Julien Poix (LFI) : « On veut faire de Lille le laboratoire de l’avenir en commun »

La France entre en ce début de décennie au cœur de la campagne électorale en vue du scrutin municipal de mars 2020. A cette occasion, les rédacteurs de CUBE sont partis pour vous à la rencontre des principaux candidats à la mairie de Lille. L’objectif : vous aider à y voir plus clair dans leurs programmes pour faire votre choix. Second prétendant au beffroi à se soumettre à l’exercice : Julien Poix, candidat du collectif « Décidez pour Lille » soutenu par la France Insoumise.

Bien loin de l’agitation de la place de République, c’est à Fives que nous reçoit Julien Poix, candidat du collectif « Décidez pour Lille » soutenu par la France Insoumise. Cet enfant de la région, né à Valenciennes, rejoint les bancs de l’Université de Lille pour y étudier l’Histoire Contemporaine. Après son master, il devient professeur d’Histoire-Géographie au collège. Une profession qu’il défend au sein de la CGT-éducation. Rapidement engagé dans les luttes sociales, il milite également pour « Attac Lille métropole », une organisation qui entend lutter contre le pouvoir de la finance et des multinationales. En 2010, il quitte le Parti Socialiste pour adhérer à la France Insoumise où il s’investit particulièrement dans l’Espace des luttes sociales et écologiques. Bien installé au fond du canapé, après quelques ajustements d’éclairage, le trentenaire est fin prêt à répondre à nos questions, entouré de jeunes engagés. 

Photo : Faustine MAGNETTO

CUBE : Pourquoi avez vous décidé de vous présenter à la mairie de Lille ?

Julien POIX : Je suis le seul candidat de cette élection municipale à Lille à travailler à 100% à plein temps. Le matin, je donne des cours, et l’après-midi, quand mon emploi du temps me le permet, je vais à la rencontre des Lillois et des Lilloises, pour présenter le collectif « Décidez pour Lille » qu’on a lancé au mois de septembre et soutenu par la France Insoumise. Ce collectif regroupe des gens qui ne sont pas forcément de la France Insoumise, des syndicalistes, des commerçants, des habitants, des retraités et des habitants des logements sociaux aussi qui parfois s’investissent pour la première fois dans ce collectif. L’idée, c’est d’imprimer une nouvelle démarche. On croit vraiment que le temps est venu pour les collectifs. Si on veut écrire une nouvelle page de l’histoire de Lille, c’est par le collectif et les collectifs qu’on y arrivera.

On croit vraiment que le temps est venu des collectifs

Je me présente pour mettre en avant l’esprit collectif dans la ville. C’est aussi pour dire aux Lilloises et aux Lillois qu’ils peuvent devenir des acteurs, des décideurs en agissant pour leur immeuble, leur quartier, leur ville. Rompre le cercle vicieux de la résignation et surtout de la violence de l’abstention. Quand on regarde les scores, 52% des Lillois et des Lilloises n’ont pas voté en 2014 et ce principalement dans les quartiers populaires.

Il y a une fracture démocratique dans la ville. L’objectif de notre démarche c’est de dire aux gens qu’en se groupant, on est une force, qu’on reconnait nos intérêts collectifs et qu’on peut conquérir nos droits.

Voilà pourquoi on a lancé cette démarche, l’objectif est de rendre les clés du beffroi aux Lillois et aux Lilloises. Nous avons l’impression que la mairie est devenue un château fort, où certains notables défendent leurs intérêts et leurs positions.

Nous sommes là pour créer cette alternative sur la solidarité et sur l’espoir, parce que ce sont nos moteurs, qui ne sont pas toujours ceux qui animent les concurrents d’en face. Je pense notamment à Violette Spillebout qui est en « opération revanche », ou Monsieur Daubresse qui est en « opération parachutage ». Notre objectif est de préparer la ville aux enjeux de demain et de faire transitionner la ville pour résoudre l’urgence écologique, démocratique et sociale. Les villes vont être en première ligne pour affronter les grands périls qui s’annoncent face à nous. 

