Visite à Lubrizol cinq mois après (2/3) : Vivons heureux, vivons cachés

À quelques mètres de mon objectif, l’odeur m’a immédiatement prise au nez. Une odeur pestilentielle. Comme si l’incendie était à peine éteint. Pourtant, l’activité de l’usine a repris depuis plus de 3 mois, malgré l’inquiétude de certains témoins. Je me gare au pied du panneau Lubrizol.

Photo de couv – Photo : Elisa LENGLART–LECONTE

Je sors mon appareil pour faire quelques photos, jauger un peu l’ambiance. Trois minutes plus tard, un premier agent de sécurité vient me voir. Quel accueil chaleureux ! Ce garde m’informe qu’il est interdit de faire des photos de l’usine, et me menace d’appeler la police. Ce que je lui dis qu’il n’a qu’à le faire.

Photo : Elisa LENGLART–LECONTE

Renonçant à signaler aux forces de l’ordre qu’une étudiante est en train de prendre des photos pour illustrer son article, 5 mois après l’incendie, il interpelle un de ses supérieurs.  Très aimable, celui-ci m’annonce finalement qu’il n’y a aucun problème pour que je prenne des photos, tant que je ne cherche pas à entrer dans l’enceinte de l’usine. 

Me voilà repartie. Je longe les bâches vertes que Lubrizol a installées pour se protéger des regards indiscrets. Il y a là une borne incendie. Un tuyau y est branché, dirigé vers l’usine.

Photo : Elisa LENGLART–LECONTE

Je suis maintenant devant le point de contrôle de Normandie Logistique. Des entrepôts de cette société de stockage ont aussi brûlés le 27 septembre, avec des produits de Lubrizol, dont elle n’a pas été capable de donner la composition. 

Intriguée, je me dirige à la rencontre d’un autre garde pour lui demander s’il sait pourquoi un tuyau incendie est encore dirigé vers l’enceinte de l’usine. “Je ne suis pas en mesure de vous répondre”, me répond-t-il avec un grand sourire.   

Je décide de me diriger vers le milieu du périmètre de l’usine. Troisième rencontre avec un agent de sécurité qui me questionne sur ma présence. 

Les habitations, à gauche, font face à Lubrizol et ses barrières vertes, à droite – Photo : Elisa LENGLART–LECONTE

Quelques mètres plus loin, la vue semble dégagée, je m’arrête pour faire quelques photos. J’aperçois alors qu’un quatrième garde se dirige vers moi. Je reprends donc ma route. Il me suivra un bon quart d’heure. Je croise une passante. J’entame la conversation et lui demande si elle savait que l’usine avait repris son activité. “Ah non, c’est impossible, tout a brûlé !” s’exclame-t-elle. La production de lubrifiants a pourtant bien repris partiellement. Après une batterie de tests, l’entreprise a affirmé que l’activité était en mesure de redémarrer en toute sécurité. Elle rappelle que seuls des entrepôts ont été touchés par l’incendie, et s’est engagée à ne plus faire de stockage sur site à l’avenir. 

Je suis marquée par le nombre de lotissements en construction dans ce quartier. Il y en a partout.

Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Prenons pour exemple l’éco-quartier Flaubert. Son point le plus proche se situe à moins d’un kilomètre de Lubrizol. Malgré son emplacement, il a été autorisé par la métropole, qui promet dans la présentation du projet : “un cadre de vie apaisé”. Difficile à croire au milieu de toutes ces usines Seveso, au cœur de ce que les riverains appellent le “Rouen chimique”.  

Je dépasse un camp de gens du voyage et marche sur la route. “Elle était recouverte d’un épais tapis d’huile le lendemain de l’incendie.” d’après un habitant. 

Je retourne vers mon véhicule. Les deux rues menant à Lubrizol, autrefois en libre accès, ont été bouchées, ainsi que l’artère principale du site, rendant l’accès à celui-ci plus compliqué. 

Après deux heures sur place, je quitte finalement l’usine, sous l’œil attentif du cinquième garde. Il m’observe depuis sa voiture, prêt à démarrer. 

Lubrizol a tranquillement repris son activité. “On a l’impression que tout le monde a oublié” s’indigne un jeune de la métropole rouennaise. Pourtant le 13 mars, l’usine Seveso Saipol située au Sud de Rouen a brûlée. Cela relance l’inquiétude des habitants sur l’état des dispositifs de sécurité des usines Seveso de la région.

ELISA LENGLART-LECONTE (à Rouen) et MAXIME LAURENT

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