L’art dans la peau : 5ème édition de l’International Lille Tattoo Convention

Quand les portes du centre de Lille Grand Palais s’ouvrent, ce sont généralement des milliers de curieux qui s’y engouffrent. C’est justement ce qu’il s’est passé les 17, 18 et 19 janvier dernier pour la 5ème édition de la International Lille Tattoo Convention. Cet événement dévoile enfin l’envers du décor d’un milieu mystérieux, trop souvent rapidement jugé comme marginal.

Portrait réaliste d’une femme couronnée. Tatouage présenté lors du premier concours du weekend. Artiste inconnuPhoto : Elisa LENGLART-LECONTE.

Avant de pouvoir se plonger dans l’univers très complet du tatouage, il faut d’abord se rendre compte de tous les éléments techniques et historiques de cet art – le mieux étant, bien sur, de se renseigner avant d’aller se faire tatouer sur un coup de tête ou même de vouloir déambuler au milieu des centaines de stands présents. Selon des scientifiques japonais, le tatouage se pratique depuis environ 10.000 av. J-C. A cette époque, le tatouage correspondait aux mêmes codes que ceux existant jusqu’au XIXème siècle, c’est-à-dire l’appartenance à un groupe social donné ou le marquage d’un rite initiatique important. Néanmoins, le premier homme tatoué découvert et nommé Ötzi a été estimé vivant entre 5300 av. J-C et 3500 av. J-C. Cette première découverte a montré que ses tatouages auraient pu être utilisés à des fins thérapeutiques ou curatives, afin de soulager de l’arthrose par exemple. Nous sommes alors encore bien loin des normes esthétiques contemporaines du tatouage. Les vertus de guérison ont ensuite laissé place à des notions de marques protectrices. C’est notamment le cas avec le style traditionnel qui alimente les techniques marquisiennes, tahitiennes ou polynésiennes.

DES TECHNIQUES ANCESTRALES INCOMPARABLES :

Durga, tatoueur originaire de l’île de Bornéo, en Indonésie, pratique également le tatouage traditionnel à l’aide d’outil basiques, c’est-à-dire d’une sorte de marteau serti d’une aiguille à l’extrémité et d’un autre bâton qui vient percuter le premier et planter l’encre entre le derme et l’épiderme. Durant trois jours entiers, il a permis au grand public de le voir travailler comme le faisaient les premiers tatoueurs. Les quelques courageux qui ont voulu tenter l’expérience d’une douleur plus intense en sont ressortis avec une marque reconnaissable et unique en son genre. L’originalité de ce style de tatouage fait toute l’affluence autour du shop de Durga qui est désormais basé à Berlin.

Grâce à des légendes du tatouage que sont par exemple Ed Hardy, Sailor Jerry ou le premier tatoueur français Bruno Cuzzicoli, l’art du dessin sur peau a pu parvenir jusqu’à notre civilisation occidentale et prendre encore d’autres significations. Par la suite, le matériel s’est développé en partant d’appareil électronique trafiqués pour enfin aboutir à des aiguilles plus saines pour la peau, et pour la tenue du tatouage.  

Différents styles de tatouages existent de nos jours et sont le fruit d’une évolution relativement récente. On trouve principalement le blackwork, le traditionnel et le néo-traditionnel, le old school et le new school, l’ornemental, le graphique, le réalisme, le japonais, et les derniers en date seraient le minimalisme ou encore le style cartoon avec ses couleurs ‘flashy’ et tiré des références de notre enfance.

350 tatoueurs professionnels se sont réunis durant le week-end

Environ 350 tatoueurs professionnels se sont réunis mi-janvier dans les 10.000 mètres carrés mis à disposition pour un weekend bien rempli. Un peu moins de 20.000 visiteurs leur ont rendu visite entre les stands de snacks, de vêtements, les vendeurs de bijoux et les cabinets de curiosités. Tous les styles étaient représentés, avec des tatoueurs traditionnels se mélangeant à leurs confrères, utilisant les techniques et le matériel les plus récents possibles. Afin d’accompagner le public dans cet événement de taille et mettre en valeur les nombreux tatoueurs étrangers ayant fait le déplacement, l’organisation avait prévu de la place pour plusieurs concours de tatouage à la fin de chaque journée. Ce sont trois tatoueurs et tatoueuses éminemment reconnus qui ont joué le rôle de juges dans ce ‘contest’ de tattoo. Ce sont Dodie, Ludo La Main Bleue et Perry Rule qui ont pu donner leurs avis sur chacun des tatouages présentés librement par les artistes.

