La Note Internationale – Février 2020

Le mois de février est pour beaucoup de personnes le plus déprimant de l’année, et l’actualité internationale de ce mois-ci ne révèle pas le contraire. Entre le coronavirus, la montée de l’extrême droite en Allemagne et pas moins de trois attentats, il semble ne pas y avoir de quoi nous réjouir. Je vous ferai tout de même part de trois bonnes nouvelles, rythmées par une affirmation du combat LGBTI+ dont on ne parle pas encore assez.

Coronavirus : ça devient sérieux en Europe

Le Covid-19 fait des dégâts principalement en Chine où en ce 29 février, il y a plus de 81 000 personnes atteintes et 2760 décès. Cependant, les effets de la quarantaine mise en place dans la province du Hubei semblent être palpables. Le nombre d’infections commence à stagner dans l’Empire du Milieu, bien que le directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus ait annoncé que l’on doive se « préparer à une pandémie. »

L’inquiétude émane davantage de l’Italie, où 650 personnes sont infectées et 17 citoyens sont morts. Il est donc le troisième pays le plus touché après la Chine et la Corée du Sud. Cela amène un certain nombre d’interrogations. Comment un pays aussi éloigné du foyer du virus a-t-il pu devenir autant touché ? Le Président du Conseil italien Giuseppe Conte pointe du doigt un hôpital du nord du pays qui aurait mal géré l’afflux de voyageurs en provenance de Chine, en prenant des « initiatives autonomes injustifiées. » Deuxième question : quels dangers pour un pays frontalier comme la France ? Problème épineux, puisque de nombreuses liaisons entre les deux pays ont lieu tous les jours, via le réseau ferroviaire et routier. Tout d’abord, des quarantaines ont été mises en place de l’autre côté des Alpes, laissant peu de potentiels malades circuler librement. Ensuite, des contrôles risquent d’être mis en place à la jonction des deux pays. En revanche, l’espace Schengen rend la tâche complexe, excluant la possibilité de fermer la frontière dans la mesure où un voyageur peut toujours joindre l’Hexagone par la Suisse.

Primaire Démocrate américaine : le grand flou !

Le combat de boxe a officiellement commencé le 3 février dernier, entre les candidats à l’investiture démocrate en vue de l’élection présidentielle de novembre. Pour le moment, ce sont trois Etats sur les cinquante qui se sont prononcés, l’Iowa en premier, puis le New Hampshire et le Nevada il y a quelques jours, le 22. Il semble pour l’instant que deux candidats se détachent des autres, le centriste Pete Buttigieg et le socialiste Bernie Sanders. Cependant, l’écart est très minime entre les deux, Buttigieg ayant obtenu dans l’Iowa 26,8% des délégués contre 25,2% pour Sanders. Cela traduit une crise interne au parti Démocrate, qui vacille entre politiques sociales et pragmatisme économique. Puisqu’une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, un problème informatique lors du dépouillement a causé un retard de l’annonce des résultats définitifs.

Les élections du New Hampshire et du Nevada ont donné Bernie Sanders gagnant, mais les jeux ne sont pas encore faits. En effet, les délégués désignés en février, au nombre de 155, ne vont représenter que 4% de l’ensemble des grands électeurs. L’enjeu majeur des primaires démocrates se situe au mois de mars, dont le fameux « super Tuesday », permettra d’avoir un aperçu plus clair de l’opinion des américains dans la mesure où 14 Etats vont voter le même jour, dont la Californie et le Texas, les deux Etats les plus peuplés du pays. Joe Biden, ancien vice-président de Barack Obama, démarre mal le marathon que constitue cette campagne, mais rappelons-nous qu’il était premier dans les sondages avant le début des votes. Au moment où cet article paraît, une primaire a lieu en Caroline du Sud, permettant d’y voir peut-être un peu plus clair.

Le démocrate Pete Buttigieg célèbre une « victoire stupéfiante » dans l’Iowa. Photo Spencer PLATT. Getty Images. AFP

Syrie : escalade des tensions avec la Turquie

Le pouvoir est disputé par plusieurs forces sur le territoire syrien, notamment entre la rébellion syrienne soutenue par la Turquie et les forces loyalistes, l’Etat officiellement reconnu à l’international, mené par Bachar-Al-Assad et qui bénéficie de l’aide russe.

