LA NOTE INTERNATIONALE – SEPTEMBRE 2020

Septembre, c’est la rentrée pour beaucoup de personnes, c’est aussi celle de Cube et de la Note Internationale ! Après deux mois de pause, il est bon de se replonger dans l’actualité internationale, définitivement chargée et sous fond de pandémie persistante. Ce mois-ci, nous placerons la focale sur l’approche à grands pas de l’élection présidentielle américaine, d’une potentielle guerre entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie et l’empoisonnement de l’opposant russe Alexeï Navalny.

Arménie/Azerbaïdjan : un conflit ethnique qui cache une rivalité entre la Russie et la Turquie

Fin septembre, le conflit latent entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie a repris. Il s’agit d’un désaccord sur la gestion de la région du Haut-Karabakh. Cette zone de 4400 kilomètres carrés est disputée car la majorité de sa population est arménienne, mais elle est administrée par l’Azerbaïdjan depuis 1920. Dans les faits, lors du rattachement des deux pays à l’URSS, Staline avait décidé d’octroyer l’administration de cette zone à l’Azerbaïdjan. Cependant, la religion majoritaire du Haut-Karabakh est le christianisme, alors que celle des azéris est l’islam. Un conflit ethnique a donc éclaté lorsque l’URSS s’est désintégrée. D’autant que la région disputée déclare son indépendance, qui ne sera reconnue par aucun pays membre des Nations Unies.

Le 27 septembre, les tensions ont atteint le point de non-retour, provoquant l’instauration de la loi martiale par les deux pays et une mobilisation de sa population. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui se passe clairement en Arménie et en Azerbaïdjan. Mais il se pourrait que l’Azerbaïdjan ait lancé une offensive pour contrer le séparatisme dans le Haut-Karabakh.

Cependant, le conflit serait un moyen pour les deux puissances rivales dans la région, la Russie et la Turquie, de s’affronter par correspondance. La Turquie pourrait avoir fait intervenir des « milices syriennes » dans le Haut-Karabakh selon le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell. Ankara a dans tous les cas annoncé soutenir l’Azerbaïdjan. Quant à Moscou, qui a réussi à éviter une guerre depuis trente ans entre les deux pays, s’est entretenu avec le Premier ministre arménien Nikol Pachinian. Nous verrons en novembre ce qu’il advient de cette situation, l’Arménie et l’Azerbaïdjan étant au bord de la guerre.

Infographie Le Monde

Présidentielle américaine : pugilat à distance entre Trump et Biden

L’échéance de la présidentielle est le 3 novembre prochain. Les deux candidats restants, le président sortant républicain Donald Trump et le démocrate Joe Biden entament une dernière ligne droite. Alors que le candidat démocrate essaie de maintenir une campagne bouleversée par la pandémie, la principale stratégie de Trump est de rabaisser, de fustiger et de se moquer de son adversaire. Il use des tragédies qui frappent le pays, comme les violences policières, pour le relier à des violences de certain.e.s militant.e.s antiracistes.

Selon le président, Biden est le « cheval de Troie de la gauche radicale. » Mais il n’a jamais défendu ces actions. En revanche il a défendu le mouvement Black Lives Matter, quand Trump préfère soutenir bec et ongles la police dont on a prouvé le racisme d’une partie de son effectif.

Pourquoi le président a-t-il décidé d’orienter sa campagne dans ce sens ? La réponse tient dans le fait que Trump est à la traîne dans les sondages. Selon le sondage le plus récent réalisé par Fox News le 12 septembre, 43% des américains songeraient à voter pour Trump contre 53% pour Biden. Il est vrai que la gestion de la pandémie ainsi que les violences policières récentes n’ont pas profité au président sortant, accusé d’une gestion laxiste de ces deux sujets. A cette mauvaise gestion s’ajoute une nouvelle accusation d’agression sexuelle à l’encontre de Trump, qui aurait eu lieu en 1997. D’après The Guardian, à qui la victime présumée a accordé une interview, le milliardaire se serait jeté sur Amy Dorris alors qu’elle sortait des toilettes.

En outre, la technique de décrédibilisation tend à persuader les électeurs que son adversaire n’est pas sérieux, bien que les attaques visent plus souvent l’attitude de Biden plutôt que le contenu de son programme.

En septembre, la campagne reprend mais c’est en octobre que nous allons assister aux derniers débats qui départageront les deux opposants aux yeux des électeurs. D’après la commission chargée d’organiser les débats électoraux, les derniers débats auront lieu le 29 septembre, le 15 octobre et le 22 octobre. Affaire à suivre.

Joe Biden, candidat démocrate à la présidence, à Pittsburgh, en Pennsylvanie, lundi. Photo Saul Loeb. AFP
Infographie l’Internaute

Empoisonnement d’Alexeï Navalny : retour aux méthodes soviétiques

L’unique opposant crédible de Vladimir Poutine – les autres étant considérés comme fantoches – a été empoisonné, et l’Etat Allemand en est certain. Alexeï Navalny est arrivé en Europe grâce à une ONG allemande le 22 août dernier. Dans le coma, son état permettait à peine qu’il prenne l’avion. Cependant aujourd’hui, grâce à des soins adéquats, il a repris conscience. Surtout, le laboratoire spécial de l’armée allemande a effectué des analyses pour déceler un possible empoisonnement.