Une battle de breakdance a été organisée ce même vendredi soir, un concert de musique country a également eu lieu. De haut en bas on peut voir Rom’s du RAF Crew (invité à la ILTC 2020 en qualité de juge), KILLASon, et enfin Ilyes Zoo qui ont pu démontrer leurs talents chorégraphiques. Photos : Elisa LENGLART-LECONTE.

Un portrait réaliste du Joker présenté lors de l’un des nombreux concours de tatouage par l’équipe d’Hakan. Une dizaine d’heures ont été nécessaire à la réalisation de ce projet en couleur. Photo : Elisa LENGLART -LECONTE.

Dans cette ambiance respectueuse remplie de tant de travail et de talents, Hakan le manager de la Tattoo Bull Pro Team basée à Ankara (Turquie) nous explique sa vision de la compétition dans le tatouage. « On a reçu 15 récompenses durant l’ensemble des conventions auxquelles on a participé l’année dernière. On ne travaille pas pour ça mais ça nous conforte dans notre passion qu’est le tatouage. Ce n’est pas que du business pour nous, c’est notre rêve et notre passion. Quand on reçoit des prix on se sent vraiment valorisés. »

Jay Sampaguita a réalisé en plusieurs jours le tatouage d’une amazone à travers un portrait réaliste, un exercice qu’elle affectionne tout particulièrement. En plus de cela elle y a rajouté une main qui retient un corbeau. Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

D’autres tatoueurs pensent différemment et se déplacent pour l’expérience unique d’un weekend nourri exclusivement de tatouage. C’est le cas de Jay Sampaguita, une tatoueuse parisienne (12ème arr.) de 27 ans qui a un certain recul sur ses 8 années d’expérience dans le tattoo. « La compétition j’en fait parce que c’est une bonne com, et puis ça permet de montrer tes tatouages aux yeux de tout le monde. Après je fais pas de compétitions juste parce que j’aime gagner, c’est principalement parce que les gens te remarquent. » Jay a justement gagné le deuxième prix du meilleur tatouage réaliste pour le concours du dimanche. Après plus d’une dizaine d’heures de travail acharné, elle a finalement décidé de présenter son œuvre au jury de la International Lille Tattoo Convention.


MT Tattoos, tatoueur du sud de la France – vers Béziers – a accordé à Cube une longue interview en amont de la convention. Durant cet entretien il qualifie les mentalités de changeantes selon les tatoueurs. En effet « certains tatoueurs sont fermés au travail des autres. Certains sont plus ouverts à la nouveauté. Certains ne se déplacent presque uniquement que pour la compétition et veulent remporter des prix pour avoir une certaine forme de notoriété dans le milieu. Aujourd’hui il y a beaucoup plus d’événement qu’il y a quelques années, il y a une convention tous les weekends. » Cette démocratisation des événements exclusivement dédiés au tatouage ont encouragé certains artistes à prendre l’habitude de se déplacer de nombreuses fois dans l’année, dans le but de se faire connaitre du grand public ainsi que de leurs pairs. C’est exactement pour cette raison que le toulousain Romain BLVCK (Black) aime se déplacer à travers la France depuis peu de temps. À la fin de la dernière journée entre deux cartons de rangement il nous confie son état d’esprit :

« J’espère me faire un nom auprès de mes pairs. Mon but c’est pas de réussir sur Instagram, j’ai vraiment envie d’être reconnu dans un milieu de connaisseurs. »

Romain BLVCK nous a accordé un temps précieux, entre ses clients et la scène remplie à côté de laquelle il a été placé cette année. Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

