Le Survivor Tour de Marie Albert : marcher contre les violences sexistes et sexuelles

Marie Albert se présente à la fois comme journaliste, autrice féministe et aventurière. A 26 ans, elle a commencé le Survivor Tour, un tour de France à pied contre les violences sexistes et sexuelles. Elle est partie début juillet de Dunkerque (Nord) pour 3 mois et 1500 km à pied jusqu’à Lannion (Côtes d’Armor), où elle est arrivée le 30 septembre. Cube l’a rencontrée pour qu’elle nous en dise plus sur sa démarche.

Quel est l’objectif du Survivor Tour ?

Le but c’est de montrer qu’en tant que femme, je peux dormir dehors, dans la forêt, et ne pas être violée et assassinée, contrairement à ce que tout le monde dit. Le but c’est de prouver qu’on peut marcher seule quand on est une femme, qu’on peut se défendre. Certes il y a des agressions, mais pas plus qu’ailleurs, et même plutôt moins. Le Survivor Tour c’est également pour encourager toutes les femmes qui veulent voyager seules.

Et justement est-ce que vous avez eu le sentiment de vous être réapproprié l’espace public pendant de tour ?

Oui, c’est vraiment ça, même si j’avais déjà commencé à le faire avant. C’est très important en tant que femme d’occuper tous les endroits de l’espace public, y compris les chemins de randonnée, la forêt, les villes, etc… Dormir en bivouac sauvage c’est quelque chose d’assez rare pour une femme seule, même si je ne suis pas la première à le faire. Je trouvais ça important de dire « Non je n’ai pas peur, on peut le faire ».

Photo : Marie ALBERT

Le Survivor Tour c’est aussi une manière de recueillir des témoignages de victimes de violences sexistes et sexuelles, et de soutenir l’association Parler ?

Oui, j’ai recueilli sur les réseaux sociaux plusieurs témoignages de personnes qui ont vécu des violences sexistes et sexuelles. C’étaient des personnes qui n’en avaient peut-être jamais parlé, ou qui avaient peur de le diffuser, et tout à coup elles se sont dit que c’était la bonne occasion pour en parler. Ça ne va pas changer la société, mais c’est déjà un bon point pour libérer la parole. J’avais contacté plusieurs associations féministes, je me suis dit que le Survivor Tour allait peut-être engendrer de l’attention médiatique, donc autant diriger cette attention vers une association. L’ONG Parler, présidée par Sandrine Rousseau, a été d’accord pour que l’on fasse un partenariat et que je relaie leur cagnotte. L’association organise des groupes de parole entre personnes victimes de violences sexuelles, et a besoin d’argent pour louer des salles par exemple.

Vous revendiquez le terme de survivante, vous portez même un t-shirt avec cette inscription, quel est le message que vous voulez envoyer ?

Oui, là je ne l’ai pas mis parce qu’il fait froid, mais normalement je le porte tous les jours ! C’était un jeu de mots entre d’un côté être survivante de violences sexistes et sexuelles, comme à peu près toutes les femmes sur terre, et aussi survivante parce que comme je suis en bivouac je « survis » dans la forêt. Je me suis dit que j’étais en survie dans cette situation, mais qu’en fait je survivais déjà tous les jours aux violences sexistes et sexuelles, donc ce n’était pas la forêt qui me faisait peur.

Photo : Marie ALBERT

Vous associez la marche à un acte politique, pourquoi ?

Pour une femme, marcher seule dans l’espace public, c’est déjà politique ; puisque qu’on la renvoie toujours au fait que c’est une femme, que son corps ne lui appartient pas, que si elle est habillée de telle façon elle va être harcelée, que si elle n’est pas habillée de telle façon on va la harceler quand même. J’avais déjà fait le chemin de Compostelle avant, et je m’étais fait harcelée et agressée par plusieurs hommes. J’ai bien eu la preuve que marcher en étant une femme seule c’est politique, parce que ça dérange le système patriarcal, qui lui même est politique. Dormir seule dans la forêt c’est encore plus politique, parce qu’il y a l’idée qu’une femme n’est pas censée dormir seule. Paradoxalement, j’ai plus de chance d’être violée, assassinée par mon mari justement, que par un homme au fin fond de la forêt où il n’y a personne.

Le lieu de départ du tour était Dunkerque, et le lieu d’arrivée Lannion, est-ce qu’il y a une raison derrière le choix de ces deux endroits ?

Je suis parisienne, mais tout le monde croit que je viens de Dunkerque comme j’ai commencé là-bas. Le Survivor Tour c’est un tour de France, alors il fallait bien partir quelque part ! J’avais envie de commencer par des endroits qui me plaisaient et que je ne connaissais pas trop. Au début je devais arriver à Brest, mais j’ai fait ce que j’ai pu et j’ai décidé de m’arrêter à Lannion.

Comment vous sentez-vous alors que vous venez tout juste de finir le tour ?

Je me sens épuisée, très heureuse et fière, il y a tellement de gens que j’ai rencontrés. Le dernier mois a été très difficile, là je vais dormir pendant trois semaines !

L’été prochain, le Survivor Tour continue ?

Oui, ce qui est prévu c’est de repartir de Lannion l’été prochain, de faire encore 3 mois de marche, peut-être jusqu’en Vendée. Je trouverais ça bien de marcher avec d’autres personnes, pour que le chemin rassemble plusieurs survivantes. L’idée c’est aussi de continuer à parler du projet cet hiver, notamment dans mon podcast. Je parle du féminisme toute l’année, pas juste pendant que je marche. Pour moi je suis toujours en Survivor Tour.

Propos recueillis par CÉLIE CHAMOUX

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