Portraits de femmes (2/3) : Chimamanda Ngozi Adichie, une voix féministe influente venue d’Afrique

A l’occasion de la Journée internationale des Droits des femmes, célébrées chaque année le 8 Mars depuis 1977. CUBE vous propose de découvrir le portrait de trois femmes méconnues qui ont pourtant marqué l’histoire en luttant pour la réduction des inégalités entre les droits des hommes et des femmes.

Pour ce deuxième portrait, j’ai choisi de vous présenter une écrivaine nigériane, figure importante du féminisme : Chimamanda Ngozi Adichie. Romancière à succès, elle traite à la fois du féminisme, de l’immigration, du sexisme ou bien encore des questions raciales, ce qui fait d’elle une icône culturelle qui rayonne  au-delà des frontières du Nigéria.

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Chimamanda Ngozi Adichie à la conférence Igbo, Londres, Avril 2018 / Crédit Photo chimamanda.com

Enfance et parcours universitaire :

Originaire d’Abba, dans l’Etat d’Anambra, au sud-est du Nigéria, Chimamanda Ngozi Adichie naît le 15 septembre 1977 à Enugu. Elle est la cinquième des six enfants de parents de classe moyenne , Igbo, un groupe éthnique du sud-est du Nigéria : Grace Ifeoma et James Nwoye Adichie. Son père enseignait à l’UNN, University of Nigeria, Nsukka, comme professeur de statistiques, et sa mère était la première femme responsable du bureau de la scolarité. Elle grandit donc dans la ville universitaire de Nsukka et raconte avoir vécue une « enfance très heureuse, pleine de rires et d’amour, dans une famille très unie ».

Une fois adulte, elle étudie rapidement la médecine et la pharmacologie à l’Université du Nigéria. Pendant cette période, elle édite The Compass , un magazine dirigé par les étudiants en médecine catholiques de l’Université et commence à prendre goût à l’écriture. A l’âge de 19 ans, elle quitte son pays natal pour rejoindre les États-Unis, car elle obtient une bourse pour étudier la communication à l’Université Drexel de Philadelphie pendant deux ans. Elle poursuit, ensuite, des études en communication et en sciences politiques à la Eastern Connecticut State University, où elle écrit également des articles pour le journal universitaire : le Campus Lantern . Pendant son séjour au Connecticut, elle est avec sa sœur Ijeoma, qui dirige un cabinet médical près de son université.

« Quitter le Nigéria m’a rendu beaucoup plus consciente d’être nigériane et de ce que cela signifiait. Cela m’a également fait prendre conscience de la race en tant que concept, car je ne me considérais pas comme noire avant de quitter le Nigéria.»

Chimamanda Ngozi Adichie , lors d’une interview pour The Guardian

En 2001, elle obtient son diplôme universitaire avec la mention honorifique summa cum laude autrement dit « avec la plus grande distinction« . C’est d’ailleurs au cours de sa dernière année à Eastern qu’elle commence à travailler sur son premier roman, intitulé Purple Hibiscus, publié en octobre 2003. Il met en scène Kambili, une jeune adolescente de quinze ans confrontée à l’autorité d’un père catholique fondamentaliste qui régit son foyer avec une rigueur implacable et dont le destin familial va être marqué par le coup d’état qui vient secouer le Nigéria. Le livre connait un franc succès et reçoit de nombreux éloges de la critique : il a été sélectionné pour le prix Orange Fiction (2004) et a reçu le Prix ​​des écrivains du Commonwealth du meilleur premier livre (2005).

Couverture de « Purple Hibiscus« , paru en 2003

Pour la suite de ses études, Chimamanda opte pour un master en création littéraire à l’université Johns-Hopkins de Baltimore en 2003. Son deuxième roman, Half of a Yellow Sun, également le titre d’une de ses nouvelles, se situe à Lagos dans les années 60 pendant la guerre du Biafra, un conflit qui suivit la déclaration d’indépendance du Biafra qui veut se détacher du Nigéria et qui fit plus d’un million de victimes. Chimamanda Ngozi Adichie retrace la vie de trois personnages emportés par les turbulences de la décennie. C’est un roman remarquable sur la responsabilité morale, sur la fin du colonialisme, sur les allégeances ethniques, sur la classe et la race – et sur les façons dont l’amour peut tous les compliquer. Ce témoignage sur un conflit oublié reçoit le prestigieux Orange Prize, et est finaliste du National Book Critics Circle Award Finalist. Sélectionné par le New York Times , il est élu meilleur livre de l’année par lPeople and Black Issues Book Review en 2006.

Couverture de « Half of a yellow sun« , paru en 2006

En 2008, elle obtient un M.A. (maitrîse en arts) d’études africaines à l’université Yale, sa thèse s’intitulait « Le mythe de la« culture »: esquisse de l’histoire des femmes Igbo au Nigéria précolonial et colonial ». En 2011-2012, elle reçoit une bourse de l’Université Harvard, ce qui lui permet de finaliser son troisième roman, Americanah , acclamé par la critique en 2013.

Aujourd’hui Chimamanda est mariée et partage son temps entre le Nigeria, où elle enseigne régulièrement des ateliers d’écriture, et les États-Unis.