Beaucoup étaient déjà des habitués de cette atmosphère chaleureuse et bruyante. Une forme d’effervescence s’est faite ressentir grâce à la symphonie des aiguilles vibrantes, et quand la douleur de la fin de journée se fait sentir c’est la satisfaction de l’art cutané qui prend le relais. Concernant la qualité de l’événement, de nombreux aspects d’organisation ont été amélioré d’une année sur l’autre. MT Tattoos nous assure que « cette convention est plutôt confortable, on est bien installés avec des stands relativement spacieux, on est bien éclairés, on travaille généralement dans de plutôt bonnes conditions. On nous fournit un bon matériel. Les gens sont vraiment ouverts d’esprit. Par exemple, quand quelqu’un vient avec un projet qui n’est pas assez précis, j’ai rarement eu à faire à quelqu’un qui était réfractaire à mes idées ou à mes conseils. »


Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

La tatoueuse lilloise Glen Coco nuance un peu plus son propos en parlant de l’organisation et confirme qu’« ils ont agrandi les stands en termes de profondeur donc c’est vraiment agréable. De toute façon il faut savoir que quand on vient en convention on sait qu’on va pas être très bien installés. En tous cas c’est vrai qu’ici c’est très loin d’être la pire des conventions de tatouage. »

Les organisateurs de l’événement de ce weekend de mi-janvier raconte volontiers leur cheminement professionnel. Maria et son mari Jean-Marc Bassand possèdent une entreprise d’événementiel et ont été contacté par Lille Grand Palais pour déclencher une 5ème édition de la International Lille Tattoo Convention. Maria nous explique le lancement du partenariat : « C’est Lille Grand Palais qui nous a contacté après avoir vu les autres conventions de tatouage qu’on a réalisé à Besançon, Épinal et Marseille. Quand on ne connait pas le milieu c’est plus compliqué de savoir ce qu’on peut faire ou non. On compte évidemment continuer jusqu’à ce que les lillois n’en puissent plus de nous ! Le partenariat s’est très bien passé donc on compte bien sûr organiser la 6ème édition. On essaye toujours de s’améliorer. On a continué d’augmenter le nombre de tatoueurs mais cette année on a atteint notre capacité maximale. On préfère accueillir 350 tatoueurs et leur permettre de travailler dans de bonnes conditions plutôt que d’en accepter plus et de les entasser dans des plus petits box. »

On s’est dit qu’en plus de notre passion pour les cultures urbaines, on pouvait accueillir des graffeurs pour faire découvrir ça à notre public

D’une année sur l’autre, certaines activités changent, se développent ou se défont. En 2020 ce furent les cultures urbaines qui était en partie mises à l’honneur avec un stand Jacker, un stand DC Shoes, et une grande allée mise à disposition de graffeurs de la région équipée de grands panneaux en bois afin de démontrer leurs capacités d’expression picturale. Maria rajoute : « On cherche toujours quelque chose à rajouter en plus d’une année sur l’autre. C’est pour ça qu’on s’est dit qu’en plus de notre passion pour les cultures urbaines on pouvait accueillir des graffeurs pour faire découvrir ça à notre public. »

Issam, graffeur lillois de 30 ans, possède un style précis : traits secs, colorés, tout en s’inspirant des personnes qu’il aperçoit autour de lui. « Mon style est rapide, spontané. Je ne fais aucun brouillon. » Malgré une bonne volonté de la part des organisateurs, Issam relève un manque de visibilité de son travail par rapport au reste des artistes présents sur le site.

« L’initiative de mettre des graffeurs dans la convention est encore timide. On se sent isolés par rapport aux tatoueurs, vous voyez on a été placés sur le côté à un endroit où il y a relativement peu de passage comparé au reste de la convention. Mais bon je pense qu’il faut mettre ça sur le compte de l’inexpérience. C’est surement parce que c’est la première fois qu’ils font ça dans cette convention, donc ça peut aller que de mieux en mieux.« 

Dimanche en milieu d’après-midi, Issam finalisait sa première oeuvre sous le regard des visiteurs marchant dans son allée – Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

Après s’être intéressé aux formes d’art présentes dans le weekend, les bonnes questions se posent enfin en rapport à l’envie profonde de se faire marquer à vie. En discutant de manière transparente avec quelques professionnels on peut alors se diriger vers un projet qui nous correspond réellement et qui ferait de nous quelqu’un d’amélioré, ou du moins qui donnerait certain un sentiment d’accomplissement. À un tel moment de réflexion dans le processus de réflexion au tatouage il est bon de s’entourer de plusieurs personnes afin de prendre en compte chaque aspect d’un acte irréversible.

