Note internationale – octobre 2020

L’actualité internationale du mois d’octobre est chargée comme elle l’est rarement. Comme chaque mois, la Note Internationale n’est pas une revue exhaustive des évènements qui ont eu lieu dans le monde, mais seulement une sélection, entre les sujets incontournables et ceux dont on entend pas assez parler. Au menu de ce mois d’octobre, la réponse européenne face aux évènements au Bélarus, le nouveau gouvernement Belge et l’inévitable élection présidentielle américaine par exemple.

Répression au Bélarus : des sanctions européennes fortement limitées

Depuis le mois d’août, une partie de la population du Bélarus manifeste toutes les semaines contre la réélection jugée frauduleuse de l’actuel président Alexandre Loukachenko. Ces rassemblements hebdomadaires réunissent environ 100 000 personnes, ce qui est conséquent pour un pays qui ne compte que 9,5 millions d’habitants.

Ces manifestations sont durement réprimées par le régime considéré comme étant dictatorial. 700 personnes arrêtées en une seule journées, dont 40 journalistes. Le quart des personnes arrêtées dans la capitale Minsk doivent être emmenées à l’hôpital à la suite de leur interrogatoire. Le ministère de l’Intérieur menace désormais d’avoir recours aux balles réelles. En ce sens, l’Union Européenne a ce mois-ci décidé d’adopter des sanctions à l’égard du président. Il s’agit d’une « interdiction de voyager [dans l’UE] et un gel des avoirs » d’après le texte de la décision adopté par les Vingt-Sept. Cependant, il ne semble pas que ce type de décision puisse menacer le pouvoir de Loukachenko, lui-même ayant déjà été ajouté à la liste noire de l’UE en 2006 et 2011. Selon la rapporteuse spéciale de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans le pays Anaïs Marin, l’UE « a peu de moyens d’agir sur un pays qui n’est pas candidat à l’adhésion » avant d’ajouter que des sanctions économiques ne sont pas envisageables car elles « nuiraient aux intérêts de la population. »

Répression policière lors d’une manifestation contre la réélection de Loukachenko, ce dimanche à Minsk. Photo AP

Nouveau gouvernement belge : barrage contre la menace croissante des partis indépendantistes

La Belgique n’a pas eu de gouvernement pendant presque deux ans. Deux ans où les trois régions du pays, la Flandre, la Wallonie et Bruxelles ont disposé d’une marge de manœuvre supplémentaire en conséquence.

Avant toute chose, il faut comprendre la structure politique du pays. Ayant deux langues officielles avec une majorités de néerlandophones dans le nord et une majorité de francophones dans le sud, les deux régions disposes chacune d’un paysage politique qui leur est dévolu. En d’autres termes, il y a d’un coté les partis flamands qu’on ne peut élire qu’en Flandre, et les partis francophones, uniquement éligibles en Wallonie. A Bruxelles, c’est encore une autre histoire puisque peuvent être élus les partis des deux régions.

Maintenant que cela est expliqué, il faut les partis ayant eu le plus important nombre de voies forment une coalition afin d’obtenir la majorité des sièges au gouvernement. Lorsqu’un gouvernement perd sa majorité, il est destitué. Donc, cela faisait depuis 2018 que le précédent Premier ministre Charles Michels avait perdu sa majorité. En mai dernier, des élections législatives ont eu lieues, donnant naissance à un gouvernement en…octobre. Le dirigeant est le libéral flamand Alexander de Croo.

Pas moins de sept partis forment la coalition, allant du Parti Socialiste aux chrétiens-démocrates en passant par les partis écologiques des deux régions. Il apparait que la coalition ne serve qu’à faire barrage aux partis indépendantistes flamands, respectivement la NV-A, de droite, et le Vlaams Belang, parti d’extrême droite. En Belgique, un nombre croissant d’électeurs flamands souhaite devenir indépendant de la Wallonie, expliquant qu’ils n’ont que peu de choses à voir avec leurs voisins, en commençant par la langue.

Il apparait que la coalition semble, une fois de plus, fragile. Ce qui est sûr, c’est que le gouvernement a un travail conséquent à faire pour remobiliser les partisans de l’unité belge afin de maintenir la coalition et envisager de meilleurs augures en vue des prochaines élections en 2024.

Le libéral Alexander De Croo. Photo François Walschaerts. AFP

Election présidentielle américaine : le scrutin le plus important de l’histoire des Etats-Unis ?

C’est la dernière ligne droite avant le 3 novembre, date à laquelle tous les électeurs américains auront pu voter. Dans certains états comme en Floride ou au Texas, les électeurs ont d’ores et déjà pu s’exprimer, cela concerne 73 millions d’électeurs au 28 octobre d’après le US Elections Project. D’après ces chiffres, la participation serait exceptionnellement forte. Cela ne fait que confirmer la division en deux blocs du pays. D’un côté les pro-Trump, soucieux de leur portefeuille et des intérêts des Etats-Unis avant tout. D’un autre côté, les pro-Biden, alarmés par le racisme systémique démontré dans leur pays et par les ravages des politiques isolationnistes de Trump.

A quelques jours seulement du scrutin, Joe Biden domine toujours les sondages avec 52% d’intentions de vote, contre 44% pour Donald Trump. Rappelons qu’en 2016, date de la dernière présidentielle, l’écrasante majorité des sondages donnaient déjà Trump perdant. L’information est à prendre avec des pincettes en outre, même si les instituts de sondages affirment avoir amélioré leurs calculs.