Pourquoi…

un étudiant lillois devrait voter pour vous ? 

Premièrement, nous avons une liste qui est très jeune, mais je ne dis pas ça pour faire du jeunisme. Les jeunes de l’équipe de campagne sont bénévoles et n’en sont pas à leur première campagne.

Ils connaissent la précarité, ce que c’est que la réalité du monde étudiant, ce que c’est que de vivre avec 200 euros par mois, ce que c’est que de devoir se loger dans des conditions déplorables, y compris parfois dans des logements universitaires.

Moi-même je l’ai vécu. Je suis enseignant, donc je connais cette réalité du monde éducatif et universitaire.

Lille est une ville où l’on doit être bien pour vivre et pour étudier. C’est une ville qui ne doit pas rimer avec précarité. Or depuis plusieurs années, les étudiants se précarisent de plus en plus. On a notamment vu apparaître en ville une uberisation importante. On voudrait recréer des conditions favorables aux étudiants : construction de logements publics avec un coût maîtrisé, des loyers contrôlés, des conditions dignes. Une offre qui diffère de celle proposée à Villeneuve d’Ascq, où les étudiants sont parfois instrumentalisés à des fins politiques.

Il y a un manque d’écoute de la jeunesse, un manque de conditions d’accueil digne.

Pour l’uberisation, je propose une aide pour ces jeunes précarisés : mettre à disposition des lieux pour qu’ils puissent se retrouver, travailler ensemble… La mairie peut aussi les aider à monter des coopératives pour sortir de cet esclavage moderne.

Pourquoi un actif lillois devrait voter pour vous ?

Nous proposons d’attaquer le problème de l’emploi, qui est une des causes de l’insécurité sociale dans les quartiers. Il y a encore 20% d’ouvriers à Lille, c’est donc une ville qui reste populaire même si la majorité sortante s’attache à faire un nettoyage social des quartiers depuis quelques années via la politique du logement. 33% des ouvriers lillois sont au chômage ; le taux de chômage global est de 19%, c’est 5 points de plus qu’en 2010. Il y a donc une inadéquation entre les offres d’emplois et les publics qui en ont besoin. 

Julien POIX dans son local situé à Fives – Photo : Faustine MAGNETTO

Nous voulons accentuer la construction de pôles d’activités productifs durables dans la ville, puis dans la métropole si l’on obtient la majorité, pour redonner des débouchés professionnels à ces ouvriers qui ne trouvent pas d’employeurs. L’idée est de repérer les friches dans la ville et dans les pourtours de Lille afin de voir où l’on peut abriter ces pôles d’activités. Je pense que ce serait une bonne idée de consacrer une de ces friches à un pôle d’activité lié à l’écoconstruction, développer l’isolation énergétique du futur, mettre en relation des entreprises avec des architectes et des urbanistes sur un même lieu avec des étudiants. Dans chaque quartier, il faudrait également un pôle central dédié à la recyclerie, un pôle logistique … Il faudrait déployer dans la ville et ses pourtours ces pôles d’activités connectés aux besoins en emplois des classes populaires lilloise. 

Il y a un besoin cruel d’espace vert à Lille

Nous avons également un programme équilibré sur l’écologie sociale. Nous sommes les seuls à proposer la construction d’un véritable poumon vert à Saint-Sauveur, non construit. J’insiste sur le terme « non construit », car il y a beaucoup de candidats qui vont vous vendre du rêve dans cette campagne mais qui vont en réalité construire des logements, des salles de sport, des équipements dans un objectif de densifier la ville. Il y a un besoin cruel d’espaces verts à Lille : 9m2 par habitant, si on enlève les cimetières, c’est une urgence sociale, vitale et écologique. Nous voulons connecter Saint-Sauveur avec la citadelle et avec Ronchin pour faire un continuum vert qui va du nord-ouest jusqu’au sud-est. 

