Jeunes et artisans (3/3) : La cordonnerie, un métier entre traditions et modernité

Après avoir rencontré des apprentis en boulangerie/pâtisserie ou en CAP cuisine, CUBE s’est rendu pour ce dernier épisode au Centre de Formation des Apprentis de Tourcoing. Dans un des ateliers de la structure, quelques élèves s’affairent autour de la réparation de plusieurs paires de chaussures. Durant leur CAP Cordonnerie/Multi-services, leur formation ne s’arrêtera pas à cette unique tâche et s’inscrit désormais dans une démarche qui associe écologie et nouvelles technologies. Reportage.

Jérémy a apporté des modifications à ses chaussures, désormais il pourra même marcher sur la glace sans déraper ! – Photo : Eloïse CHAPUIS

Un talon cassé, une veste abîmée, un sac troué… Tant de situations qui peuvent parfois pousser les consommateurs à renouveler leur garde-robe plutôt que chercher à la revitaliser. Redonner vie à toute sorte d’objets, c’est le principe même du CAP Cordonnerie/Multiservices, proposé dans les locaux du Centre de Formation des Apprentis de Tourcoing.

Ici, depuis plusieurs années, Olivier Mestdag forme des jeunes aux bases de la cordonnerie. Cet artisan expérimenté les exerce à des pratiques variées. Dans ce parcours, l’enseignement est effectivement très large : un cordonnier ne doit pas seulement savoir réparer des chaussures. « Il faut savoir fabriquer des clés pour les portes, pour les voitures, poser des piles sur une montre, graver toutes sortes d’objets, réaliser des teintures… Il ne s’agit plus que de réparer des talons » explique le formateur. Une diversité qui a plu à Jérémy, 17 ans, qui suit le CAP depuis septembre. « On a plein d’idées reçues sur la cordonnerie, mais la réalité est différente. La cordonnerie est un métier d’avenir.« 

Pourtant, cette année, seuls quelques élèves se sont orientés vers cette formation qui allie théorie et pratique. « C’est vrai que le travail sur les machines peut faire un peu peur, » concède Olivier Mestdag, qui regrette surtout de la manque de visibilité de certains parcours professionnels. « Si on avait cette possibilité de vraiment rencontrer les jeunes… » Comme dans d’autres branches de l’artisanat, il ressent un certain manque de reconnaissance pour les filières professionnelles, notamment de la part de l’Education nationale. « On doit se battre en permanence, explique-t-il, alors que cordonnier, c’est un des métiers qui rapporte le plus financièrement« . Le salaire moyen d’un cordonnier s’élève en effet à environ 2200€ par mois, soit proche de la valeur du salaire moyen en France.

Photo : Eloïse CHAPUIS

Au-delà des débouchés réels dans le secteur, la cordonnerie a bien d’autres avantages. Comme celui, essentiel, d’être un métier fondé sur le contact humain. « Même si on a une clientèle régulière, c’est vrai que l’on ne voit jamais les mêmes personnes en boutique ! » Un rapport au client qui fait l’objet d’un enseignement spécifique au sein de la formation. « Il faut savoir expliquer aux clients par des mots des technicités qui ne le sont pas toujours. » Surtout quand ces technicités évoluent. Là où le cordonnier d’autrefois pouvait presque travailler à la chaîne, aujourd’hui « c’est quasiment du cas par cas, rappelle Olivier Mestdag. Chaque chaussure est différente.« 

De nouvelles valeurs

Si le métier de cordonnier évoque généralement un savoir-faire ancien, celui-ci s’actualise pour s’inscrire dans une nouvelle logique à la fois écologique et économique. Faire réparer ou personnaliser ses chaussures ou ses sacs, « ce n’est pas du recyclage mais c’est de l’upcycling« , explique Emma Tamarelle, chargée de communication de la chambre des métiers des Hauts-de-France.

Photo : Eloïse CHAPUIS

Dans cette même logique, les apprentis utilisent une colle à base d’eau, et les chaussures sur lesquelles ils s’entraînent proviennent pour la plupart de dons de personnes ne souhaitant plus les utiliser. Il s’agit donc non seulement de proposer des alternatives à la poubelle mais aussi d’expliquer aux clients la démarche de l’upcycling afin que les mentalités évoluent dans ce sens.

THEODORE AZOUZE & ELOISE CHAPUIS

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. mestdag dit :

    Merci pour votre article

    J'aime

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