L’incessante destruction du corps noir est inacceptable

Encore un. Un homme noir non armé tué par un policier blanc.  Aux États-Unis la grogne contre les crimes racistes est inextinguible. Lundi 25 mai à Minneapolis, Georges Floyd, 46 ans, est suspecté de détenir un faux billet de 20 dollars. Derek Chauvin, officier de police, l’interpelle violemment en faisant pression avec son genou sur son cou pendant près de 9 minutes, la main dans la poche. Georges Floyd manifeste à plusieurs reprises son impossibilité de respirer, des passants tentent de raisonner les policiers qui ne cèdent pas. Il décède quelques heures plus tard à l’hôpital. Depuis, des émeutes ont éclaté dans le pays et des manifestations de soutien sont organisées à travers le monde.

À Lille des manifestants réclament justice pour les victimes de violences policières 02/06/2020 © Nicolas Lee

Un refrain qui sonne plus que faux  

Il n’a fallu que quelques mois pour que le drame se répète. Un jeune homme noir non armé tué par un policier blanc sans aucun mobile valable. Trayvon Martin, Eric Garner, Michael Brown, Laquan McDonald, Akai Gurley, Tamir Rice, Freddie Gray, Alton Sterling, Philando Castile, Georges Floyd sont autant de noms qui résonnent avec « injustice ». Si dans les années 70 on luttait contre un racisme assumé, aujourd’hui on lutte contre des formes insidieuses de ce fléau. Détenir un faux billet de 20 dollars n’était pas le crime de Georges Floyd mais sa couleur de peau. Le corps blanc semble autorisé à piller le corps noir dans une impunité révoltante. 

Les chiffres sont glaçants. Selon une étude de l’Académie nationale des sciences des États-Unis publiée en 2019, un homme noir à 2,5 fois plus de chance d’être tué par la police qu’un homme blanc. 

Le policier tueur n’est que très rarement poursuivi ou condamné. Cette justice blanche, hermétique aux inégalités raciales dont souffre le pays est symbolique d’un « racisme d’État ». Cette liste macabre ne cesse de s’allonger et cette fois-ci la colère dépasse les frontières. La haut-commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Michelle Bachelet a dénoncé jeudi la «longue série de meurtres d’Afro-Américains non armés commis par des policiers américains» et a appelé les autorités à prendre des mesures. Initialement poursuivi pour homicide involontaire, Derek Chauvin est finalement poursuivi pour homicide volontaire. Sans la force de la rue, les poursuites contre l’officier de police auraient-elles changé ainsi ?

La vulnérabilité du corps noir aux États-Unis 

Longtemps considéré comme une matière première d’où extraire travail et richesses lors de la période esclavagiste des États-Unis, le corps noir a du lutter pour s’extraire d’une infériorité institutionnalisée par le corps blanc. Dans leur ouvrage Black Power, les militants Charles V. Hamilton et Kwame Ture conceptualisent l’idée d’un racisme voilé issu de l’esclavage. Selon eux, ce racisme voilé continuerait de structurer l’ordre social américain. Aux États-Unis, l’homme noir est d’abord noir avant d’être américain. 

Ces inégalités seraient fondées sur la croyance qu’il existe différentes races d’hommes. L’ écrivain et journaliste Ta-Nahesi Coates écrit dans son ouvrage Une colère noire « la race naît du racisme et non pas le contraire ». Le blanc a inventé le noir et si le noir accepte la définition que donne le blanc de lui, alors il est perdu.

Pour la journaliste Rokhaya Diallo, la vulnérabilité du corps noir est entretenue par  la circulation des images de l’agonie des victimes . Selon elle, la brutalité des images plonge le corps noir dans une peur permanente et anxiogène.

Et en France ? 

La France comme les États-Unis a été marquée par un passé esclavagiste et colonialiste. Cette brutalité du corps blanc à l’égard du corps noir était majoritairement éloignée de la France métropolitaine. Les français approchaient l’esclave à travers les zoos humains de la capitale ou l’énormissime Exposition Coloniale de 1931. Les violences n’étaient pas exposées afin de maintenir une image lisse du colonialisme et le faire apprécier. En ce sens, ces deux passés esclavagistes et colonialistes ne sont pas comparables. Néanmoins, la destruction du corps noir fut une constante des deux côtés. 

Aujourd’hui, on observe une forme de crispation quand la couleur de peau est au centre du débat. Une crispation qui s’étend même à la simple appellation du corps noir. L’utilisation du mot « black » pour qualifier les noirs de France illustre un contournement de la question, belle et bien présente. Et tout comme aux États-Unis, des violences policières à l’égard des noirs sont constatées. Des inégalités face à la police dont témoigne la chanteuse et actrice Camélia Jordana.

« Je parle des hommes et des femmes qui vont travailler tous les matins en banlieue et qui se font massacrer pour nulle autre raison que leur couleur de peau. C’est un fait. Aujourd’hui, j’ai les cheveux défrisés, quand j’ai les cheveux frisés je ne me sens pas en sécurité face à un flic en France » a-t-elle affirmé sur le plateau de l’émission « On n’est pas couché ». 

Ces propos, condamnés par le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner sonnent comme une triste réalité pour d’autres. Assa Traore animatrice du comité « Justice et vérité pour Adama » a soutenu la chanteuse en lançant le hashtag « #MoiAussiJaiPeurDevantLaPolice ». En 2016, son frère Adama Traore est décédé par asphyxie quelques heures après son interpellation par la gendarmerie.

L’indignation ne suffit plus

Justice doit être rendue pour ces femmes et hommes tués injustement. Le racisme est un fléau que noirs et blancs doivent combattre ensemble et fermement.

Brandis comme étendard de la lutte, les mots Black Lives Matter inondent la toile et les manifestations à travers le monde. Dépassons l’indignation, « dans une société raciste, il ne suffit pas d’être non raciste, il faut être anti-raciste  » (Angela Davis) .

Faustine MAGNETTO

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