Un actif pourrait donc avoir un cadre de vie plus agréable en votant pour nous. Un meilleur cadre de vie passe par plus de parcs, par des logements de meilleure qualité, par une propreté urbaine repensée, par un rétablissement des encombrants, par des recycleries de quartier.

Plus que l’environnement, le cadre de vie sera le thème central de la campagne. Cette notion englobe la question des transports, primordiale pour les classes populaires.

Afin d’améliorer la situation actuelle, on propose d’offrir des solutions de stationnement résidentiels groupés dans les quartiers, pour justement arriver à reconquérir les espaces publics à destination des habitants.

Et combien vont coûter toutes ces mesures ?

Les transports gratuits coûtent cher, mais ça coûtera plus d’argent de soigner les maladies liées à la pollution dans quelques années plutôt que de faire des transports en commun gratuits.

Afin de financer ces mesures, on peut aussi emprunter : une collectivité publique ou un état peut s’endetter s’il s’agit d’un investissement sur un bien commun. On doit investir sur des dépenses structurelles fortes. En période de grande guerre, il y a eu des appels aux dons, des souscriptions publiques.

À mon avis, on est dans une époque dans laquelle on entre en guerre contre le réchauffement climatique. Il faut une économie d’effort de guerre.

L’effort de guerre nécessite de lever tous les fonds possibles, d’emprunter pour gagner cette bataille contre le réchauffement climatique et cette bataille contre la fracture sociale qui s’accroit et qui va aller de pair avec la crise climatique. Tout a un coût, mais il faut faire des investissements à long terme pour faire face aux enjeux du futur. Actuellement, la majorité sortante n’a eu de cesse de raboter les investissements : aucune école n’a été construite à Lille, alors qu’il y a eu plusieurs milliers d’habitants en plus depuis le dernier recensement.

Pourquoi un retraité devrait voter pour vous ? 

Être retraité à Lille peut aussi poser problème. Dans la métropole, vous avez beaucoup d’EHPAD publics qui sont sur le point d’être abandonnés.

Nous serons ceux qui réouvrirons des maisons de retraite publiques à Lille. Nous serons ceux qui feront des mesures qui bénéficient à tout le monde y compris aux retraités. Nous ferons aussi une ville qui sera adaptée à leur mobilité avec des logements sociaux adaptés.

Actuellement, beaucoup de retraités n’ont pas accès à cette offre de logements sociaux. Il faut faire du sur-mesure sur les logements à destination des retraités : penser le logement non pas comme un outil mais comme un lieu de vie.

 Il faut s’adapter à tous les publics. On ne peut pas demander à des retraités de faire des démarches informatiques dématérialisées. 

Il est nécessaire de recréer plus de liens directs, déployer plus de services municipaux. C’est par la solidarité qu’on va réussir à adapter la ville aux enjeux climatiques, sociaux et démocratiques.

La ville pour nous, c’est un laboratoire d’expérimentation. Faire de Lille le laboratoire de l’avenir en commun est notre but premier. Je veux faire de Lille une ville émancipée de clientélisme, de paternalisme et d’infantilisation des citoyens.

Une mesure à retenir ?

La réquisition des bâtiments et des logements vides est pour moi une souffrance énorme, lorsque j’observe l’inaction totale vis-à-vis du problème du mal logement. C’est je pense la première décision que je porterai en tant que maire. J’inviterai toute la presse nationale afin d’avoir un grand débat sur ces 8000 logements vacants à Lille, qui sont en jachère. C’est un scandale énorme : on compte 3000 personnes à la rue à Lille, alors qu’on dénombre 8000 logements vacants. Ces derniers pourraient être mis à disposition au mois de février pour ces gens dans le besoin. C’est une urgence sociale capitale et c’est une question de dignité. 

FAUSTINE MAGNETTO et COPPELIA PICCOLO (avec M. COUTERET et T. AZOUZE)

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