LA NOTE INTERNATIONALE – JUIN 2020

En juin, nous avons assisté à l’émergence d’un mouvement de protestation contre le racisme à la suite du meurtre de George Floyd. L’ampleur de cette vague antiraciste est inédite. Nous verrons en quoi elle a d’ores et déjà eu un impact historique sur nos sociétés. Nous verrons par ailleurs l’accentuation de la tendance unilatéraliste de Donald Trump, un rebond des tensions dans la péninsule coréenne et une nouvelle annexion israélienne en Cisjordanie.

Meurtre de George Floyd : l’insurrection populaire

En mai, George Floyd est assassiné par Derek chauvin, policier de Minneapolis. C’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Car cette violence policière est loin d’être isolée aux Etats-Unis. Cependant cette fois, une partie du peuple s’est réveillée en organisant des manifestations spectaculaires un peu partout dans le pays, et même dans plusieurs grandes villes du monde. Les violences policières, mais surtout le racisme d’une partie des policiers est pointé du doigt par une population qui ne supporte plus ces injustices atroces.

Ces manifestations, bien que majoritairement pacifiques, donnent parfois lieu à des scènes violentes. Certains profitent du chaos ambiant pour piller des commerces, d’autres pour attaquer des policiers. Mais la violence est arrivée aussi du côté des forces de l’ordre : nous sommes nombreux à avoir vu cette vidéo d’une voiture de police faucher volontairement des manifestants qui la bloquaient. Par ailleurs, la police n’a plus d’impunité à s’attaquer aux journalistes : fumigènes, balles en caoutchouc, certains ont même été menottés en plein duplex.

A la suite des nombreux débordements des deux bords, la famille de George Floyd a appelé au calme. Quant aux autorités, elles ont arrêté Chauvin en requalifiant son acte d’homicide volontaire. Par ailleurs, la municipalité de Minneapolis a annoncé vouloir démanteler la police de la ville. Ce qui est aujourd’hui certain, c’est que cet événement a changé la donne. Il a engendré une vague de prise de conscience. Personne n’aurait imaginé des policiers se mettant à genou pendant leur service pour afficher leur soutien à la communauté afro-américaine. Dans le monde entier est remis en cause l’usage de la force légitime, le meurtre de G. Floyd rappelant des scènes bien plus familières, tel le meurtre de Cédric Chouviat.

De surcroît, une vague de réflexion sur notre passé a surgi. Doit-on continuer à honorer des personnages historiques qui ont participé à la colonisation ou à l’esclavagisme ? Dans tous les cas, ce pan de l’histoire n’est quasiment jamais évoqué, que ce soit à l’école ou sur les plaques des statues. La communauté des historiens est majoritairement favorable à des explications qui viendraient nuancer la gloire d’un personnage important. Tout le monde connait Jules Ferry comme étant le promoteur de l’école laïque et gratuite, mais pas comme le fervent défenseur de la colonisation qu’il était. En revanche, certaines personnes veulent déboulonner les statues, ce qui pose la question de l’effacement d’une partie de l’histoire. Question épineuse, tant il est compréhensible que la glorification de certains personnages puisse horrifier une partie de la population.

Des manifestants jettent la statue d’Edward Colston dans la rivière. Pan PYLAS / AP
Un mémorial de fortune en hommage à George Floyd, à Minneapolis. Photo VICTOR J. BLUE. NYT-REDUX-REA

Opération Barkhane : victoire symbolique contre Al-Qaeda

Cela a été confirmé le 6 juin par la ministre des Armées Florence Parly, le leader d’Al Qaeda au Maghreb islamique a été tué par les forces françaises. Il s’appelait Abdelmalek Droukdal et « commandait l’ensemble des groupes qaedistes d’Afrique du Nord et de la bande sahélienne » d’après la ministre. Il est vrai que l’opération Barkhane s’est intensifiée ces derniers mois dans la mesure où les groupes terroristes ont engendré la mort de 4000 personnes en 2019 au Sahel. En ce sens, l’armée aurait « neutralisé » près de 500 jihadistes dans la région selon l’AFP.

Appuyée par l’US Africa Command, l’armée française porte un coup dur, bien que symbolique aux terroristes du Sahel. L’objectif avancé de son élimination est une potentielle désorganisation de la filière sahélienne de jihadistes.

Le leader d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), l’Algérien Abdelmalek Droukdal dans un lieu non identifié, le 26 juillet 2010 Photo -. AFP

Annexion israélienne en Cisjordanie : le point de non-retour ?

