Stéphane Baly (EELV) : « L’écologie, c’est agir local »

La France entre en ce début de décennie au cœur de la campagne électorale en vue du scrutin municipal de mars 2020. A cette occasion, les rédacteurs de CUBE sont partis pour vous à la rencontre des principaux candidats à la mairie de Lille. L’objectif : vous aider à y voir plus clair dans leurs programmes pour faire votre choix. Quatrième prétendant au beffroi à se soumettre à l’exercice : Stéphane Baly, candidat Europe Ecologie Les Verts.

 » Ca y est, c’est une bonne chose de faite ! «  : après sa présentation du programme LilleVerte 2020, Stéphane Baly est soulagé. L’ambiance est détendue dans la salle d’exposition de La Sécu à Fives, où l’équipe de campagne partage un café dans des tasses vertes. Le candidat écologiste, qui se présente pour la première fois au beffroi, peut se permettre d’être confiant. En décembre, les sondages l’indiquaient second avec 18% des intentions de vote derrière Martine Aubry. Mais dans une campagne loin d’être figée, Stéphane Baly n’est pas le seul à miser sur le vert. Rencontre.

Pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans cette course à la mairie de Lille ? Quelle est la base de votre engagement politique ? 

Photo : Emma CHALLAT

Mon engagement politique date de 1998 : j’avais déjà des convictions écolos. Néanmoins, ce qui m’a mené à adhérer aux Verts, c’est le refus de l’alliance entre la droite et l’extrême-droite lors des élections régionales de 1998 en Picardie. Charles Baur (ex-UMP) faisait alliance avec l’extrême droite pour obtenir la présidence de la région. À l’époque, j’étais étudiant. C’est à ce moment là qu’en ayant des valeurs, des idéaux, je me suis dis « retrousse-toi les manches, participe avant qu’il ne soit trop tard ». 

Il me semble absolument indispensable qu’une traduction de mes engagements passe aussi par l’associatif. Ce sont des leviers de transformation, de réponse aux crises et aux défis, aux urgences qu’elles soient climatiques, sanitaires, sociales…

L’écologie, c’est penser global, agir local. 70% des émissions de CO2 sont au niveau local. 

Evidemment, et je le déplore en tant que militant écologiste depuis 20 ans, il faut constater les échecs successifs des COP. Il y a pourtant impérativement besoin d’un cadre gouvernemental. Aujourd’hui, un certain nombre de métropoles se coordonnent, s’organisent et échangent.

Par ailleurs, je me retrouve dans l’écologie politique car elle est très décentralisatrice. La proximité, c’est une valeur qui m’est chère. Mais il faut une proximité opérationnelle, radicale parfois, pour traiter à la racine des problèmes. Il faut un traitement réel en changeant de modèle, de paradigme (…). 

Nous vivons dans l’un des endroits les plus pollués de France.

C’est une catastrophe sanitaire, avec une dimension sociale si l’on s’intéresse à la précarité énergique. Nous sommes aujourd’hui dans un système qui est dans l’impasse. 

Soit on met un vernis écologiste : le tramway, les pistes cyclables, sans interdire les voitures derrière. Soit on a le courage d’expliquer où nous pouvons aller ensemble et de le faire collectivement. Aujourd’hui à Lille, il faut du courage et de la cohérence.

Pourquoi…

…un étudiant devrait voter pour vous ?

Pour commencer, le logement. Il est nécessaire que Lille assume son rôle de ville universitaire. 

On a quand même une maire sortante qui s’est opposée à la création de résidences universitaires. Je le dis d’autant plus que je suis enseignant chercheur à l’Université de la Catho. 

Pour que Lille assume ce rôle de ville universitaire, il faut d’abord créer du logement social étudiant. De mémoire, on compte 55 000 étudiants à Lille, 118 000 sur la métropole, pour 3000 logements CROUS. On voit un profond déséquilibre, qui amène certains étudiants à vivre loin de la ville, à arriver en retard en cours, à être dans la galère… Il faut une offre de logements sociaux et abordables à Lille qui répondent aux besoins de chacun. 

