Bars, restaurants, discothèques… La désolation de tout un secteur à Lille

Nous ne voulons pas crever !” « Nous », ce sont les gérants et employés de bars, discothèques et restaurants de la métropole lilloise. Réunis mardi 29 septembre à 22h30 sur la Grand-Place de Lille, ils manifestaient contre les décisions gouvernementales concernant leur profession. Parmi les dernières annonces : la fermeture des bars à 22h pour lutter contre la propagation du Covid-19. Une solution jugée « contre-productive », « stigmatisante » et « agonisante » par les manifestants.

Au moins un demi-millier de restaurateurs, gérants de bar ou de boîte de nuit et autres professionnels du monde de la nuit étaient réunis ce mardi 29 septembre, sur la Grand-Place à Lille. Une mobilisation inédite pour un secteur qui n’a pas l’habitude de descendre dans la rue. Mais cette fois, face aux mesures sanitaires annoncées la semaine passée par le ministre de la Santé Olivier Véran face à la reprise de l’épidémie de coronavirus, la colère gronde. 

Surtout, l’inquiétude semble désormais s’être propagée sur tous les visages. En jeu : l’espoir de ne pas fermer totalement les restaurants et les bars si la situation épidémique empire, comme c’est le cas dans la métropole d’Aix-Marseille (Bouches-du-Rhône) et en Guadeloupe. 

« Contre-productif »

« Si les clients ne vont pas s’alcooliser dans les bars, ils le feront chez eux et dans de mauvaises conditions. Nous on peut apporter plus de sécurité sanitaire à ces soirées en imposant le port du masque et la distanciation réglementaire d’un mètre entre chaque table par exemple. » estiment Florent Raviart (employé du bar la Planque) et Antoine Belsarte (employé du bar Le quai des bananes).

Entre 500 et 600 personnes étaient réunis ce mardi sur la Grand-Place, à Lille. Photo : Faustine MAGNETTO

« Les métros sont bondés, les salles de classes à l’Université surchargées… mais ce sont uniquement les bars et discothèques que l’on pointent du doigt » dénonce une employée du bar l’Illustration. Elle reconnaît cependant que « certains bars et restaurants décrédibilisent la profession en ne respectant pas le protocole sanitaire et à cause de cette minorité, c’est l’ensemble des établissements qui sont fustigés. »

« Agonie »

« Le meilleur du chiffre d’affaire d’un bar se fait entre 22h et minuit. » explique Camille Muller, présidente du Collectif Culture Bar-Bars du Nord-Pas-de-Calais. A cause de la fermeture à 22h, Florent Raviart et Antoine Belsarte mesurent une perte de « 70 % à 80 % » du chiffre d’affaire des bars dans lesquels ils travaillent. Parallèlement, « Les aides de l’État et de nos assurances sont très insuffisantes. » selon Pierre Solak, propriétaire de L’Enigma’bar à Orchies et membre des organisateurs de la manifestation. Pierre Solak a ouvert il y a seulement un an son établissement. Pour survivre lors du confinement, l’État lui promet 1500€ par mois et la mairie d’Orchies lui octroie une aide financière de 600€. Toutefois, ses charges s’élèvent à environ 4500€ par mois. « Si la fermeture des bars à 22h perdure, je devrais fermer à la fin de l’année. »

L’incompréhension et la colère étaient les sentiments dominants lors du rassemblement. Photo : Faustine MAGNETTO

« On est à l’agonie » se désespère Guillaume Delbarre, le patron du bar Le Privilège, également organisateur du rassemblement. « Mais on essaie de travailler pour continuer à payer les salariés. » Florent Raviart (barman à la Planque) et Antoine Belsarte (barman au quai des bananes) confirment avoir peur de perdre leur emploi. Les salariés sont en effet les premiers concernés par le manque de trésorerie des bars et restaurants.

DES SOLUTIONS ?

Même si le chômage partiel à 100% a été prolongé par le gouvernement jusqu’au 31 décembre, la peur de la perte d’emploi persiste. Pas toujours salariés en CDI ou CDD, parfois précairement employés en tant qu’extras, ces hommes et ces femmes du monde de la nuit demeurent frustrés du sort qui leur est réservé. “Nos heures de travail sont déjà réduites à mort, notre bar a perdu environ 30% du chiffre d’affaires par rapport à l’an dernier. Je suis dégoûtée… “ confie, remontée, la barmaid d’un célèbre établissement lillois.

Guillaume DELBARRE, patron du bar « Le Privilège » dans le Vieux-Lille, était l’un des organisateurs de cette mobilisation.
Photo : Faustine MAGNETTO

« Avec la fermeture à 00h30, on arrivait encore à espérer redresser la situation de nos établissements. » selon Pierre Solak. « Il faut que l’État nous consulte » demande Camille Muller car « les décisions du gouvernements sont imprévisibles et n’apportent pas de solutions à long terme. » D’autant que les restrictions sanitaires concernant les bars et les restaurants pourraient être de nouveau alourdies ces prochains jours, la situation épidémique sur la métropole de Lille ne s’améliorant pas.

LUCILE COPPALLE et THÉODORE AZOUZE (avec EGLANTINE L’HARIDON, FAUSTINE MAGNETTO et REMI ENFON)

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