Violette Spillebout (LREM) : « Nous voulons être acteurs pour Lille »

La France entre en ce début de décennie au cœur de la campagne électorale en vue du scrutin municipal de mars 2020. A cette occasion, les rédacteurs de CUBE sont partis pour vous à la rencontre des principaux candidats à la mairie de Lille. L’objectif : vous aider à y voir plus clair dans leurs programmes pour faire votre choix. Troisième prétendante au beffroi à se soumettre à l’exercice : Violette Spillebout, candidate La République en Marche.

Dans son local de la rue Gambetta, Violette Spillebout est sur son téléphone. « Dites-moi quand vous êtes prêts, de toute façon j’ai toujours du travail » précise l’ancienne cheffe de cabinet de Martine Aubry en souriant. Candidate pour la première fois à une élection, la marcheuse espère se hisser au second tour, dans une campagne où les scores des différents prétendants au beffroi s’annoncent serrés. Après un passage dans le privé, c’est avec détermination que Violette Spillebout aspire à faire valoir son parcours atypique pour convaincre les Lillois.

Photo : Eloïse CHAPUIS

Violette Spillebout : Je suis une vraie Lilloise, comme une bonne partie de mon équipe, et nous avons envie de nous engager pour notre ville. Nous avons vu la difficulté pour beaucoup de Lillois à évoluer en toute sécurité, vivre décemment ou se déplacer correctement dans notre ville. Nous souhaitons être acteurs pour celle-ci.

Je suis une vraie Lilloise, comme une bonne partie de mon équipe

25 % des Lillois vivent sous le taux de pauvreté aujourd’hui : c’est un chiffre beaucoup trop important pour une métropole européenne. Pour que Lille rayonne et fasse sa place en Europe, il faut accompagner tous les Lillois à prendre le train du développement économique et de la croissance de notre ville.

Beaucoup des gens autour de moi sont candidats pour la première fois aux élections municipales. Moi-même je n’ai jamais été candidate, même si j’ai bien sûr travaillé à la ville de Lille pendant 15 ans. Mais j’observe aujourd’hui une position différente : celle de quelqu’un qui s’engage pour les Lilloises et les Lillois.

Justement, le fait d’être candidate pour la première fois a-t-il impacté votre campagne ?

Cela a tout changé dans ma vie, d’abord parce que cet engagement me fait connaître aujourd’hui auprès de tous les Lilloises et Lillois qui veulent s’engager politiquement. Il y a une dynamique citoyenne positive qui est très présente dans cette campagne. On dit souvent qu’il y a du repli sur soi, que les gens ne s’intéressent pas à la chose publique, mais c’est le contraire que l’on remarque dans cette campagne. […]

Photos : Eloïse CHAPUIS

Ce qu’il faut souligner aussi, c’est que tous ces gens sont comme moi très sensibles à la chose écologique. On travaille beaucoup : le but est de progresser, d’apprendre sur notre ville, sur le climat, sur les décisions qui sont nécessaires d’être prises maintenant pour nos enfants. C’est un vrai plaisir d’apprendre à 47 ans ! Cela veut dire qu’on peut progresser ! […]

Pourquoi

…un étudiant devrait voter pour vous ?

Avant le pourquoi, il y a peut-être le comment, c’est-à-dire qu’il faut s’inscrire sur les listes électorales. En faisant du porte-à-porte, je tombe encore sur beaucoup de jeunes qui votent encore dans leur ville d’origine, un peu par tradition.

Photo : Emma CHALLAT

Donc avant tout, pourquoi voter à Lille ? Les étudiants sont une force de notre ville, il faut les impliquer, c’est ce que nous avons proposé dans notre programme.

Beaucoup trop souvent dans cette ville, les étudiants sont vus comme des nuisances, des gens qui font du bruit, qui ne sortent pas leurs poubelles…

Ça peut être vrai de façon isolée mais pour moi aujourd’hui la jeunesse est une force que la Ville doit savoir valoriser et utiliser.

Premièrement, il faut du lien, que les étudiants soient bien représentés dans la liste électorale. Ensuite, l’autre priorité est de donner aux étudiants le moyen d’être responsables dans leur environnement, tant en matière de vie en colocation, de gestion des déchets, de déplacement… Il faut également qu’ils puissent profiter de gestes citoyens, par exemple avec la caution solidaire sur le V’Lille qui va permettre à beaucoup d’étudiants de se déplacer. On peut aussi évoquer le développement des épiceries solidaires avec les universités car on compte à Lille 40 % des étudiants en difficulté financière et un taux de boursiers bien supérieur aux autres grandes villes.

Il faut permettre aux étudiants d’être acteurs de leur ville

Sur la lutte contre l’isolement des personnes âgées ou en situation de handicap par exemple, on veut monter une équipe de jeunes veilleurs qui vont pouvoir faire des visites à domicile, en lien avec les associations de quartier. […] Je pense qu’il faut faire plus confiance aux jeunes, leur donner des responsabilités, et puis écouter leurs idées car il n’y a rien de pire dans une ville qu’un système qui ne se renouvelle pas, qui reste, comme c’est le cas aujourd’hui depuis 25 ans, avec les mêmes élus, les mêmes conseillers municipaux. Je pense qu’il faut des jeunes et que ces jeunes soient entendus pour des décisions structurantes à Lille. […]

Quid de la thématique du logement étudiant dans votre programme ?

