Le harcèlement scolaire : un engrenage mortel qui touche un.e élève sur trois

Le jeudi 5 novembre dernier marquait en France la sixième journée nationale de lutte contre le harcèlement à l’école. Pour cette journée, CUBE fait le bilan sur la situation actuelle du harcèlement scolaire en France et sur les outils qui sont dédiés à sa lutte.

1 élève sur 3 victime de harcèlement scolaire

700 000 : c’est le nombre de victimes de harcèlement scolaire en France. Les moqueries, les bousculades, les coups, les menaces, les insultes, les humiliations et encore bien d’autres agissements, tout cela fait partie du harcèlement, tout cela, ce sont des milliers d’enfants et d’adolescent.e.s qui le vivent chaque année de la part de leurs enseignant.e.s et des autres élèves.

Le harcèlement scolaire si répandu mais si peu détecté, emprisonne ses victimes dans un isolement total, loin de tout et de tout le monde. Cet engrenage caractérisé par “l’effet boule de neige” – une insulte en amène une autre, un.e harceleur.euse en influence un.e autre – a des conséquences multiples et dramatiques sur les victimes.

A lire aussi : Survivant.e.s du harcèlement scolaire : des séquelles marquées à l’indélébile

Quels moyens pour lutter contre le harcèlement scolaire ?

La lutte contre le harcèlement scolaire, Emmanuel Macron l’a annoncé comme étant une grande cause de son quinquennat, sur le site du gouvernement, l’objectif est clair : “il s’agit de faire disparaître des écoles et établissements les phénomènes de harcèlement.” Coup d’oeil sur les moyens mis en place pour lutter contre le harcèlement scolaire.

Au quotidien, un numéro d’alerte existe : le numéro vert 3020. Créé par le Ministère de l’Éducation Nationale dans le cadre de la campagne Non au Harcèlement, ce numéro gratuit permet de signaler des cas de harcèlement, de recevoir de l’aide et d’être orienté.e dans ses démarches.

Au niveau des établissements, plusieurs dispositifs sont mis en place pour pouvoir encadrer le plus de situations possibles et de la manière la plus pertinente.

Côté élèves, des référent.e.s et des ambassadeurs.drices existent. Leur but ? Impliquer les élèves dans cette lutte et permettre divers cadres de discussions qui mettraient plus à l’aise l’élève qui aurait peur de parler à un.e adulte.

Pour encadrer tout cela, des ressources pédagogiques existent aussi telles que les plans de prévention créés par le Ministère de l’Éducation Nationale et qui sont appliqués dans chaque établissement par son équipe pédagogique. Au niveau académique cette fois-ci, il existe un.e référent.e harcèlement dont le rôle est expliqué par Lucie Pitiot, référente harcèlement de l’académie de Strasbourg au sein d’une vidéo réalisée dans le cadre du dispositif Non au Harcèlement que vous pouvez retrouver ici

Parmi les 5 000  référent.e.s & 3 420 ambassadeurs.drices harcèlement dans des lycées, j’ai pu discuter avec Leslia Pichereau, ambassadrice harcèlement au sein du Lycée Jehan de Beauce à Chartres (28).

Lycéenne de 19 ans en terminale, Leslia est ambassadrice contre le harcèlement depuis plus d’un an. Pour elle, cette Journée Nationale de Lutte Contre le Harcèlement est “utile et importante”, elle m’en détaille notamment les intérêts multiples en abordant tout d’abord la prévention qu’il est possible de faire grâce à cette journée avec comme mantra l’information “parce que être plus informé sur un sujet c’est mieux le maîtriser et donc mieux gérer et savoir comment agir.”

« Cette journée peut aussi permettre aux harceleurs de se rendre compte de ce qu’ils infligent aux autres et aux harcelés de se rendre compte qu’ils peuvent et ont le droit de demander de l’aide sans avoir peur et de se sentir plus soutenus. »

Leslia Pichereau, ambassadrice contre le harcèlement à propos de la Journée Nationale de Lutte Contre le Harcèlement Scolaire.

Son rôle d’ambassadrice contre le harcèlement, Leslia l’explique comme un rôle de prévention et d’accompagnement avant tout, de soutien et de solidarité : “mon rôle est de sensibiliser le public sur le harcèlement, d’expliquer ce que c’est et comment agir face à une situation de harcèlement.” Jusqu’à maintenant, Leslia et les autres ambassadeurs.drices de son lycée n’ont pas eu à intervenir dans une affaire de harcèlement, mais au cas où cela arriverait un jour, elle connaît la marche à suivre sur le bout des doigts grâce à une formation qui lui a été dispensé l’année dernière pour prendre ce poste d’ambassadrice. 

En cas de suspicion de harcèlement, c’est la Conseillère Principale d’Éducation que Leslia prévient en premier : “on lui en parle directement et c’est elle qui gère, si elle a besoin de nous elle nous préviendra”. À nouveau, Leslia me parle de l’accompagnement des victimes comme étant son principal rôle au vu des dangers de l’isolement des victimes de harcèlement scolaire : “on essaie de la soutenir au maximum et de ne pas la laisser toute seule, lui dire qu’il faut qu’elle en parle à un proche, des amis, des personnes qui travaillent au sein du lycée.