Issam affirme son opinion authentique en disant : « Je trouve que se tatouer ça démontre une forme de carence. D’une certaine manière les gens ne sont pas satisfait de leur corps tel qu’il est de base et il ressentent le besoin de le transformer parce qu’ils se sentent mal dans leur peau. » A l’inverse Lorraine du salon Les Lèvres Rouges explique que « le tatouage c’est une façon de se dire ‘’je choisis d’un corps que je n’ai pas choisi’’. On fait les choix qu’on veut au moment où on le veut. »

Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

Ci-dessus, Lorraine du salon Les Lèvres Rouges affirme que la grande majorité de ses clients sont des femmes entre 18 et 27 ans, féministes engagées et militantes. « Je ne sais pas vraiment pourquoi mais j’ai aussi vraiment beaucoup de lesbiennes. »

Ce qui se trouve derrière le tatouage en lui-même est capital : quelle est la motivation d’autrui à subir une douleur qui lui sera (normalement) bénéfique par la suite ? Qu’est-ce qu’un bon tatouage ? Quelle est la bonne attitude à adopter avant de se lancer dans cette transformation artificielle du corps, qui se transforme parfois en véritable drogue artistique pour certains ? Le tatoueur Javier Obregón – un argentin de 40 ans basé à Barcelone – affectionne tout particulièrement l’aspect esthétique du tatouage. « Quand je tatoue des prénoms d’une famille, si le nom est mal écrit, peu importe le nom ou le sens, si le tatouage est raté, il est raté. En plus de cela, je pense que le plus important c’est la composition, et l’endroit où l’on le place. »

Javier a travaillé plus d’une dizaine d’heures sur le bras de Dylan, finissant ce qu’il avait commencé quelques semaines auparavant sur un bras qui vaut désormais 2500€ – Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

MT Tattoos l’assure : « Un bon tatouage, c’est déjà un tatouage qui est techniquement solide. Après il faut prévoir l’emplacement du tatouage. On a quelques codes implicites, on ne tatoue pas un portrait qui a le regard porté vers l’arrière ou vers le dos, on va le faire regarder en face ou vers l’avant ou en hauteur. Néanmoins, certains font le choix de casser certains codes et ça marche quand même. Les règles des couleurs complémentaires ne sont pas respectées par tout le monde quand même, ça reste un travail assez libre. »

De la même manière Jay Sampaguita pense que « la qualité d’un tatouage va être déterminée dans le placement et la composition. Prendre en compte la physionomie du client est primordial quand on tatoue, avant de savoir faire des dégradés ou d’avoir un niveau technique important. » C’est Romain BLVCK qui vient apporter le point final de la décision et de la définition d’un bon tatouage en nous confiant que selon lui « un vrai tattoo c’est un motif intemporel et qui va bien vieillir, c’est-à-dire que dans 20 ou 30 ans on saura toujours ce que c’est. Il faut qu’il soit clair et lisible sans qu’on ait à froncer les sourcils pour comprendre ce que c’est. C’est quelque chose qui se porte bien, quelque chose qui met en valeur le corps et vice versa. Pour moi, c’est ça un vrai tattoo. »

ENTRE ARTISANS ET ARTISTES :
Marco Slo était déjà pris dans l’excitation des préparatifs durant la première après-midi du vendredi 17/01/2020. Il nous a répondu entre deux détails pour l’installation de son stand et des ses affiches – Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Le métier de tatoueur ne s’est démocratisé que depuis quelques décennies. Il a été rendu encore plus officiel après une série de lois concernant les règles obligatoires d’hygiène à adopter qui ont été adoptées en 2009. « Jusqu’en 2009 on pouvait tatouer 20 personnes à la chaine sans être obligé de changer les aiguilles. A partir de cette année on a eu une formation de 21 heures obligatoires afin d’apprendre la stérilisation, pour travailler dans de meilleures conditions. » précise MT Tattoos. Un tatoueur est un passionné qui doit savoir se montrer polyvalent et technique dans le plus grand nombre de styles possible. Marco Slo livre une comparaison intéressante sur le sujet :