« Nous en avons la preuve incontestable » a expliqué le porte-parole du gouvernement Steffen Seibert. D’après l’Allemagne, mais aussi la France et la Suède, un agent neurotoxique dénommé Novitchok a été administré à Navalny. Les soupçons se dirigent naturellement vers la Russie puisqu’elle est la seule à utiliser ce poison. La communauté internationale l’avait découvert lors de l’empoisonnement de l’agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni. Étonnamment, la Russie nie en bloc cette accusation. Moscou explique avoir fait ses propres analyses, qui n’ont pas décelé la présence du poison.

Cette affaire vient dégrader davantage les relations entre l’Europe et la Russie. Angela Merkel – à qui on reprochait jusque maintenant de laisser faire Vladimir Poutine ce qu’il voulait concernant ses opposants – souhaite une réponse « appropriée » de la part de l’Union Européenne et de l’Otan. La France est déjà « en lien étroit avec les autorités allemandes » d’après Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires Etrangères.

Cependant, l’Europe ira-t-elle jusqu’au bout de cette affaire ? La Russie est le principal fournisseur de gaz en Europe, il existe donc une dépendance énergétique en matière d’hydrocarbures. La Russie a aussi intérêt à ce que le commerce continue entre elle et l’UE. D’après le Ministère de l’Economie français, 45,5% de ses exportations sont à destination de l’Union en 2018, représentant 205 milliards de dollars par an. En outre, ni Moscou ni Bruxelles n’ont intérêt à ce que leurs relations diplomatiques ne se détériorent. En cela, il ne faut pas espérer que la Russie soit véritablement réprimandée pour ses exactions. On peut tout de même souligner le fait que l’Union monte rarement au créneau comme elle l’a fait ces derniers jours.

Alexeï Navalny en février, à Moscou. Photo Shamil Zhumatov. Reuters

Situation des Ouïghours : le début d’une réponse européenne

Alors que les Etats-Unis annoncent bloquer des produits issus du travail forcé des Ouïghours, minorité musulmane persécutée par le régime chinois, l’Union Européenne n’a pas eu de réponse aussi ferme.

Cependant, quelques réactions sont encourageantes en ce sens. Emmanuel Macron a adressé une lettre aux parlementaires français dans laquelle il considère « inacceptable » le traitement de la minorité. A l’avenir, nous verrons si cette prise de position se traduit en action concrète ou si elle tombera encore dans l’oubli. Par ailleurs, alors que le porte-parole du ministère des Affaires Etrangères chinois Zhao Lijian tente d’apaiser les relation sino-européennes dans l’objectif de pérenniser le commerce entre les deux entités, Angela Merkel et Giuseppe Conte n’ont pas reçu le ministre des Affaires Etrangères Wang Li lors de sa visite européenne fin août.

Au-delà des Ouïghours, Bruxelles n’hésite plus à critiquer la politique de répression menée par la Chine envers Hong Kong, ainsi qu’une « gestion discutable de la crise par Pékin. » Dans tous les cas, l’urgence de la situation au Xinjiang est indéniable, et pour l’instant il n’y a pas de réponse diplomatique qui permettrait de faire bouger les choses.

Lors d’un rassemblement de protestation contre la venue du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, à Berlin le 1er septembre.
Lors d’un rassemblement de protestation contre la venue du ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, à Berlin le 1er septembre. Photo Markus Schreiber. AP

Brexit : l’Union Européenne n’est pas au bout de ses peines

Le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union Européenne le 31 janvier 2020, ouvrant une période de transition d’un an. Mais voilà : nous sommes en septembre 2020, et l’accord de libre-échange entre les Vingt-Sept et la monarchie n’est pas encore ficelé. Le Premier ministre Boris Johnson a indiqué qu’un accord doit être trouvé d’ici le « Conseil européen du 15 octobre, si nous souhaitons qu’il soit effectif d’ici la fin de l’année. » Les sujets de tensions qui subsistent sont les zones de pêches et les conditions de concurrence équitable. En quelques mots, l’Union Européenne souhaite pouvoir accéder aux eaux territoriales de manière inchangée, alors que nos amis d’outre-manche aimeraient doubler leurs droits de pêche dans leurs eaux territoriales. Concernant la concurrence, l’UE souhaite conserver un accès privilégié aux Britanniques sur son marché intérieur, à la condition que le Royaume-Uni reste aligné sur les normes communautaires. Cela concerne par exemple les aides de l’Etat.

Cependant le gouvernement conservateur ne semble pas jouer le jeu : d’après le Financial Times, il aurait l’intention de présenter un projet de loi qui rendrait illégal un bon nombre des termes de l’accord du Brexit. Cela concernerait en premier lieu le domaine des subventions de l’Etat, et l’épineux sujet des douanes en Irlande du Nord. Une manœuvre de ce type compliquerait davantage des négociations déjà chaotiques, et relancerait le risque d’une sortie de l’UE sans accord de libre-échange.