Les étudiants ne doivent pas être vus comme quelque chose de subi

Le second point : faire en sorte que le tissu associatif étudiant travaille mieux et plus avec les associations et l’écosystème lillois. Il y a une vraie richesse à mobiliser. Aujourd’hui, on a comme deux populations qui s’opposent, se tournent le dos. On voit les étudiants comme une nuisance. Par exemple Masséna, ce n’est pas que les étudiants. Pour avoir vécu dans le quartier, il y a un vrai problème de sécurité, d’où notre proposition de piétonniser certains soirs la rue Masséna et la rue Royale. Cette piétonnisation permettrait de faire de la prévention au niveau des violences sexuelles, aussi d’un point de vue sanitaire. Il s’agirait aussi de développer l’offre de transports en commun, notamment en soirée. Lille doit se tourner vers les étudiants qui sont une vraie richesse plutôt que de les voir comme quelque chose de subi.

Enfin, les jeunes devraient voter pour moi parce qu’ils veulent sauver le climat. J’ai été le cofondateur de « Virage Energie », l’administrateur du réseau « Action Climat », organisateur de manifestations contre le nucléaire, participant à l’ensemble des manifestations pour le climat… 

J’ai les deux pieds dans cette question environnementale.  Je ne peux que me réjouir de voir les jeunes se mobiliser pour leur avenir plutôt que de se résigner et se dire « on se fait un dernier shoot et on prend un avion pour Dubaï ». Pour moi, il n’y a pas de fatalisme. 

…un actif devrait voter pour vous ?

Par exemple, un parent qui emmènerait ses enfants en voiture à l’école, que lui répondriez-vous ? 

Les choix collectifs gouvernent nos comportements

Je leur répondrais qu’ils sont minoritaires. Et qu’il ne faut pas s’étonner si leurs gamins sont asthmatiques. Cela signifie qu’on doit accompagner, proposer des alternatives. Nos comportements individuels sont régis par les choix collectifs. On ne peut pas reprocher à quelqu’un d’être automobiliste si on a collectivement décidé de construire l’autoroute plutôt que des transports en commun. C’est un peu la politique du gouvernement actuel, qui reporte son inaction en matière de protection environnementale vers des gestes individuels qui ne suffisent pas devant la hauteur des enjeux. Ils déportent leur responsabilité. La réponse doit être politique dans la construction de ces choix collectifs, qui derrière gouvernent fortement nos comportements. 

Photo : Emma CHALLAT
Mais devant un sujet global comme l’urgence climatique, comment la mairie peut-elle avoir un impact ? Que peut- elle faire pour l’environnement ? 

Je l’ai déjà dit à la maire de Lille. Avant le 1er avril, une fois maire, je prendrai un arrêté et la Grand Place sera piétonne. Et je ne m’arrêterai pas là, il ne faut pas s’en tenir à une mesure. Je veux être le témoin d’un changement. Le point de bascule environnemental, il est aussi dans les pratiques de l’équipe municipale. Si vous demandez aux autres de faire ce que vous n’appliquez pas, il ne faut pas s’étonner que ça ne fonctionne pas. Je ne suis pas exemplaire par ailleurs, mais à un moment donné la condescendance, ça ne fonctionne pas. 

…un retraité devrait voter pour vous ? 

Photo : Emma CHALLAT

Nous proposons une forme d’habitat intergénérationnel. Aujourd’hui, et c’est là ma différence avec la maire sortante, il y a une sociologie rêvée et une sociologie réelle.

La sociologie réelle de Lille, c’est 1/4 d’étudiants, et la « silver economy » avec les ainés qui reviennent vivre dans la métropole lilloise pour ses services.

La question des toilettes publiques, des bancs, de la mobilité réduite… Imaginez une personne marcher dans une rue avec des pavés. Un exemple : la rue de Gand, qui a été refaite avec des pavés ; et bien en haut de celle-ci, il y a un EHPAD. Essayez de marcher avec un déambulateur dans la rue de Gand… A un moment donné, c’est ne pas penser pratique, et c’est une inégalité. 

Une mesure à retenir ? 

L’enjeu à retenir, c’est 1700 décès prématurés à cause de la pollution. Il n’y a aucune autre catastrophe pareille qui n’amènerait pas à des mesures. C’est donc apporter des réponses : moins de voitures donc plus de mobilité durable, des émissions moins polluantes. C’est donc rénover les bâtiments qui sont bons pour la planète et la facture. C’est quelque chose de systémique. 

Propos recueillis par EMMA CHALLAT et THÉODORE AZOUZE (avec V. FITAMANT)

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