Le 27 février, des militaires turcs présent en Syrie ont été bombardés par les forces d’Al Assad dans la région d’Idlib. 33 soldats sont morts, et une trentaine d’autres sont blessés. Les combats entre la Turquie et la Russie par forces interposées sont depuis le début de mois un danger grandissant, et laisse entrevoir l’éventualité d’un conflit direct. Malgré une certaine ingérence de la Turquie dans la gouvernance de la Syrie, l’OTAN – dont Ankara fait partie – a condamné ces frappes qualifiées « d’aveugles. » L’organisation militaire a fait se réunir le lendemain de l’attaque des ambassadeurs des 29 pays membres afin de demander à la communauté internationale la mise en place d’une « zone d’exclusion aérienne » dans le nord-est de la Syrie. La Turquie a également précisé que des frappes en représailles avaient eu lieu à l’encontre de sites tenus par l’armée loyaliste, ce qui aurait engendré 16 morts selon l’Observatoire Syrien des droits de l’Homme.

Extrême droite : l’Allemagne voit resurgir ses démons

Deux évènements sans corrélation apparente ont eu lieu en février en Allemagne. Elles ont pourtant un point commun : l’extrême droite. Le premier fait concerne sa dédiabolisation et son acceptation dans le paysage politique de nos voisins outre-Rhin. Dans la région de Thuringe, au centre du pays, les démocrates-chrétiens du CDU et les libéraux du FDP ont voté d’une même voix avec le parti Alternative für Deutschland, un parti d’extrême droite souvent relié aux groupuscules néo-nazi. C’est une première. Depuis le traumatisme du NSDAP qui a gouverné de 1933 à 1945, aucun parti d’extrême-droite n’avait eu autant de pouvoir en Allemagne. Surtout, aucun autre parti ne l’avait envisagé comme allié. Dans les faits, Thomas Kemmerich, candidat du FPD dans le Lander de Thuringe, a reçu le soutien de l’AfD et a été élu par une voix d’avance. En outre, il a trouvé sa majorité grâce au parti d’extrême-droite.

Le contexte politique actuel de montée des populismes, notamment de droite tend à tolérer ce type d’alliances, qui mènera à terme à l’accès au pouvoir du fascisme. Il semble opportun de faire un parallèle entre cette actualité et le fait qu’en France, des candidats Les Républicains rejoignent des listes du Rassemblement National en vue des municipales, comme il a été fait à Lunel dans l’Hérault.

Le deuxième fait d’actualité en lien avec l’extrême-droite est l’attentat (appelons les choses telles qu’elles sont) qui s’est déroulé à Hanau le 19 février, faisant neuf morts. Le profil de l’assaillant, ayant publié un manifeste racialiste a mené le parquet anti-terroriste allemand à soupçonner une « motivation xénophobe. » Il y évoquait notamment la « pureté » de la « race » allemande. De plus, la fusillade a visé deux bars à chicha, lieux associés au Moyen-Orient. Plus vraiment de doutes concernant la motivation du terroriste, la violence étant l’une des dérives prévisible à la montée de l’extrême-droite, peu importe le pays. Cette idéologie stigmatise les différences ethniques au lieu de les considérer comme une force.

Thomas Kemmerich, FPD (à gauche) et Björn Hocke, AfD (à droite) se serrent la main. AFP

Attentat à Jérusalem, une réponse terroriste au « deal du siècle »

Second attentat dont la presse internationale a parlé ce mois-ci, il s’agit d’une voiture bélier qui a foncé dans la foule à Jérusalem. Au-delà du malheureux bilan humain de 14 blessés (majoritairement des soldats israéliens), l’événement surgit après la présentation du plan américain de résolution du conflit israélo-palestinien. Selon le Hamas, l’organisation qui contrôle la bande de Gaza, il ne s’agit que d’une « opération de résistance » pour rejeter une accentuation de la présence israélienne en Palestine favorisée par le plan américain.   

Le plan controversé de partition de la Palestine entre Israël et L’autorité Palestinienne. Twitter (realDonaldTrump)

Donald Trump acquitté, un système politique à bout de souffle ?

Le 45e président des Etats-Unis était accusé d’abus de pouvoir et d’entrave à la bonne marche du congrès, dans la rocambolesque affaire d’enquête sur son principal rival de l’époque : Joe Biden. Le journal (classé à gauche) Libération évoque un « simulacre de justice sans témoins ni une once d’impartialité » dans ce qui s’apparente à un vote partisan. En outre, les démocrates ont voté contre le président, et les républicains l’ont défendu, ne laissant pas une once d’espoir dans la mesure où le Sénat est à majorité pro-Trump. La seule exception s’appelle Mitt Romney, sénateur républicain ayant voté en faveur de la destitution.

Cette issue sans surprise ne manque pas d’interroger l’état de la démocratie américaine. Jamais un président n’a pu être destitué aux Etats-Unis, pour la simple et bonne raison que le Sénat dispose du dernier mot. En outre, les sénateurs du président en place ne semblent jamais être assez à faire défection de leur parti pour pouvoir ébranler l’homme le plus puissant de la planète.