Engagements :

Du Nigéria aux Etats-Unis : le racisme

Si ses deux premiers romans, se concentrent sur le Nigeria, Chimamanda intègre progressivement son expérience de l’expatriation et s’intéresse en particulier au concept de race. Le racisme est au cœur de son best-seller Americanahpublié en 2013. Au travers du personnage d’Ifemelu, jeune Nigériane amenée aux Etats-Unis pour ses études, Chimamanda décrit les préjugés systématiques établis à l’encontre des personnes noires, tout en dénonçant « l’occidentalisation » qui leur est nécessaire pour réussir dans la société américaine. Elle illustre d’ailleurs ce procédé par les cheveux de son héroïne : cette dernière décide de les défriser à l’occasion d’un entretien d’embauche.

« J’ai vraiment eu une prise de conscience de mon identité noire en arrivant aux Etats-Unis. J’ai senti que là-bas, j’étais vue comme une Noire. Ce que je n’avais jamais pris en compte au Nigeria, où on ne se définit pas en termes raciaux mais en termes ethniques. »

Chimamanda Ngozi Adichie , lors d’une interview pour Libération – Janvier 2018

Entre fiction et dénonciation, Americanah est le parfait exemple de l’engagement dont Chimamanda fait preuve ; sur le racisme, l’auteure porte le débat au-delà des frontières américaines, et questionne à l’échelle mondiale la réelle indépendance des pays africains par rapport à la culture occidentale, elle prône une revalorisation de la véritable culture africaine.

Une figure féministe influente :

«Je suis convaincue de l’urgence morale qu’il y a à nous atteler à imaginer ensemble une éducation différente pour nos enfants, pour tenter de créer un monde plus juste à l’égard des femmes et des hommes.»

Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda Ngozi Adichie s’est rapidement impliquée dans le débat féministe, elle en est même devenue une icône majeure depuis la conférence de 2012 intitulée « We Should All Be Feminists», titre de son cinquième roman. Ce Ted talk (séries de conférences organisées au niveau international) traite des paradigmes dommageables de la féminité et de la masculinité.  « Nous apprenons aux filles à se rétrécir, à se réduire. Nous disons aux filles: « Vous pouvez avoir de l’ambition, mais pas trop. Vous devez viser à réussir, mais pas trop, sinon vous menaceriez l’homme. »

We Should All Be Feminists, publié en 2014, est une version modifiée de cette conférence donnée par Chimamanda en 2012. L’auteure nous explique alors que le terme « féminisme » ainsi que son concept même est limité par plusieurs stéréotypes. L’auteure offre alors aux lecteurs une définition unique du féminisme pour le XXIe siècle, une enracinée dans l’inclusion et la sensibilisation. S’appuyant largement sur ses propres expériences et sa profonde compréhension des réalités souvent masquées de la politique sexuelle, elle nous raconte les pressions exercées sur les filles/femmes, dès l’école, où elles sont reléguées au second plan. A travers ce livre, elle exprime ce que signifie être une femme à notre époque et partout dans le monde : c’est un cri de ralliement pour savoir pourquoi nous devrions tous être féministes.

Extrait du Ted Talk de Chimamanda Ngozi Adichie

Elle continue cette thématique, dans Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions, publié en 2017. Dans cette lettre adressée à une amie venant de mettre au monde une petite fille, Chimamanda livre en quinze points, dans un langage très simple et compréhensible par le plus grand nombre, ses conseils pour élever celle-ci dans les règles de l’art du féminisme, afin qu’elle devienne une femme forte et indépendante. L’auteure examine les situations concrètes qui se présentent aux parents d’une petite fille et explique comment déjouer les pièges que nous tend le sexisme, à travers des exemples concrets tirés de sa propre expérience, elle veut faire oeuvre de pédagogie, il est traduit dans 19 pays.
Elle aborde notamment la question de l’importance de l’accomplissement de soi avant tout en tant qu’individu, de la participation essentielle du père à l’éducation de l’enfant, de la théorie de genre et ses aberrations ou encore de celle du mariage qui ne doit pas représenter pour une femme un aboutissement.
S’adressant à tous, Chimamanda tente de transmettre les clés nécessaires pour adopter une ligne de conduite féministe, c’est-à-dire croire en la pleine égalité des sexes et l’encourager.

« Nous semblons vivre dans un monde où beaucoup de gens croient qu’un grand nombre de femmes peuvent tout simplement se réveiller un jour et inventer des histoires sur les agressions qu’elles ont subies »

Chimamanda Ngozi Adichie

Chimamanda soutient que le féminisme ne devrait pas être un «culte d’élite» mais bien un «parti plein de féminismes différents». Pour elle, il faut « un monde plus équitable, un monde où les hommes et les femmes seront plus heureux et plus honnêtes envers eux-mêmes. Nous devons élever nos filles autrement. Nous devons élever nos fils autrement » (Décembre 2012, lors du Colloque annuel consacré à l’Afrique) . L’auteure a su imposer une voix forte et influente en partant de son histoire personnelle, elle parvient à transmettre et à faire résonner un discours à portée universelle sur l’éducation des filles, partout dans le monde.

Publications de Chimamanda Ngozi Adichie

Ses romans ont pour thèmes principaux l’histoire du Nigéria, le poids des traditions et la confrontation du « monde africain » avec la civilisation occidentale, en particulier américaine. Ils ont à chaque fois pour personnage principal une femme. Kambili dans Purple Hibiscus , Olanna et Kainene dans Half of a yellow sun, ou bien encore Akunna, dans The thing around your neck, sont confrontées aux tragédies de l’Histoire et aux préjugés liés aux représentations des femmes, notamment africaines. Ils sont à lire aussi bien par des femmes que par des hommes, pour découvrir l’auteure je vous recommande la lecture de Dear Ijeawele, or A Feminist Manifesto in Fifteen Suggestions.

MARTHE DOLPHIN

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