L’ITW musicale : Le voyage « altistique » de Benjamin Rota

L’Europe, le Maroc, la Chine, l’Inde, la Thaïlande, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, le Canada, les Etats-Unis… voilà une vie déjà bien remplie. C’est celle de Benjamin Rota, artiste accompli. Alors qu’il n’avait que cinq ans, il tombe passionnément amoureux de la musique et plus particulièrement des instruments à cordes. Originaire du Doubs, ce musicien nous raconte sa vie plus mouvementée et riche en voyages que jamais.

Première étape : la France

L’altiste Benjamin ROTA – Photo : Annie Ethier Québec

« Lors d’une balade avec mes parents alors que je n’avais que cinq ans, j’ai croisé à Biarritz un  »violoneux. » J’ai alors été subjugué par la prestance de l’artiste et le son du violon.

Ce coup de foudre pour la musique et les instruments à cordes ne m’a jamais quitté

Depuis cette rencontre inattendue, Benjamin a multiplié les découvertes instrumentales. Il a joué du violon au Conservatoire, a pratiqué la flûte de pan et l’ocarina quand il était en primaire. Puis le piano s’est ajouté à sa formation en tant qu’autodidacte avant de découvrir l’alto à l’âge de 21 ans, devenant ainsi son instrument de prédilection. En lui demandant pourquoi, il répond : « Je n’ai pas fait ce choix, c’est l’alto qui m’a trouvé ».

Cette rencontre s’est faite sur le tard. Alors qu’il finissait ses études supérieures de violon, il sentait que quelque chose n’allait pas. « Une sorte de questionnement, la petite voix intérieure me disait que je devais découvrir un autre instrument, mais quoi ? ». La réponse fut toute trouvée lorsque sa professeure de violon lui présente l’alto. Depuis ce jour, l’instrument l’accompagne dans ses tournées dans le monde entier. « Mon compagnon de vie » confie-t-il.

Sa destinée s’est quelque peu dessinée lors de la rencontre avec le  »violoneux » de Biarritz. Une révélation pour la musique. « J’ai quitté la musique plusieurs fois par choix dans ma vie. Avec le recul, j’ai compris qu’elle me revenait toujours en pleine gueule, et ce pour mon plus grand bien ». Il était inenvisageable pour lui de ne pas faire de sa passion, sa profession. Ses études à Paris l’ont donc amené à jouer pour de grands orchestres. De part son réseau et son sérieux, il a réussi à décrocher des contrats extraordinaires dans le monde de la musique lui permettant alors de voyager et de découvrir des horizons qu’il n’aurait jamais soupçonnés étant adolescent.

Deuxième étape : un tour du monde musical

Après ses débuts en France, Benjamin a parcouru les grandes capitales mondiales de la culture. Ses expériences dans les divers orchestres philharmoniques dans lesquels il a joué lui ont apporté patience, humilité et amitié. Patience car « travailler avec des gens installés depuis des décennies dans un orchestre demande de la gageur ». Humilité par « les vérités et la culture des uns qui ne sont pas du tout ce que l’on nous inculque en occident ». Enfin, amitié à travers la langue musicale.

« Ne pas parler la même langue mais de se comprendre par le biais de la musique et d’expressions faciales sont pour moi les traits authentiques des rapports sociaux »

Chaque tournée, chaque pays, chaque concert ont été une expérience intense. Dès que ses répétitions prennent fin, il part à la découverte d’endroits oubliés des touristes, ce qui lui valut quelques situations plutôt comiques. « En Inde, au milieu d’un village, j’étais le seul blanc et les gens m’approchaient pour me toucher et me dire que j’étais un spectre, tellement j’avais la peau blanche. Pareil dans le Jiaojiang, en Chine, où les gens venaient me toucher parce qu’ils n’avaient jamais vu un blond aux yeux bleus ».

La Chine

Son premier grand voyage profondément marquant fut une tournée avec l’orchestre de l’Opéra Comique de Paris en 2007 à Shanghai, Pékin et dans le Jiujiang, en mer de Chine. Dans des salles de concert démesurément grandes, ils interprètent des extraits d’opéra de Mozart. Une prise de conscience sur les différences de travail entre la Chine et la France se réalise alors. En Asie orientale, beaucoup de musiciens y sont élevés avec une discipline de fer, tant mentale qu’instrumentale. Un grand nombre d’artistes chinois figurent parmi les grands finalistes ou gagnants des concours internationaux en musique classique. Cette culture a permis à Benjamin de réaliser «  que le travail en musique était indispensable dans sa continuité ».

