Benoit Collombat : interview d’un journaliste d’investigation chevronné

Benoit Collombat, journaliste enquêteur et adjoint de Jacques Monin, le directeur de la cellule investigation de Radio France, a répondu à nos questions. Il nous a également détaillé le quotidien d’un métier qui peut s’avérer compliqué, faire l’objet de menaces, vols, accusations en justice mais qui se révèle être également une profession avec une réelle fonction d’utilité publique. Un métier particulièrement nécessaire réalisé par des journalistes d’investigation considérés comme « les chiens de garde de la démocratie. »

Quels études et parcours professionnel avez-vous suivi ?

Tout d’abord un Bac B (économie) dans le Var d’où je suis originaire, puis hypokhâgne (classe préparatoire littéraire) au lycée Hélène Boucher à Paris, une licence d’histoire (Paris IV – Sorbonne) et enfin l’École Supérieure de Journalisme de Lille (ESJ).

Durant mes deux années à l’ESJ, j’ai travaillé à Radio Fréquence Nord (comme « petite main » pour les matinales), puis effectué des stages rémunérés à Radio France Vaucluse (où j’ai notamment couvert les inondations) et à Var Matin (Toulon). Après ma sortie de l’école de journalisme (en 1994) et mon service militaire (qui existait encore à l’époque !) j’ai enchaîné des CDD à RTL. J’ai ensuite enchaîné les CDD à France Inter (flashs de nuit, reportage) où j’ai finalement été embauché en 1995.

Benoit Collombat, journaliste enquêteur et adjoint de Jacques Monin à la cellule investigation de Radio France

Avez-vous toujours travaillé dans le domaine de l’investigation ?

J’ai passé dix ans au service reportage de France Inter où j’ai couvert l’actualité nationale et internationale puis j’ai travaillé au service « police-justice » de France Inter où j’ai commencé à me spécialiser dans ce qu’on appelle l’« investigation », un terme que je n’aime pas beaucoup puisque pour moi c’est un pléonasme : le journalisme devrait normalement être un travail d’investigation. Depuis quatre ans, je travaille à la cellule investigation de Radio France avec une « double casquette », à la fois journaliste-enquêteur et adjoint de Jacques Monin, qui dirige la cellule. 

 Qu’est-ce qui vous plait le plus et le moins dans votre métier ? 

Ce qui me plait le plus : prendre le temps de creuser des sujets d’intérêt général, le moment du montage où toutes « les pièces du puzzle » sur lequel on a travaillé pendant des semaines se mettent en place. 

Ce qui me plait le moins : le « service après-vente » du travail journalistique, aller parler de ce qu’on a fait auprès d’autres confrères (même si je sais bien que « ça fait partie du métier » …)

Avez-vous eu des rencontres déterminantes au cours de votre carrière ?

Plutôt que des personnes, j’ai envie de citer des livres qui m’ont marqué et donné envie d’exercer ce métier : 

  • « Une guerre » de Dominique Lorentz (les enjeux nucléaires autour de l’affaire des otages français en Iran)
  • Les enquêtes de Denis Robert sur la chambre de compensation financière luxembourgeoise Clearstream
  • « L’affaire Audin » de l’historien Pierre Vidal-Naquet sur la mort du militant communiste Maurice Audin pendant la guerre d’Algérie
  • « Le bûcher des innocents » de Laurence Lacour qui évoque l’affaire Grégory…

A quoi ressemble une journée-type ?

Il n’y a pas vraiment de journée type. C’est ce qui est intéressant. Pour résumer, disons qu’il y a en gros trois phases lors d’une investigation :

1 / la pré-enquête, c’est la phase d’ « immersion », on tente de cerner les enjeux du sujet, de se plonger dans la documentation et les « sources ouvertes » (presse, livres, rapports officiels…) de voir les points qui posent problème, d’identifier les personnes susceptibles d’avoir des informations

2 / l’enquête journalistique : aller sur le terrain, récupérer les documents et les témoignages

3 / le montage, l’écriture : finaliser l’enquête, sélectionner les passages les plus éclairants, trouver le bon ton, l’écriture la plus précise, relancer les personnes éventuellement mises en cause dans l’enquête.

Comment trouvez-vous vos sujets ?

Pour résumer disons qu’il y a en gros trois cas de figure : « une source » m’alerte sur un possible dysfonctionnement majeur ou scandale. Deuxième possibilité : un sujet fait la une de l’actualité pendant quelques jours, avant de retomber dans l’oubli. Je reprends le dossier pour voir s’il n’y a pas de nouveaux éléments à révéler, de façon à éclairer d’une autre manière ce qui a déjà été dit, tenter d’apporter une autre clé de compréhension. Troisième option : une enquête d’initiative. Je décide d’enquêter sur un sujet parce que j’ai l’intuition qu’il y a quelque chose à creuser ou que certains indices me laissent penser qu’il y a matière à creuser.

Combien de journalistes sont nécessaires pour traiter un sujet ?

En règle générale, à la cellule investigation de Radio France nous travaillons seuls sur nos sujets, avec un suivi rédactionnel de la personne qui présente l’émission (Jacques Monin, en règle générale, moi, lorsque Jacques Monin est absent). Mais il arrive régulièrement que nous travaillons à deux, notamment dans des affaires sensibles. 

Combien de temps prenez-vous pour réaliser un sujet ?

Cela dépend des sujets, cela va de plusieurs semaines à plusieurs mois. Nous travaillons en général sur plusieurs sujets en même temps. Par ailleurs, parallèlement à mes activités radio, j’écris (ou co-écris) aussi des livres et des enquêtes en bande-dessinée. 

Propos recueillis par MANON HILAIRE

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