Catastrophe de Lubrizol : cinq mois après, les habitants témoignent (1/3)

Aux aurores du 26 septembre 2019, l’usine rouennaise Lubrizol, classée Haut Seveso, est en proie aux flammes. Cinq mois plus tard, l’engouement médiatique est retombé. Pourtant, des inquiétudes subsistent. Premier article d’une série de 3 reportages sur place.

Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Autorisée trois mois après l’incendie, la reprise partielle de l’activité de Lubrizol Rouen se fait sous bonne garde. Mais à 500 mètres de l’usine, l’ambiance est tout à fait différente. C’est à cet endroit que se situe le camp de Rouen/Petit-Quevilly, dans lequel vivent 25 familles de gens du voyage. Elles se sont retrouvées en première ligne lors de l’accident. Pas d’évacuation, pas de local de confinement, avec leurs caravanes comme seul rempart face au nuage de fumée, ils ont l’impression d’avoir été abandonnés. Le terrain est pourtant géré par la métropole de Rouen. 5 mois après, ils sont toujours là. « Mon père m’a dit que si on partait, on pourrait pas revenir. », explique avec lassitude Peter*, jeune habitant du camp. Les usines, c’est un paysage qu’il connaît bien. Avec les abords d’autoroutes et de voies ferrées, c’est dans ce type d’environnement que ces nomades sont autorisés à s’installer. Déterminés à ne pas se faire oublier, les familles du camp de Rouen demandent que justice soit faite. Une plainte contre X a été déposée le 2 octobre pour « mise en danger de la vie d’autrui » et « omission de porter secours. »

L’abandon, c’est aussi le sentiment de nombreux rouennais croisés aux alentours du site de Lubrizol. « On nous a traité comme des chiens ! » s’insurge Christine*. « D’ailleurs, le maire est passé hier. On ne l’a jamais vu depuis l’incident. Là c’est les élections, et comme par hasard, on le voit. »

Un manque d’information ressenti

Certains habitants ont pu constater directement la toxicité de l’incendie. « Moi, j’ai perdu trois chatons. Ils venaient de naître. Trois jours après Lubrizol, ils sont morts. » Dans la liste des plus 14 000 tonnes de produit parties en fumée le 26 septembre, selon le toxicologue Frabricio Paricell, 2 sont cancérigènes, 130 sont des perturbateurs endocriniens et une vingtaine d’entre eux sont toxiques à forte exposition pour les organes. Une marchandise nocive une fois consumée, qui justifie, entre autres, le classement « SEVESO seuil haut » de l’usine Lubrizol de Rouen. Ce danger, de nombreux habitants des alentours ne l’imaginaient pas.

Lubrizol et ses alentours – Plan : Elisa LENGLART–LECONTE

« Je savais que Lubrizol était une usine SEVESO, mais je n’en connaissais pas les risques » déplore Sylvie*. Un manque d’informations que Mathieu*, ouvrier, a ressenti le jour même de la catastrophe. « On était à deux kilomètres de l’usine, on la voyait brûler. Le préfet a appelé notre patron pour nous dire qu’il n’y avait aucun risque. On nous a dit de continuer à travailler sans protection particulière. »

Le malheur des uns… fait le bonheur des autres

L’activité partielle de l’usine a reprise, des riverains inquiets et certains travailleurs rassurés
– Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Du côté de la direction de l’usine, la reprise partielle de l’activité rassure. « Nous sommes satisfaits d’avoir reçu l’autorisation pour une reprise partielle de notre activité », déclare Frédéric Henry, Président de Lubrizol France, dans un communiqué.  « Cette décision devrait permettre à Lubrizol de freiner l’hémorragie économique et, ainsi, sauvegarder une partie des 2 200 emplois directs, indirects et induits qui dépendent du site. Nous sommes conscients de la nécessité de reconstruire une relation de confiance avec l’ensemble du territoire rouennais et ferons de notre mieux pour y parvenir. » Il y rappelle également que seuls les entrepôts ont été incendiés, et que l’ensemble de l’usine serait opérationnelle. Lubrizol Rouen ne compte plus faire de stockage sur ce site à l’avenir.

*Le prénom des témoins a été modifié

ÉLISA LENGLART-LECONTE (à Rouen) et MAXIME LAURENT

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