L’Inde

Photo: Annie Ethier Québec

En décembre 2015, Benjamin voyage en Inde avec l’orchestre de l’Opéra comique de Paris pendant deux semaines. Ils y interprètent des opéras français dont l’histoire se déroule dans l’ancienne Inde britannique du XIXe siècle. Ils tiennent ainsi des spectacles regroupant plus de trois cent personnes ainsi que des concerts de musique de chambre dans un orphelinat à New Delhi fondé par Mère Teresa. Nombre d’enfants malades se trouvaient à cet endroit. Ce contact humain fut brutal pour Benjamin. En effet, la plupart des enfants étaient aveugles ou asthmatiques. Ce qui n’empêchait pas leur formation d’artiste. « Un tel engouement les habitait et la fierté pouvait se lire dans leur attitude sur scène ».

Malheureusement, durant la production du spectacle, quatre d’entre eux décédèrent. « La perte d’un enfant est l’une des pires choses que les occidentaux peuvent concevoir. Le metteur en scène, lui qui les connaissait depuis leur début, affirmait que c’était leur destin et qu’ils devaient vivre cette incarnation dans la maladie. Leur mort [va] apporter le repos nécessaire et ils reviendr[ont] dans une autre incarnation, suivant le karma qu’ils [auront] fabriqué durant leur vie ». Ce récit illustre bien les différences sociales qui font de chaque pays un lieu à part entière. Les chocs culturels font donc partie des multiples voyages que Benjamin a réalisés. Chaque endroit lui a apporté une expérience propre, une réflexion enrichissante. « Ces rencontres sont gravées à jamais dans ma mémoire. »

Parmi ses nombreux voyages, Benjamin a eu la chance d’assister à des concerts où la pièce jouée était l’une de celles qu’il avait composées. Excitation, stress, tout se mélange à ce moment. « Une fois la musique composée et livrée aux interprètes, elle ne m’appartient plus. C’est aux musiciens de la faire vivre ». La casquette de compositeur est un métier qui le détruit de l’intérieur confie l’altiste. Pour faute, l’inspiration ne venant qu’avec le travail.

Quand je compose, c’est tout un processus de réflexion avant de coucher la première note sur le papier pour un résultat qui ne me sied jamais

Troisième étape : un retour aux sources

En plus d’être compositeur et musicien, Benjamin est revenu en France en tant qu’enseignant de violon, de piano, de solfège, de chant et de chef d’une batterie fanfare à Mouthe dans le Doubs. Les trois années passées dans l’école de musique associative de cette commune lui ont permis de s’améliorer dans la compréhension des rapports sociaux et dans la transmission de sa passion. La pédagogie l’a fait sortir de sa zone de confort et a remis en question toutes les connaissances qu’il avait alors.

Arrivé au Conservatoire de Pontarlier pour enseigner le solfège, il a pu réellement développer un rapport aux élèves à double sens. « Mes élèves m’ont rendu plus compréhensif à la musique, sur la manière de rendre intelligible ma pensée et sur ce que je souhaitais leur faire découvrir.» Tantôt compositeur, musicien et pédagogue, Benjamin a retenu que le fait de changer de métier régulièrement le rendait plus accessible au monde. « Cela a facilité [mon] rapport aux gens » ajoute-t-il.

Quatrième étape : le Canada

En 2017, il redevient étudiant à l’âge de 34 ans en déménageant au Canada. Après un semestre à se chercher, il fait le choix d’arrêter la musique de chambre sans plus jamais y retoucher. Mais le destin en a décidé autrement. Le soir même, il reçoit un appel d’un violoniste lui proposant de faire partie du Quatuor Cobalt en tant qu’altiste. Sans hésiter une seule seconde, il accepte, revenant donc sur sa décision prise quelques heures plus tôt. « Encore une fois la musique m’a rattrapé » s’amuse-t-il.

Le Quatuor Cobalt – Photo: Annie Ethier Québec

Actuellement, le quatuor donne des concerts en France et au Canada. Il s’agit d’un ensemble émergent souhaitant se rapprocher au plus près des vérités historiques dans le domaine de l’interprétation.

Avant un concert important, l’équipe est en pleine ébullition. Leur cohésion donne la magie du concert semblable à une symbiose entre « quatre instrumentistes passionnés qui se donnent à fond sur scène comme si [leur] vie en dépendait ».

La musique fait partie intégrante de la vie de Benjamin. Vie déjà bien remplie d’ailleurs de part ses nombreux voyages et professions. Dire que tout a commencé à seulement cinq ans. Comme quoi, une rencontre suffit pour tracer une destinée. « La vie de musicien est une chance qui se provoque. Alors je fais mon nécessaire pour changer mon monde et ainsi faire avancer mes projets tout en gardant en tête que mon passage sur Terre n’est qu’un grain de sable comparé à ce que l’Univers a de grandiose ».

CASSANDRA TEMPESTA

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