C’est un point fort et très différenciant de notre programme. Nous avons vu ces dernières années que la mairie refusait de délivrer des permis de construire pour la construction de résidences étudiantes. Je pense que ce refus a eu deux effets pervers. Tout d’abord parce que notre habitat familial lillois a été découpé pour créer des colocations et des studios pour les étudiants, notamment dans certains quartiers comme Vauban par exemple. L’autre conséquence négative a été l’augmentation des prix des logements étudiants et de la précarité étudiante. On propose donc la construction de logements étudiants, de résidences neuves, innovantes, avec de l’interactivité intergénérationnelle.

Cela veut dire que dans 6000 de ces logements, il y aura par exemple au rez-de-chaussée des personnes à mobilité réduite et aux étages des étudiants. Il s’agira de résidences avec des loisirs et des services en commun.

…un actif lillois devrait voter pour vous ?

Il devrait voter pour moi car dans 30 ans, il y aura une ville qui aura opéré une grande transformation : celle des transports publics et de la mobilité, pour un air plus respirable. Une transformation aussi économique, avec la recréation d’emplois puisque 30 000 Lillois sont encore au chômage à Lille, ce qui demeure un taux beaucoup plus important que dans les autres villes. Les actifs se préocuppent aujourd’hui de leur avenir, en vue d’un quotidien de vie pour une ville apaisé et plus douce. […]

Photo : Eloïse CHAPUIS

Je pense que pour être maire de Lille, il faut offrir une vision d’avenir aux Lillois tout en ayant une méthode très différente qui réponde à leurs attentes.

Quand il y a un trou dans un trottoir, il ne faut pas attendre cinq mois pour le réparer mais plutôt comprendre qu’il n’est pas insurmontable de le faire en cinq jours, comme c’est déjà le cas dans d’autres villes. Ce sont des petites choses de la vie quotidienne à corriger.

Comment s’organisent les relations entre la ville et la métropole, en sachant que de nombreuses compétences sont confiées à cette dernière ? Quelle est la marge de manœuvre de la municipalité par rapport à cette métropole ?

Aujourd’hui, il y a un état de fait qui est la répartition des compétences, la MEL dispose des compétences économiques, de voirie, de recyclage des déchets, de l’eau, du sport de haut niveau… Donc effectivement, les gros moyens sont à la MEL – voire à la Région concernant les enjeux de développement économique. Ça veut dire qu’on doit avoir un maire de Lille qui non seulement a un leadership à la mairie mais aussi à la MEL, autour de ses partenaires de Roubaix, Tourcoing et Villeneuve d’Ascq qui sont les grandes villes de la métropole. On doit donc avoir un maire qui sait fonctionner intelligemment avec les collectivités territoriales partenaires comme le Département, la Région, la MEL mais aussi l’Europe pour faire venir des financements sur les projets lillois.

Aujourd’hui, la place Rihour, ça fait vingt ans que son pavage est tout cassé et qu’il y a cette vieille pyramide dégoûtante en plein cœur de ville. C’est le lieu où on accueille nos touristes et cette place n’est pas rénovée en voirie car le maire de Lille n’obtient pas les financements de la MEL.

Je pense qu’aujourd’hui cette place Rihour est un peu l’incarnation de l’échec de la gouvernance ville-métropole.

…un retraité lillois devrait voter pour vous ?

Je dirais que c’est pour l’amélioration de leur qualité de vie. On va multiplier les visites à domicile et il y aura l’équipe des jeunes veilleurs, c’est dans notre plan « anti-solitude ». Il y aura aussi l’accessibus. C’est un bus avec les services municipaux qui ira en bas de chaque immeuble avec des tournées pour aider les personnes concernant toutes les démarches administratives.

On va multiplier les visites à domicile et il y aura l’équipe des jeunes veilleurs

La vie quotidienne, c’est aussi les animations. Il y a aujourd’hui à la mairie de Lille un certain nombre d’animations pour les seniors, quelques thés dansants, quelques sorties. Mais très clairement, on a une population qui vieillit. On a aussi beaucoup de seniors très en forme, qui ne sont pas dépendants, qui n’ont pas forcément besoin d’être accompagnés pour tout. Donc on va développer l’ensemble des animations ludiques et sportives du type yoga, marche nordique, gym suédoise, gratuites et collectives pour les seniors en leur proposant des activités dans la proximité.

De la même façon pour la culture, on va mettre en place un kiosque culture dans chacun des quartiers, qui va permettre de savoir quels spectacles auront lieu et où on peut sortir. On va aussi multiplier les ateliers numériques, à domicile, dans les mairies de quartiers, dans les bibliothèques, c’est quelque chose qui existe déjà un peu, mais là aussi avec nos jeunes on peut faire un partage de connaissances très instructif.

Quelle serait la mesure à retenir de votre programme ?

Photo : Eloïse CHAPUIS

Ce serait d’avoir eu le courage de proposer la piétonnisation de la grand place, du cœur de Lille et du Vieux-Lille au cours de mon mandat. Depuis 25 ans, je pense que la mairie a une politique de la demi-mesure. C’est une zone de rencontre aujourd’hui, vous avez des voitures qui roulent lentement, des vélos et des piétons.

Le fait d’assumer une piétonnisation du cœur de ville, c’est avoir une vision pour l’attractivité touristique de notre ville à long terme et ça veut dire prendre nos responsabilités face à la pollution de l’air.

Piétonniser, ce n’est pas faire plaisir à tout le monde. C’est en effet un changement de comportement important, mais on voit que toutes les grandes métropoles européennes ont fait ce choix pour à la fois dynamiser le commerce, le tourisme et aussi mettre en place tout doucement une ville qui respire mieux.

Propos recueillis par FAUSTINE MAGNETTO et THEODORE AZOUZE (avec E. CHALLAT)

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