La Note Internationale – mars 2020

La pandémie de coronavirus tend à occulter toute autre information nationale et internationale en ce mois de mars, tant cet événement est grave et rare. On ne peut s’empêcher d’en parler ici, cependant nous allons développer la lutte contre la maladie sous un angle moins médiatisé : les quelques bonnes nouvelles qui en découlent. Le but n’est surtout pas d’oublier celles et ceux qui périssent à cause de ce virus, mais de prendre un bol d’air parmi toutes ces informations anxiogènes. Par ailleurs nous nous tâcherons de revenir sur les autres événements qui ont marqué le mois de mars. Il s’agira d’évoquer la primaire démocrate aux Etats-Unis, les tensions entre la Turquie et la Russie et enfin pas moins de quatre essais balistiques nord-coréens lancés ce mois-ci.

Covid-19 : y a-t-il du positif à retenir ?

Une pollution en baisse

On pourrait tout d’abord évoquer les conséquences environnementales positives de la pandémie. Elle concerne en premier lieu la Chine, pays extrêmement peuplé et industriel, et donc dangereusement pollué. Confinement total oblige : les usines du pays sont à l’arrêt, les transports individuels et collectifs sont proscrits, et le tourisme n’a plus sa place. En conséquence, les émissions de CO2 ont baissé d’un quart en deux semaines selon une étude de Carbon Brief.

Concernant l’Italie, le deuxième pays qui compte le plus grand nombre de mort du coronavirus avec plus de 10 000 décès au 29 mars, c’est également la mise au point mort du tourisme qui a agréablement surpris nos voisins transalpins. De nombreuses personnes ont pu constater sur les réseaux sociaux que la ville de Venise souffle un peu : l’eau des canaux est redevenue limpide, l’absence de ses milliers de touristes ralentit l’érosion de la ville, et les animaux repointent le bout de leurs museaux. Cette baisse de la pollution est d’autant plus bienvenue qu’une étude de la Société italienne de médecine environnementale tend à démontrer une corrélation entre forte présence de particules atmosphérique et propagation du Covid-19.

La pollution chute en Chine à cause de la pandémie de coronavirus / NASA

Les animaux sauvages de plus en plus protégés

Tout d’abord le pangolin. Logiquement, depuis qu’il est considéré comme ayant transmis la maladie à l’homme, les chinois ont arrêté de le tuer. Il était très convoité pour sa chaire et pour ses écailles considérées comme un remède. Il était temps pour cet animal figurant sur la liste rouge des espèces menacées, liste créée par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Le gouvernement chinois a par ailleurs étendu sa politique de protection des animaux en interdisant complètement la commercialisation des animaux considérés comme étant sauvages. Sont donc concernés les chauve-souris, serpents et autres salamandres. Rappelons tout de même qu’une similaire interdiction avait été décidée après l’épidémie du Sras en 2003, mais rapidement oubliée.

Des futures relocalisations d’usines ?

C’est ici l’un des fondements du système néolibéral dans lequel nous baignons qui est remis en cause. Visant à maximiser les profits des entreprises et à faire baisser les coûts pour le consommateurs, les délocalisations intempestives d’usines semblent mises à mal. Ce type d’événement en Chine, l’un des principaux bénéficiaires des délocalisations, a littéralement stoppé la production industrielle mondiale. En outre, ce sont pléthore d’entreprises occidentales qui ont perdu de l’argent à cause du coronavirus. Si les fermetures s’accumulaient, elles pourraient à terme menacer l’existence de ces sociétés. Ce serait donc une double-bonne nouvelle dans la mesure où les relocalisations créeraient des emplois et réduiraient l’impact carbone de la production industrielle.

Illustration de l’ultra-structure du virus Covid-19. CDC/SCIENCE PHOTO LIBRARY

Primaires démocrates américaines : un énième rebondissement

L’étau se resserre autour des candidats démocrates. Tandis que la primaire américaine avait d’abord donné comme favori Bernie Sanders et Pete Buttigieg, beaucoup de rebondissements ont eu lieu. Le second candidat s’est retiré, Sanders est en perte de vitesse notable et Joe Biden, que l’on pensait mis K.O. a pris la tête de la course. L’issue de cette nomination est en effet en passe d’être définitivement connue puisqu’à moins d’une remontée extraordinaire de Bernie Sanders, c’est l’ancien vice-président de Barack Obama qui sera nominé par le parti démocrate.  

Le duel Biden-Trump pourra-t-il donner la gauche vainqueur ? Deux choses sont sûres. Premièrement, la base électorale du président sortant est très solide : sa cote de popularité n’est jamais descendue en dessous de 40% d’approbation. La raison est simple, ceux qui l’ont élu ont eu gain de cause puisqu’il a tenu ses promesses. Des promesses démagogiques et xénophobes, certes, mais il ne s’est pas rétracté comme on le reproche souvent au personnel politique. La deuxième certitude est que Joe Biden est le candidat le plus modéré de ceux qui se présentent à l’investiture démocrate. Là où Bernie Sanders est davantage clivant, proposant des mesures choc et remettant en cause le capitalisme même, Biden veut conserver le statu quo. Il propose un programme centriste, permettant d’attirer la frange modérée des Républicains. En outre, peut-être sera-t-il un candidat qui permettra de battre Donald Trump sur son propre terrain.