Thaïlande : 29 morts à la suite d’un conflit personnel

La vente d’une maison. C’est le motif présumé ayant motivé l’attentat le 8 février dernier. Un soldat de l’armée thaïlandaise a dans un premier temps ouvert le feu dans une base militaire, faisant trois morts avant de se rendre dans un centre commercial où vingt-six personnes ont perdu la vie. Traumatisée. C’est l’état de la société thaïlandaise à la suite de cet acte inhumain et incompréhensible, le Premier ministre Prayut Chan-O-Cha ayant rappelé que c’était « sans précédent en Thaïlande. »

Le rôle d’internet et des réseaux sociaux est encore questionné concernant cet événement, dans la mesure où le terroriste a posté des vidéos et des messages sur son profil Facebook pendant la tuerie. Son compte a été fermé, cependant rien ne permet au site internet de détecter instantanément les contenus d’une telle violence, alors qu’un algorithme supprime automatiquement la nudité, publiée notamment sur Facebook et Instagram.

Elections irlandaises : le retour des revendications unionistes ?

Les élections législatives de février en République d’Irlande ont créées la surprise. D’une part puisque les deux partis historiques de l’île, le Fine Gael et le Fianna Fail, ont échoué à finir en première place. D’autre part car c’est le Sinn Fein, petit parti de gauche et outsider de la compétition qui a fini en première position. Le système électoral étant à la proportionnelle et non majoritaire, les principaux partis vont devoir trouver une coalition pour représenter la majorité des irlandais. Donc, ce n’est pas un pouvoir sans partage qui attend le Sinn Fein, mais compte bien peser dans la formation du prochain gouvernement. Enfin, c’est un échec cuisant pour l’actuel Premier Ministre, Leo Varadkar, puisque les résultats du parti auquel il appartient, le Fine Gael ne lui permettent pas de rester en poste.

Rappelons tout de même l’origine du Sinn Fein. Il a longtemps incarné les revendications politiques de l’organisation paramilitaire (et terroriste) Irish Republican Army, en particulier la volonté de réunification de l’île d’Irlande.  Cependant, aujourd’hui le contexte a changé. Bien que n’abandonnant pas l’idée d’unification, le parti s’attache davantage aux enjeux du quotidien des irlandais, dont le système de santé et la justice sociale.

La chef du parti nationaliste Sinn Fein, Mary Lou McDonald, à son arrivée au Parlement à Dublin, où elle n’a pas réussi à obtenir la majorité, jeudi 20 février. PAUL FAITH / AFP

Les bonnes nouvelles 🙂

Et si je vous disais qu’une espèce en voix d’extinction dans les Caraïbes était sortie d’affaires ? Et si je vous disais même que c’est grâce aux pouvoirs publics ? Ce n’est pas un titre du Gorafi, le mérou rayé était il y a quinze ans presque éteint mais ce déclin a été pallié par des politiques de protection. Comme quoi, les autorités locales peuvent avoir leur rôle dans la protection de l’environnement.

Passons à une bonne nouvelle qui concerne cette fois-ci les humains. La Suisse a largement approuvé par référendum d’initiative populaire la criminalisation de l’homophobie. 62% de nos voisins ont dit non à toute discrimination ou appel à la haine en raison de l’orientation sexuelle. C’est un progrès indéniable dans le sens du respect des minorités, 20 ans après ses voisins européens. Cependant, le combat pour la cause LGBTI n’est pas encore gagné en Suisse, le mariage homosexuel et la Procréation Médicalement Assistée n’étant pas légaux.

L’Ecosse se bat plus que jamais contre la précarité menstruelle. Le pays a annoncé la gratuité des protections hygiéniques pour toutes les personnes qui en ont besoin. L’Ecosse est pionnière dans le domaine, ayant déjà annoncé leur gratuité dans les écoles et les universités. Rappelons que ces protections coûtent pour une personne en moyenne 18 euros par mois selon une étude du Huffington Post. Il y a peut-être ici de quoi inspirer nos députés.

On termine ce survol de l’actualité internationale avec une note d’espoir supplémentaire dans le combat des homosexuels à pouvoir être eux-mêmes. En Algérie, le Hirak est une mouvement de contestation du pouvoir militaire en place depuis l’indépendance du pays en 1962. Au sein de ce mouvement ont défilé pour la première fois des gays et lesbiennes du pays, comme une mini marche des fiertés. L’enjeu est crucial dans un pays où les habitants sont « coincés par la religion et les traditions » comme l’a rappelé Karim, membre de ce mouvement.

Un drapeau algérien à la première édition de la Marche des Fiertés en Banlieue à Saint-Denis en juin 2019. Photo Vincent ISORE.

MARTIN NOËL

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