Le plan de paix américain pour le conflit israélo-palestinien présenté en janvier 2020 a définitivement plu aux autorités israéliennes. Pour rappel, il prévoit de coloniser encore plus de territoire palestinien, en morcelant à l’extrême ce qu’il en reste. De plus, il prévoit de couper l’accès de la Palestine à la vallée du Jourdain, et de facto à la frontière jordanienne, enclavant le pays à l’intérieur d’Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a donc pris la décision de relancer une série d’annexions des territoires palestiniens. En conséquence, le Meretz, parti de gauche socialiste a organisé une manifestation pour dénoncer la mise en place d’un apartheid si l’annexion avait bien lieu. Son chef, Nitzan Horowitz explique que « ce serait la fin du rêve de deux pays pour deux peuples » arguant que l’annexion engendrerait une énième guerre.

Cette manifestation a su habilement s’inspirer du mouvement mondial « Black lives matter », avec par exemple des slogans éloquents : « We can’t breathe since 1948 », « don’t make apartheid great again. » Les participants espèrent un écho aussi important que celui aux Etats-Unis, l’un d’eux expliquant : « les gens dans les cafés autour de la place nous demandent de quelle annexion on parle. » Même les israéliens ne sont pas tous au courant de ce qui se passe, démontrant à quel point l’occupation est normalisée.

Des manifestants opposés au projet d’annexion d’une partie de la Cisjordanie. (Photo by JACK GUEZ / AFP)

Corée du Nord : un changement de stratégie aux allures belliqueuses

En faisant exploser le bureau de liaison entre la Corée du Nord et la Corée du Sud près de Kaesong, Pyongyang met fin à une relative détente de deux ans dans la péninsule. Ce bâtiment, construit en 2018, visait à favoriser la coopération intercoréenne. Geste éminemment symbolique donc, qui ne laisse pas augurer un avenir radieux en Corée.

La Corée du Nord a justifié son action par l’échec du Sud à empêcher les transfuges et la distribution de tracts anti-Pyongyang au Nord à l’aide de ballons. Cependant, d’après des analystes des relations internationales, cette destruction relève moins d’une vengeance que d’un changement de stratégie de la part de la dictature. Le professeur d’études internationales à l’université Ewha à Séoul, Brendan Howe explique que cette action serait liée « à la promotion et à la consolidation du pouvoir de Kim Yo-jong », la sœur du dirigeant Kim Jong-un.

La Corée du Sud a tenté de ménager son turbulent voisin en annonçant vouloir bloquer les tentatives d’envoi de tracts à travers la frontière, sans succès. En effet, le jour du vingtième anniversaire du premier sommet intercoréen le 15 juin dernier, le régime Nord-coréen a menacé des « actes de représailles incessants. » Par ailleurs, il a annoncé vouloir réoccuper la zone démilitarisée, qui fait office de tampon entre le Nord et le Sud. Là encore, les études internationales y voient moins la recherche d’un conflit à grande échelle que la recherche de concessions de la part du Sud. Par exemple, Daniel Pinkston, chercheur à l’International Crisis Group explique cette provocation par le fait que la Corée du Nord « réclame de l’attention chaque fois qu’il sent que les yeux du monde s’éloignent. »

Kim Jong-un et sa soeur Kim Yo-jong, à Panmunjeom, en zone démilitarisée, le 27 avril 2020. Photo Korea Summit Press Pool. Reuters

Traités internationaux : D. Trump coule le navire du multilatéralisme

Ce sont trois traités internationaux majeurs qui ont été mis à mal par la Maison Blanche depuis 2018. Deux d’entre eux sont directement liés à la force de frappe nucléaire, puisque D. Trump s’est retiré du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) signé en pleine Guerre froide, ainsi que le compromis de Vienne qui met sous tutelle le programme nucléaire iranien. Pourquoi donc agir de la sorte ?

La première réponse est que la politique du président des Etats-Unis abhorre le multilatéralisme. La Maison Blanche souhaite avoir une certaine liberté sur ses mouvements militaires, dans une ère de compétition stratégique avec la Chine. La Chine qui modernise profondément son arsenal en mettant en place une « triade nucléaire » d’après l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Une deuxième réponse est que le pays de l’Oncle Sam a voulu se débarrasser de traités qui n’étaient plus respectés par leur adversaire militaire principal : la Russie. Par ailleurs, la Chine est moins contrainte car elle ne fait pas partie de certains traités majeurs comme le FNI et New Start (réduction des armes stratégiques.)

Cette tendance à l’autonomie militaire explique également le retrait de la première puissance mondiale du traité Ciel Ouvert. Cet accord autorisait les Etats signataires à effectuer des vols d’observation réciproques. En d’autres termes, les Etats-Unis cherchent probablement à éviter que d’autres pays survolent leur espace aérien sans une autorisation systématique.

Peu importe le dessein des Etats-Unis, le chemin emprunté par D. Trump est en opposition avec une vision des relations internationales basée sur la coopération et le maintien de la paix.

A Berlin, le 1er février 2019. Photo picture alliance. DPA

MARTIN NOËL

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