Joe Biden, candidat désormais ultra-favori à l’investiture démocrate. Marcio Jose SANCHEZ – AP
L’état actuel de la course à l’investiture démocrate / LIBÉRATION.

Elections israéliennes : le grand flou

Le 2 mars dernier, Benjamin Netanyahou, actuel Premier ministre israélien, a revendiqué sa victoire aux élections législatives. Cependant, il n’a pas réussi à obtenir la majorité à l’Assemblée, pour la troisième fois consécutive. Le président Réouven Rivlin a demandé à son rival centriste, Benny Gantz d’envisager un gouvernement d’union entre lui et Netanyahou dans le contexte de pandémie du coronavirus. La maladie a en effet bouleversé encore plus la situation politique israélienne qui est chaotique. Rappelons que trois élections législatives ont eu lieu en moins d’un an, ne permettant à chaque fois pas d’obtenir de majorité parlementaire.

Benny Gantz a donc été élu à la présidence de la Knesset (le parlement), à la suite d’un accord entre le Likoud, parti au pouvoir, et le parti Bleu Blanc de Gantz. Cependant, malgré le contexte unique de pandémie, où l’on attend de l’Etat qu’il applique des mesures fortes rapidement, un certain nombre d’alliés de Benny Gantz n’ont pas accepté cette alliance fortuite. On peut penser à Yaïr Lapid et Moshe Yaalon, membres importants du parti, qui ont démissionné. Une embellie politique n’est donc pas encore en vue en Israël, malgré une union nationale pour faire face à la pandémie de coronavirus.

Turquie/Russie : qui aura la mainmise sur le Moyen-Orient ?

Le dernier bouleversement dans la région vient d’une offensive syrienne appuyée par la Russie afin de reprendre le contrôle de la région d’Idlib. Dans les faits, la région syrienne est actuellement contrôlée par la Turquie, qui se défend en évoquant la lutte contre les groupes terroristes à sa frontière.

La conséquence de ce bombardement : 33 soldats turcs sont morts. En réponse à cela, Recep Tayyip Erdogan a voulu faire réagir l’Union Européenne pour obtenir de l’aide. La menace qu’il faisait peser à l’Union depuis plusieurs années, le fait de ne plus retenir les réfugiés qui souhaitent se rendre sur le vieux continent, a été mise à exécution. En même pas deux jours, les autorités grecques ont arrêté 5183 personnes en provenance de Turquie.

Rappelons que la Turquie accueille pas moins de 4 millions de réfugiés, mission qu’elle a accepté notamment grâce à une aide européenne de 6 milliards d’euros en 2016. On a donc payé la Turquie pour qu’elle garde les migrants. La situation inquiète de plus en plus les turcs, et Erdogan voit sa légitimité s’effriter. Il n’y aurait pas de crise si les vingt-sept pays de l’UE acceptaient une part des migrants fuyant la guerre.

Plus largement, l’inquiétude d’un potentiel conflit armé entre la Turquie et la Russie, par l’intermédiaire de la Syrie ou non, s’accentue. La Turquie a déjà ripostée en faisant une centaine de victimes dans l’armée syrienne. Malgré les rencontres, les objectifs opposés des deux pays font des étincelles. Il en reste que les deux pays sont interdépendants, la Russie a besoin de la Turquie pour faire avancer la situation syrienne, et inversement.

Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine à Ankara, le 3 avril 2018. Photo Umit BEKTAS. Reuters

Corée du Nord : rien n’arrête la course à l’armement

Ce sont pas moins de quatre tirs balistiques qui ont été tirés par la Corée du Nord en un mois, d’après l’état-major sud-coréen. Profitant des négociations diplomatiques au point mort avec les Etats-Unis depuis le sommet d’Hanoï, le pays affinerait ses capacités à lancer des missiles balistiques, et à terme, nucléaires.

De surcroît, la focale est en ce moment quasi-exclusivement mise sur la pandémie de coronavirus, que ce soient dans les médias et au sein des administration des pays. La dictature en profite ainsi pour accentuer ses essais en mer du Japon. Cela est d’autant plus surprenant que le pays clame n’avoir aucune contamination sur son territoire. On sait que la Corée du Nord est un pays extrêmement fermé, ce qui rend la propagation du virus plus compliquée. Cependant, on sait aussi que le système de santé du pays est défaillant dans la mesure où la Corée du Nord est l’un des pays les plus pauvres du monde.

Si un seul cas est déclaré, il risque de faire des dégâts considérables. C’est ce que pensent d’ailleurs des analystes Coréens et Japonais, qui estiment que « plusieurs centaines de personnes l’ont attrapé. » Une certitude est que la Corée du Nord ne fait jamais état d’informations qui puisse lui desservir. Il est ainsi probable que le pays cache ses cas d’infection, voire pire. Il parait dans tous les cas plus qu’irrationnel d’investir dans des lancements de missiles en cette période de pandémie, où l’on voit que même la plupart des pays les plus développés ont du mal a réunir le matériel nécessaire.

Le président nord-coréen Kim Jong-un, le 29 février. KCNA KCNA / via REUTERS

MARTIN NOËL

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s