TOP 5 des meilleurs films italiens de ces dernières années

À l’occasion de la 5e édition du festival Tutti al cinema qui s’est déroulée aux Cinéastes du 2 au 11 mars 2020 au Mans, retour sur 5 des meilleurs films italiens sortis ces dernières années !

5 Né à Casal di Principe.

Thriller inspiré d’une histoire vraie réalisé par Bruno Oliviero et sorti en 2017.

« Tout le monde sait, mais personne ne dit rien car sinon on est assassinés. C’est ça la Camorra. » C’est l’une des dernières phrases prononcées par le personnage principal nommé Amedeo dans Nato a Casal di Principe. Cela nous évoque un autre film : Everybody Knows (« Tout le monde sait » en français) de Asghar Farhadi avec Penélope Cruz et Javier Bardem. En effet, Nato a Casal di Principe et Everybody Knows ont de nombreux points communs. Les thèmes au cœur de chacun de ces deux films sont l’omerta, des personnages qui se rendent Justice eux-mêmes et surtout, une disparition. Dans Nato a Casal di Principe, se déroulant en 1989, c’est Paolo, le frère d’Amadeo, qui est kidnappé. Le film raconte donc la quête de la famille de Paolo pour le retrouver. Et, à travers l’enquête pour le sauver, c’est le système d’organisation de la ville de Casal di Principe qui est disséqué. Par conséquent, on y découvre le rôle du célèbre clan mafieux des Casalesi, membre de la Camorra, qui règne sur la commune. L’ambiance réaliste et fataliste du film rappelle le roman Une histoire simple de Leonardo Sciascia, polar qui se déroule en Sicile évoquant aussi la mafia. A certains moments, on a l’impression que ce thriller traîne en longueur, mais le suspense et la tension restent présents jusqu’au dénouement. À noter également la mise en abyme de l’acteur Alessio Lapice qui joue l’acteur nommé Amedeo Letizia dans le film. C’est grâce au cinéma qu’Amedeo quitte Casal di Principe et donc qu’il échappe au même destin que son frère. Ce choix scénaristique ajoute une nécessaire lumière dans un film à l’esthétique et aux thèmes très sombres.

Bruno Oliviero a notamment participé à l’écriture du scénario de L’Intrusa, film traitant également de la mafia, réalisé par Leonardo Di Costanzo. L’Intrusa faisait parti de la programmation de la troisième édition du festival Tutti al cinema.

4 Cinema Grattacielo

Documentaire réalisé par Marco Bertozzi et sorti en 2017.

Ce film est-t-il une Comédie humaine à l’italienne ? Oui, il y a une intention balzacienne dans ce documentaire si l’on fait référence à son but : raconter la vie de celles et ceux qui ont habité hier et habitent aujourd’hui le Grattacielo de la ville. Le Grattacielo est l’unique gratte-ciel de Rimini construit en 1957. Il est donc considéré comme patrimoine urbain. Est-ce plutôt une Divine Comédie ? Chaque recoin de cette tour est filmé. Le réalisateur nous emmène du sous-sol au sommet. Commençons la visite dans les caves, dans les tuyaux, dans la fumée. Métaphore de L’inferno ? Ensuite, on remonte. Dans les ascenseurs, dans les couloirs. Des lieux de passage. Métaphore du Purgatorio ? Et après, l’ascension continue, on rencontre notamment une femme qui nous invite dans son appartement, au dernier étage, et raconte les raisons pour lesquelles elle a choisit d’habiter le Grattacielo : « Pour observer les autres mais ne pas être observer. » Métaphore du Paradiso ? Par ailleurs, ce documentaire n’échappe pas à des thématiques sociales très actuelles en Italie comme l’immigration. « Il y a dix-sept nationalités dans cet immeuble ». On se croise, on discute, on fait la fête au Grattacielo. « Ensemble ». Dans ce documentaire, il y a aussi différents points de vue – dans tous les sens du terme – des paysages de Rimini. Par exemple, la caméra s’attarde sur deux frères racontant leur souvenir en dialecte romagnol devant la fenêtre : « Amarcord » (« Je me souviens », en français) disent-ils. L’ombre de Federico Fellini plane constamment sur ce film comme lors de ses visions fantasmagoriques. Est-ce finalement une Commedia dell’arte ? Entre documents d’archives, fragments de vie saisis aujourd’hui et images de synthèse créées pour apporter du rêve, ce documentaire quelque peu « chaotique » comme le définit son réalisateur est un spectacle saisissant.

3 Disperata (la vie en commun)

Fiction réalisée par Edoardo Winspeare et sortie en 2019.