“Tout le monde devrait savoir ce qu’est le harcèlement et comment agir, sans mettre la personne en danger et sans se mettre en danger, quand il y a une situation de harcèlement”

Leslia, ambassadrice contre le harcèlement au lycée Jehan de Beauce à Chartres (28)

Hormis son rôle d’ambassadrice, j’interroge Leslia sur les diverses mesures et outils qui seraient utiles à ses yeux dans la lutte contre le harcèlement : à l’échelle de son lycée, elle envisage avec les autres ambassadeurs.drices de mettre en place une boîte aux lettres dans l’infirmerie scolaire “qui permettrait à qui le veut de parler de son expérience, de demander de l’aide, de se libérer” afin de faciliter la prise de parole car, elle en a conscience, “c’est très compliqué de parler de son harcèlement quand on est dedans.” Autrement, Leslia souhaiterait qu’un énorme effort de sensibilisation soit fait, que ce soit dans son lycée mais aussi à l’échelle nationale. Elle voit notamment en les campagnes de sensibilisation un bon moyen de “faire prendre conscience de la gravité des actes ou paroles de harcèlement”, raison pour laquelle elle aimerait qu’il en soit fait davantage et qu’elle fassent surtout participer un plus grand nombre de personnes.

Port de l’uniforme, interdiction des téléphones portables dans tous les établissements scolaires : des mesures qui font débat

À chaque fois qu’un cas de harcèlement scolaire est évoqué, que ce soit dans les médias ou dans les établissements, les mêmes mesures retournent en discussion sur la place publique : faut-il mettre en place le port de l’uniforme pour réduire les discriminations sociales ? Faut-il interdire les téléphones portables dans tous les établissements scolaires pour éviter les cas de harcèlement ainsi que le cyberharcèlement ? Leslia n’a pas d’avis tranché sur la question de l’uniforme, il y aurait des aspects positifs et des aspects négatifs à cette mesure qui ne lui permettent pas de se positionner. Quant à l’interdiction des téléphones portables dans tous les établissements scolaires et même au lycée, elle ne trouverait pas vraiment cela utile, d’autant que cette mesure serait sûrement mal accueillie de la part des lycéen.ne.s.

Collectifs & associations : le passé de victime mis à l’œuvre pour en éviter d’autres

« De part ce que j’ai vécu j’essaie aussi d’apporter mon aide à qui en a besoin et à qui veut bien la prendre, parce que c’est ce que m’a appris cette période, qu’il n’y a rien de plus important que d’écouter quelqu’un qui en a besoin. »

Magali, survivante de harcèlement scolaire.

La volonté d’aider, de prendre part à la lutte contre le harcèlement, de faire en sorte qu’un jour, il soit possible d’affirmer qu’il n’y a plus une seule victime de harcèlement, c’est la volonté de plusieurs survivant.e.s de harcèlement scolaire.

Certain.e.s intègrent alors des cadres de discussion au sein de l’établissement afin de prendre part à la construction du cadre de vie safe de l’établissement : le Conseil de Vie Lycéenne ou Collégienne ou encore la Maison des Lycéen.ne.s, tant de cadres existant dans chaque établissement scolaire qui jouent un rôle dans l’environnement social de celui-ci et qui sont ouverts à la participation des élèves ayant la volonté de s’impliquer.

Pour d’autres, comme Hugo Martinez, président et fondateur de l’association Hugo!, c’est par la voie associative qu’il a décidé de passer afin d’agir sur le harcèlement. Sensibilisation, accompagnement, formation et action : tels sont les champs d’actions de son association.

Harcèlement scolaire : l’engrenage mortel

Aujourd’hui pourtant, toutes les anciennes victimes de harcèlement scolaire ne sont plus là pour en parler, plus là pour sensibiliser, plus là pour soutenir les victimes. Il y a parmi ces victimes de harcèlement scolaire, des victimes que l’on ne peut pas appeler survivant.e. Il y a parmi ces victimes de harcèlement scolaire, des victimes qui ont succombé sous le poids de la violence quotidienne. Evaëlle, 11 ans, s’est suicidée chez elle le 21 juin 2019. Thybault, 12 ans, s’est donné la mort le 20 novembre 2018. Marion Fraisse, 13 ans, s’est pendue chez elle le 13 février 2013.

Des jeunes enfants, des petit.e.s adolescente.e.s, il y en a des centaines qui nous quittent chaque année car ils ne peuvent plus supporter l’enfer scolaire. Face à ces drames, le deuil des familles est impossible, l’épuisement est total, la reconstruction inenvisageable.

Pour Nora Fraisse, la maman de Marion Fraisse qui s’est suicidée le 13 février 2013 alors qu’elle avait 13 ans, la voie de la reconstruction a été l’expression, la médiatisation, la connaissance du drame qu’avait subi sa fille.

Ce combat pour la reconnaissance des victimes et pour la fin du harcèlement scolaire, Nora Fraisse le mène via l’association qu’elle a créé Marion la main tendue, présidée par le père de Marion : David Fraisse.

Interventions en milieu scolaire, concours Marion qui récompense des projets dédiés à la lutte contre le harcèlement scolaire, interventions médiatiques, rencontres avec des victimes et des survivant.e.s : l’association des parents de Marion est là pour aider, aider à se reconstruire après du harcèlement scolaire mais aussi aider à faire en sorte qu’il n’en existe plus.

Écrivaine, Nora Fraisse a notamment choisi la langue de Molière pour faire connaître le harcèlement scolaire qui a emporté Marion : à retrouver dans son son premier livre Marion, 13 ans pour toujours publié par Calmann-Levy en 2015. Par la suite, la maman de Marion a poursuit son chemin dédié à la lutte contre le harcèlement pour publier  Stop au harcèlement, toujours chez Calmann-Levy en 2015 qui est quant à lui « le guide pour combattre les violences à l’école et sur les réseaux sociaux. »

LOÏS HAMARD

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