Précarité menstruelle : tous concernés

L’achat de protections hygiéniques se révèle être un véritable problème financier pour plus de 1,5 million de femmes françaises selon une étude menée par les décodeurs du Monde. La précarité menstruelle est un enjeu qui se place de plus en plus sur la scène politique, alors que les femmes réglées représentaient environ un quart de la population française en 2018. Des initiatives se multiplient donc pour lutter contre ce qui a longtemps été un tabou. 

Qui est concerné par la précarité menstruelle ?

On considère que les femmes ont environ 500 fois leur règles dans leur vie, ce qui représente un véritable budget pour de nombreuses d’entre elles qui doivent parfois renoncer à acheter des protections hygiéniques.

Cependant, en France, il y a une mauvaise reconnaissance de la précarité menstruelle. En effet, aucune étude n’a été menée afin d’estimer le coût des règles

L’Angleterre a au contraire conduit de nombreuses recherches : selon la BBC, celui-ci s’élèverait à au moins 1730€ par femme pour toute sa vie. Néanmoins, les méthodes de calcul sont compliquées étant donné que la durée des règles est différente pour chaque femme, que l’âge d’apparition et la ménopause diffère également mais aussi que le prix des serviettes hygiéniques, tampons ou méthodes alternatives varient considérablement. Sans oublier le prix de consultations chez le gynécologue ou de soins contre les douleurs.

Ainsi, de multiples facteurs rentrent en ligne de compte dans ce calcul mais les estimations tournent toujours dans les alentours de 10€ par mois. Une somme qui met en difficulté environ 1,5 million de femmes françaises. On considère alors qu’au moins 200 000 sans domicile fixe et 270 000 étudiantes sont concernées par cette précarité menstruelle. L’achat de protections hygiéniques représente 5% du budget de ces femmes.

Une réponse locale

Face à ce problème, qui porte atteinte à la dignité ainsi qu’à l’égalité entre les femmes et les hommes, de nombreuses réponses sont apportées et ce tout d’abord à l’échelle locale. En effet, l’université de Lille est l’une des seules de France à avoir proposé à la rentrée de septembre 2019 une distribution gratuite de protections hygiéniques aux étudiantes. 

La boîte à dons déposée à la mairie de quartier de Fives – Photo : Eloïse CHAPUIS

Trois associations lilloises se sont également mises en partenariat afin d’apporter une part de la réponse. La section solidarité du Conseil Lillois de la Jeunesse (CLJ) et les associations Règles Élémentaires et Nouvelles règles se sont ainsi alliées et ont dans la semaine du 20 janvier installé dans les 10 mairies de quartier de Lille des boites, dans le but de recueillir des dons de protections hygiéniques. Nouvelles Règles avait commencé ces initiatives en mars 2019 en installant dans les toilettes de l’ESJ des bocaux. Les premières protections hygiéniques ont été achetées par l’école puis l’action a continué grâce aux dons. Le CLJ projette également une action coup de poing le 8 février en manifestant pour populariser cette initiative et inciter les dons. Les boites seront récupérées le 8 mars à l’occasion de la journée de la femme pour ensuite être redistribuées aux femmes en situation de précarité menstruelle par le biais de foyers se situant à Lille et dans ses environs.

Une réponse politique

Un tel enjeu a besoin d’une réponse politique nationale forte. L’une des premières réactions a eu lieu en 2016 lorsque les parlementaires, suite à la demande de nombreuses associations féministes, ont retiré la TVA de 20% qui s’appliquait sur les protections hygiéniques. Elles étaient alors taxées à la même hauteur que les produits de luxe. Cependant, de multiples associations craignaient que les fabricants et distributeurs en profitent sans qu’il n’y ait de répercussions sur les consommatrices.

Elles ont ainsi pu constater que la plupart des enseignes ont joué le jeu mais que les prix sont remontés en 2019 notamment à cause de l’inflation. Les prix restent aujourd’hui tout de même moins élevés que ceux constatés en 2015 (-5,5%)

L’année 2019 a également été marquée sur le plan politique par de nombreuses réactions. Bastien Lachaud, député La France Insoumise, a ainsi fait une proposition de loi en mars 2019 dans le but de rendre les protections hygiéniques gratuites et de garantir aux femmes une sécurité sanitaire. Deux mois plus tard, en mai 2019, le gouvernement a indiqué qu’il souhaitait lutter au mieux contre la précarité menstruelle. Pour ce faire, Patricia Schillinger, députée La République en Marche, a proposé un plan d’action dont l’objectif principal est de distribuer gratuitement des protections hygiéniques dans les établissements scolaires, hôpitaux et prisons. Ainsi, elle désire tester pendant un an cette initiative en proposant une mise à disposition gratuite dans les lieux fréquentés par des personnes en situation de précarité menstruelle comme des collèges, lycées, universités, centre d’accueil de jour…

Elle a remis en octobre un rapport à Marlène Schiappa, la secrétaire d’État en charge de l’égalité entre les femmes et les hommes. La députée cite ainsi dans son rapport qu’environ 1 femme sur 10 renonce à acheter des protections hygiéniques pour des raisons financières. Elle souhaite alors qu’avec cette idée de libre-distribution cela devienne « aussi naturel qu’avoir du papier et du savon » dans les toilettes. Marlène Schiappa a considéré que ce rapport contenait de nombreuses pistes de réflexion intéressantes permettant d’engager une réponse mais n’en a retenu aucune pour l’instant.

MANON HILAIRE

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