Nous faisons donc face à deux problèmes, le premier est que l’Union et le Royaume-Uni risquent à nouveau le « no-deal », signifiant qu’il n’y aurait pas d’accord sur les droits de douanes, qui seraient donc très élevés. Le second problème est que le Royaume entend explicitement violer le droit international en ne respectant pas l’accord encadrant la sortie de l’UE le 31 janvier 2020. Les deux parties ont donc mis des années à trouver cet accord, pour qu’il soit piétiné avant même de faire effet. La situation est à suivre puisqu’elle devrait évoluer dans les semaines à venir.

Le Premier ministre britannique Boris Johnson face au député travailliste Ed Miliband lors du débat sur la loi du «marché intérieur» à la chambre des communes, le 14 septembre 2020, Londres. Photo AFP

Tensions en mer Égée : la Grèce et la Turquie ébranlent la sécurité régionale

Tout commence avec le lancement d’une campagne de prospection gazière menée par Ankara. La Grèce a dénoncé la présence du bateau de recherches, l’Oruç-Reis dans sa zone économique exclusive. Il était par ailleurs escorté par plusieurs bâtiments militaires. L’enjeu est conséquent, on estime qu’une réserve de 5800 milliards de mètres cubes de gaz naturel se trouve sous la mer Égée.

Voilà pour les faits. Ce contentieux maritime est en réalité ancien. Après l’effondrement de l’empire Ottoman, les frontières de la Turquie ont été redessinées. Les traités de Lausanne en 1923 et de Paris en 1947 rendent notamment à la Grèce les îles de Kastellorizo et celles du Dodécanèse. Le problème est que le pays d’Atatürk n’a jamais accepté cette perte de territoires, elle a d’ailleurs refusé de signer la convention de l’ONU sur le droit de la mer.

Jusqu’à aujourd’hui, plusieurs pays dont la Grèce accusent la Turquie d’expansionnisme. L’exemple le plus éloquent est celui de Chypre, que la Turquie a envahi en 1974. Trente-sept pour-cent de l’île est sous contrôle turque, mais aucun Etat n’a reconnu la République turque de Chypre du Nord à part la Turquie elle-même.

En réponse à la « confrontation » du président turque Recep Tayyip Erdogan, sept pays méditerranéens membres de l’Union Européenne ont menacé d’enclencher des sanctions si la Turquie « ne met pas un terme à ses activités unilatérales. » La Grèce a quant à elle décidé de renforcer son arsenal militaire en achetant 18 avions de chasse rafale, 4 frégates et 4 hélicoptères à l’entreprise d’armement française Dassault. Tout cela ne va pas dans le sens d’un dialogue apaisé entre la Grèce et la Turquie, mais pour qu’un tel dialogue ait lieu, la Turquie ne peut pas continuer à agir unilatéralement, comme si ses pays voisins n’existaient pas.

En Méditerranée orientale, le 25 août. Photo AP

Nazisme dans la police allemande : des cas isolés ?

Des cas de policiers allemands qui adhèrent aux théories nazies ont déjà été confirmés par le passé. Mais ce qu’à découvert la police du Länder de Rhénanie-du-Nord-Westphalie démontre que ce ne sont pas des cas isolés. Pas moins de trente policiers ont été suspendus après qu’on a découvert l’existence d’un groupe WhatsApp partageant des images d’Adolf Hitler. Des montages représentant des réfugié.es mis dans une chambre à gaz ont également été trouvés. « Ce n’est que la partie émergée de l’iceberg » d’après Tobias Singelnstein, criminologue à l’université de la Ruhr.

Le quotidien Tagesspiegel évoque pas moins de 170 policiers potentiellement adhérent.es à l’idéologie fasciste. Cette information a fait les gros titres du pays, bien que le problème soit déjà bien connu par la population. Il vient mettre un coup de grâce à celles et ceux qui estiment qu’il « ne faut pas généraliser » comme le ministre allemand de l’intérieur, Horst Seehofer. Des mesures disciplinaires « sans concession » ont été promises par Herbert Reul, ministre de l’Intérieur de la Rhénanie du Nord Westphalie. Pour l’instant, aucune condamnation pour apologie du nazisme n’a eu lieu au sein de la police allemande.

La découverte de ces policiers fascistes relève plus généralement d’une montée de l’extrémisme de droite dans le pays, et plus largement en Europe. Les scores du parti d’extrême droite AfD sont en évolution indéniable, dans un pays qui a déjà eu au pouvoir cette idéologie menant à la pire tragédie du XXe siècle, la Seconde Guerre Mondiale et notamment la Shoah. Le parti avait doublé son score à la dernière élection régionale en Thuringe en 2019. Ancienne région de la République Démocratique d’Allemagne, la Thuringe est devenu l’un des lieux où l’on vote le plus pour l’AfD. Le parti a atteint 24% des suffrages exprimés selon la télévision publique. Son leader dans la région, Björn Höcke, avait qualifié le mémorial de la Shoah à Berlin de « monument de la honte. »

Le 29 août, un homme tient une pancarte «Manifestez contre, et pas avec des nazis», à Berlin. Photo Christian Mang. Reuters

MARTIN NOËL

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