirmée et indépendante font d’elle un personnage en décalage avec les autres membres de sa famille. Elle a beaucoup de difficultés à se plier au mensonge, et n’arrive pas à comprendre cette tradition chinoise du silence. Sa famille a même voulu l’empêcher de venir en Chine retrouver sa grand-mère, pensant qu’elle n’aurait pas pu s’empêcher de révéler la vérité.

Billi (jouée par Awkwafina) va-t-elle réussir à garder le secret intact ? – Photo : DCM

Un film qui reflète les différences culturelles

À travers le regard de Billi, le film illustre les différences de mentalités entre la Chine et les États-Unis, que ce soit au sujet de la famille, de la maladie ou du travail. Billi est par exemple certaine que cacher à un patient la maladie dont il souffre serait interdit aux États-Unis. En Chine, le silence est gardé avec l’aide des médecins, répondant au dicton populaire qui affirme que ce n’est pas le cancer qui tue, mais la peur.

Billi est également quelque peu perdue à propos de sa double identité culturelle. Partie à 6 ans de la Chine, elle garde très peu de souvenirs du pays qui l’a vue naître. Les retrouvailles avec sa grand-mère sont également l’occasion pour elle de renouer des liens avec ses origines.

L’histoire de Billi se rapproche grandement de celle de la réalisatrice, Lulu Wang. En effet, celle-ci est partie très tôt de Chine pour vivre aux États-Unis, et a elle aussi eu à cacher à sa grand-mère la maladie dont elle souffrait. La question de la double identité est pour la réalisatrice un sujet primordial, qu’elle évoque dans une interview donnée à Konbini :

«  Je sais que je suis américaine, mais je sais aussi que je ne suis pas traitée comme si je l’étais, ou pas perçue comme telle, aux États-Unis. Et quand je retourne en Chine, on m’affirme que je suis chinoise, on me demande de l’être alors que je ne le suis pas, que je ne connais pas la culture, le langage et les arts, qui sont les fondements d’une identité, parce que je n’ai pas grandi en Chine. »

Billi (Awkwafina) et Nai Nai (Shuzhen Zhao), petite fille et grand-mère complices – Photo : DCM

Scènes familiales de partage et de désaccord

Au-delà des différences culturelles entre la Chine et les États-Unis, L’Adieu dévoile des scènes plus universelles. Le spectateur est notamment témoin de scènes de désaccord entre les membres de la famille, moments que l’on a tous vécus lors de repas familiaux. Cependant, les retrouvailles donnent aussi lieu à des séquences de partage sincères. Les scènes banales de famille en révèlent beaucoup, sans nécessiter de grands discours. Le ton est à la fois léger et grave, les scènes émouvantes alternant avec des scènes plus drôles, notamment autour du joli duo composé de Billi et sa grand-mère. Les émotions des personnages se mêlent ou se cachent, pour ne pas que Nai Nai découvre le mensonge.

Les scènes banales de la famille en révèlent beaucoup, sans nécessiter de grands discours

Seul point négatif, les scènes familiales peuvent se révéler quelque peu répétitives, avec d’un côté Nai Nai et son insouciance, et de l’autre sa famille essayant tant bien que mal de cacher sa tristesse. Les personnages se retrouvent ainsi confrontés leurs contradictions. En effet, même s’ils sont envahis par le chagrin, ils ne doivent rien laisser paraître. La question qui se pose alors est la suivante : le silence ne les fait-ils pas souffrir davantage ?

Une visibilité à l’international

L’Adieu est nominé dans de nombreuses compétitions, notamment aux Golden Globes et au Sundance Film Festival. L’actrice qui joue Billi, Awkwafina, a d’ailleurs remporté le Golden Globe de la meilleure actrice dans une comédie. Elle est ainsi devenue la première femme asiatique à gagner ce prix. Ces nominations et récompenses sont le reflet de l’émergence du cinéma asiatique, de plus en plus distribué à l’étranger.

CELIE CHAMOUX

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