« Quand on apprend à être coiffeur, on apprend pas qu’à peigner des cheveux. Dans le tatouage c’est pareil, c’est par la suite que l’on peut se permettre de dire aux clients que l’on préfère leur faire des dégradés ou bien des boule à zéro etc. »  

La tatoueuse Elie Hammond prêche également son amour pour le tatouage après avoir grandi dans le milieu punk rock et s’être enfin lancée dans le dessin sur peau. « Tant que mes mains fonctionneront je tatouerai, je me verrais pas faire autre chose de toute façon. »

Mxzun a pu nous accorder quelques minutes d’interview en attendant que sa cliente se détende les jambes et sèche son pansement après plusieurs heures allongée dans une position peu confortable. Photo : Elisa LENGLART-LECONTE.

D’une manière plus pudique, le sud-coréen Mxzun ayant fait le déplacement depuis Séoul explique que le tatouage est prohibé dans son pays du fait des mœurs dans un premier lieu, et que l’Etat arrive à limiter cet art en raison de mesures d’hygiène drastiques. Etant l’un des seuls tatoueurs de la convention dépourvu de tatouages apparents, il explique ce choix : « La police ne nous envoie pas en prison parce qu’on a des tatouages mais si des bruits courent et disent qu’un tel a ouvert un salon de tatouage et que quelqu’un appelle la police pour te dénoncer, tu risques de te faire arrêter et de devoir fermer ton salon et cesser tes activités. En Corée du Sud, le tatouage est présent mais personne n’a de devanture avec marqué ‘’Tatouage’’ en gros/en toutes lettres. Si on se fait prendre une première fois, on doit payer une amende, si cela se répète on peut potentiellement aller en prison. »


La science du tatoo

D’un point de vue plus scientifique et factuel enfin, c’est un réel phénomène sociologique que le tatouage a déclenché dans chaque foyer français depuis à peine deux (voire trois) décennies. Selon l’IFOP (Institut Français d’Opinion Publique), plus de 18% des français avouent s’être déjà fait tatoués, dont 30% chez les moins de 35 ans. Ces chiffres restent néanmoins inférieurs à ceux que l’on peut observer chez les britanniques ou les américains, des sociétés dans lesquelles le tatouage a opéré une confrontation plus précoce avec les mœurs. La France encore une fois en retard sur certains aspects sociétaux du tatouage permet théoriquement d’éviter la discrimination à l’embauche, des règles d’hygiène strictes etc…

Pour creuser encore un peu plus le sujet du tatouage, il est possible de se référer aux travaux de thèse de la docteure spécialisée en socio-anthropologie Élise Muller qui (ayant également une formation en ethno-esthétique) a publié en 2013 avec l’aide de Pascal Lardellier « Une anthropologie du tatouage contemporain : Parcours de porteurs d’encres ». Dans cet ouvrage, elle distingue 5 ‘‘grands types de motivations’’ qui poussent un individu à se faire tatouer : le passage à une nouvelle étape de la vie avec une forme de rupture, les valeurs que l’on souhaite fixer, l’expression des origines, le mythe personnel avec la trace d’une ritualité et enfin l’attrait purement esthétique pour le tatouage en lui-même.

Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Gilles Boëtsch – anthropologue et directeur de recherches au CNRS – rappelle que « la beauté du corps est souvent associée à la beauté de l’âme. Ainsi attribue-t-on a priori plus facilement des qualités morales à une personne au physique agréable. Lorsqu’on manifeste la volonté d’embellir son corps, c’est une image particulière de soi que l’on souhaite proposer aux autres. Le tatouage, alors, peut se présenter comme un moyen de se présenter à l’autre tel que l’on aimerait être. »

D’une vision plus matérielle et directe, Aloïs Hahn – sociologue et professeur à l’Université de Trèves en Allemagne – conclue que « le tatouage se sert du corps humain comme matériau d’art plastique. La fonction de l’identification n’est pas annulée, mais modifiée par ce procédé. La personne tatouée s’identifie alors comme participant du beau : elle devient œuvre d’art, sculpture ou tableau. »

RÉMI ENFON

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