Le premier et le dernier plan du film montrent un escargot. Du à sa coquille en forme de spirale, cet animal est le symbole du temps, de la vie et de la renaissance. C’est justement les destins de plusieurs personnages et de leur émancipation que l’on suit dans cette fiction qui se déroule dans les Pouilles. Disperata pourrait être le nom d’une tragédie, c’est en réalité une comédie. C’est le ridicule, l’absurde et la contradiction des protagonistes qui provoquent l’hilarité. Par exemple, Pati, bandit râté, est rongé par la culpabilité après avoir tué un chien lors du braquage d’une station service. En prison, il rencontre Filippo, le maire de du village de Disperata qui lui fait découvrir la poésie. Épris de cette nouvelle passion, Pati l’ancien voyou devient un « tendre » écrivain. Effet comique assuré. Surtout quand son frère tente, en vain, de le convaincre d’organiser un nouveau braquage… Ce sont des personnages attachants car émouvants et sincères : on pense particulièrement au maire du village, homme politique honnête et timide. La lourde tâche de Filippo est de trouver les moyens de dynamiser le développement de ce petit village. Durant les débats explosifs des conseils municipaux interminables, le parti d’opposition tente d’imposer un complexe touristique très moderne – spa et hôtel – à la commune. Ce choix scénaristique n’a pas été fait au hasard. En effet, depuis une dizaine d’années, sur la cote de Bari, tout le littoral a subi un processus de patrimonialisation et d’urbanisation. Ce film est donc une ode sans doute naïve à la nature, mais réjouissante.

2 Nuits magiques

Comédie dramatique réalisée par Paolo Virzì et sortie en 2018.

Années 1990. Rome. Le lieu de tous les possibles et de l’émancipation. On découvre le milieu du cinéma italien avec trois jeunes scénaristes finalistes du Prix Solinas, qui récompense leur travail. Ces trois protagonistes – Eugenia, Antonino et Luciano – qui se connaissaient pas avant de concourir à ce prix, se retrouvent suspectés du meurtre d’un célèbre producteur, Leandro Saponardo. Nuits magiques est une fiction, mais certains personnages ou événements qui se déroulent dans le film sont bien réels. Comme le décrit le réalisateur, Paolo Virzì, ce film est « une exploration du cinéma italien de cette époque, à la fois fascinant et effrayant, fait de gloire et de misère, d’illusion et de désillusion. » Et le ton est l’humour. Paolo Virzì montre le ridicule de presque tous les personnages ou de certaines situations… et en révèle aussi l’obscurité. Il dénonce par exemple le machisme de l’industrie du cinéma. Pourtant, le mouvement #MeToo n’a pas eu un impact en Italie aussi important qu’en France ou aux États Unis… Pour un spectateur français, impossible de ne pas penser au récent témoignage d’Adèle Haenel – victime de violences sexuels par un réalisateur – en voyant certaines scènes. Pendant la projection du film lors de ce festival, on a même entendu certains spectateurs s’indigner. En résumé, dans Nuits magiques, le sexisme, l’oligarchie, la corruption ce petit milieu du cinéma italien est épinglé et constamment tourné en dérision. Cependant, ce film est aussi une véritable déclaration d’amour au cinéma et un hommage à certains maestros comme Federico Fellini. Par ailleurs, la mise en abyme du cinéma est présente dans trois films de la programmation du festival : Nato a Casal di Principe ; Good Morning Babilonia des frères Taviani, chef d’œuvre sorti en 1987 ; et Nuits Magiques. Nuits Magiques est donc à la fois un polar, une comédie et une critique acérée du cinéma italien. Les spectateurs sont tenus en haleine. Ce film de plus de deux heures passe à une vitesse folle !

1 Capri Révolution

Drame réalisé par Mario Martone et sorti en 2019.

Nous sommes à l’aube de la Première Guerre Mondiale. La petite île de Capri est divisée socialement en trois mondes : une communauté d’étrangers européens pré-hippie ; des paysans catholiques vivant depuis plusieurs générations sur l’île ; et des personnes venus de la ville. Trois personnages sont centraux : Seybu, le chef de la communauté d’européens ; Carlo, un jeune médecin dont la seule religion est la science et qui arrive au début du film à Capri ; et Lucia, bergère déchaînant les foudres de sa famille car elle refuse de se marier. Elle part donc se réfugier dans le groupe de Seybu. Attention, pas de message féministe à but marketing. On vous le promet. Lucia est avant tout un personnage curieux et courageux aspirant seulement à la liberté. Pas de manichéisme non plus. Dans chacun des trois milieux qui cohabitent sur l’île, on en découvre les ombres et les lumières. Ces trois personnages – Seybu, Lucia et Carlo – s’interrogent mutuellement et débattent. On assiste alors à des dialogues de cinéma aiguisés et une réflexion profonde et nuancée de la société. La société de 1914 ou celle d’aujourd’hui ? Il n’y a pas d’anachronismes grossiers mais certains dialogues résonnent de manière très actuels dans nos oreilles. Par ailleurs, on aimerait vous fera remarquer le talent de l’actrice Donatella Finocchiaro jouant la mère de Lucia dans ce film et la mère d’Amedeo dans Nato a Casal di Principe. Enfin, Capri Révolution est avant tout un spectacle visuel. La beauté des paysages de cette île est ineffable et saisissante. Uniquement pour cette dernière raison, ce film mérite d’être visionné au cinéma.

LUCILE COPPALLE

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