Ce qui est certain, c’est que le président sortant va devoir défendre son bilan. Et son site de campagne défend davantage son bilan qu’il ne propose de programme. Côté réussites, on peut mentionner un allègement fiscal de 82% accordé à un certain nombre de familles de la classe moyenne, l’accroissement de 3% du PIB du pays ou encore le plus bas taux de chômage depuis 50ans. Cependant, le point noir du mandat du président est sa gestion de la pandémie du coronavirus. Le pays de l’oncle Sam est la nation la plus endeuillée du monde. Et Trump a joué un rôle dans cela. Il s’est d’abord montré sceptique à l’égard du masque, a toujours minimisé l’impact de ce virus. Après avoir eu lui-même besoin d’être en réanimation à la suite se son infection, il a martelé que la population vaincrait la maladie et qu’il ne fallait pas en avoir peur.

La fin de la campagne est rythmée par le dernier débat, cette fois plus calme et réfléchi que la débâcle du 29 septembre. Ont pu être évoqués la pandémie de Covid, l’économie, l’environnement et les tensions raciales notamment. Côté meetings, le président sortant a continué les rassemblements classiques, où la majorité des supporters n’avaient pas de masque. Biden quant à lui a stoppé ce type de réunion depuis le début de la pandémie. La quasi-intégralité de sa communication politique passe par internet.

Dans tous les cas, les jeux sont joués. Une vague d’inquiétude a cependant envahie le pays lorsque Trump a refusé d’affirmer qu’il était prêt à une passation de pouvoir pacifique en cas de défaite. Peut-être que cela n’a aucun lien, mais une nette augmentation des ventes d’armes a été observée ces dernières semaines. Cette campagne aura définitivement été unique, reste à voir ce qu’il advient le 3 novembre. Quelque chose se passe aux Etats-Unis.

Le Président américain Donald Trump et le candidat démocrate et ancien vice-président Joe Biden lors du dernier débat présidentiel à l’université de Belmont à Nashville, Tennessee, le 22 octobre 2020 Photo Chip Somodevilla. AFP

Avortement en Pologne : la mainmise du catholicisme extrême

En Pologne, en 2020, une femme n’a le droit d’avorter que s’il y a danger de mort pour la mère ou si la grossesse résulte d’un viol ou d’un inceste. Le droit à l’avortement était déjà fortement réduit depuis la prise de pouvoir du parti nationaliste ultra-catholique « Droit et justice » en 2015. Seulement, jusqu’à aujourd’hui les femmes dont le fœtus avait une malformation grave pouvaient pratiquer l’Interruption Volontaire de Grossesse. Cela a été rendu interdit mi-octobre par le Tribunal constitutionnel polonais.

En réaction, des milliers de polonais.es ont défilé plusieurs jours d’affilée contre cette mesure qualifiée de « guerre aux femmes » comme il est écrit sur de nombreuses pancartes des cortèges.

Cependant, il faut rappeler que cette quasi-interdiction de l’avortement était l’un des arguments phares de la campagne du PiS, parti au pouvoir. Une majorité des polonais est en outre à l’origine de cette restriction, le pays étant très solidement ancrée dans une culture catholique ultraconservatrice. La mesure sera donc difficilement annulable. Toutefois, un référendum est réclamé par les manifestant.es, à suivre.

Manifestation à Varsovie, samedi 24 octobre, contre l’interdiction quasi totale de l’avortement en Pologne. photo : Adam Stepien. Reuters

Conflit entre Arménie et Azerbaïdjan : l’ombre inquiétante de la Turquie

Comme nous l’avons développé le mois dernier, un conflit a éclaté entre les deux pays du Caucase dans la mesure où ils se battent le contrôle de la région du Haut-Karabakh. La Turquie, qui soutient Bakou, a pris la décision d’envoyer d’une part du matériel de soutien, et d’autre part… des djihadistes de Syrie. C’est d’abord Emmanuel Macron qui a annoncé avoir des renseignement à ce sujet lors du sommet européen de Bruxelles, ils seraient au moins 300.

Ce n’est pas la première fois que la Turquie fait cela, elle aurait envoyé plusieurs milliers de mercenaires pour participer au conflit en Lybie. Faisant fi de toutes les accusations dont elle fait l’objet, Erdogan a simplement rejeté les appels au cessez-le-feu, en affirmant que « les occupants arméniens doivent partir de ces terres pour qu’il y ait une solution. » Ankara semble faire cavalier seul ces dernières années, entre expansionnisme à Chypre et en mer d’Egée, et volonté de leadership en Syrie et en Lybie. Par ailleurs, elle critique vivement l’ensemble de la communauté internationale pour ne pas avoir trouvé de résolution au conflit entre Arménie et Azerbaïdjan depuis trente-deux ans.

Cette forte aide de la Turquie envers l’Azerbaïdjan est notamment liée à l’accord militaire signé entre les deux pays en 2010. Il a pour rôle de moderniser l’armée Azérie, et il se pourrait que la Turquie lui ait fourni des drones TB2 turques, selon Sinan Ülgen, ancien diplomate. Cet aéronef sert notamment à réprimer le combat à l’indépendance des Kurdes du parti PKK en Irak. Ce type d’armement, très moderne, ne faisait pas partie de l’arsenal turque il y a quelques années, prouvant une volonté de s’armer davantage. Cela va dans le sens de sa tentative d’avoir le leadership au Moyen-Orient, délaissé par les Etats-Unis depuis l’élection de Donald Trump en 2016.

L’armée arménienne, Karen Minasyan, RFE/RL.

Sources : Libération, L’Internaute, BFM TV

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