Rencontre avec Jonathan Bertin : « Je suis devenu le photographe que j’aurais aimé connaître »

Casquette vissée sur la tête et appareil photo dans les mains, le photographe Jonathan Bertin affiche un large sourire lorsque je le retrouve devant la brasserie l’Europe, dans la rue commerçante de Bayeux. Une petite ville normande au « grand charme », avoue-t-il. Pourtant, Jonathan en a vu, du pays. Du haut de ses 24 ans, il traverse le globe pour immortaliser son temps. Ses photos, postées sur les réseaux sociaux, lui ont permis de gagner en popularité tout en faisant rêver. Son compte Instagram compte aujourd’hui plus de 100 000 abonnés et il a notamment collaboré avec Møme et Petit Biscuit, célèbres musiciens et compositeurs de la scène électronique française. Autour d’une pinte, nous avons discuté voyage, photographie, et de son parcours. Autrement dit, de sa vie.

Note de la rédaction : Cet article a été réalisé avant les restrictions sanitaires gouvernementales datées du 28/10

Jonathan Bertin (gauche) accompagné de Charles Schiele, vidéaste (Photo : © Paul Nölp )

Comment es-tu devenu photographe ?

Au lycée, je voulais devenir ingénieur en électronique. En parallèle de mon baccalauréat scientifique, je passais beaucoup de temps sur Twitter. J’avais un compte sur lequel je faisais des blagues. C’est devenu mon premier point d’attache avec les réseaux sociaux.

Ma passion pour la photo est arrivée quand j’avais 16-17 ans. J’en avais déjà une pour le high-tech, le son et les nouvelles technologies. Après le bac, j’ai intégré un BTS photo au Havre au lycée Saint-Vincent-de-Paul. Pendant deux ans, j’ai baigné dans le domaine de la photo en étudiant tous ses aspects, que ce soit le marketing, le droit, la retouche, l’artistique ou la culture. Ça m’a permis d’acquérir une base solide. Ensuite, j’ai voulu faire les Gobelins (prestigieuse école basée à Paris formant, entre autres, aux métiers de la photographie ndlr) mais j’ai échoué deux fois.

A ce moment-là, tu ne te décourages pas ?

Pas du tout. Je décide d’organiser un premier voyage en Espagne avec des potes. On avait récolté un peu d’argent pour pouvoir se payer du matériel. Là-bas, je découvre la photo de voyage et je me dis : « c’est ce que je veux faire de ma vie ».

Juste après, je me lance en tant qu’auto-entrepreneur. Je gagne un peu moins du Smic. Mais comme je continue à vivre chez mes parents à Rouen, c’est suffisant. Je prenais des photos de mariage, d’enterrements de vie de jeune fille ou de produits marketing avec un seul but en tête : gagner de l’argent pour pouvoir repartir en voyage.

« J’étais en Californie avec Møme (…), à Coachella avec Petit Biscuit »

Photo : © Jonathan Bertin

Puis tout s’est accéléré…

Je suis parti pendant l’été 2017 grâce à un jeu concours organisé par la marque Fatboy qui produit des poufs gonflables. Ils nous offraient un petit salaire et un van avec lequel on pouvait circuler où on voulait. Pendant un mois, on a parcouru l’Espagne, l’Italie, la Suisse ou encore la Slovénie. De temps en temps, on réservait un camping parce qu’à 4 dans un van, on était un peu serrés (rires).

J’ai commencé à gagner en visibilité. J’étais plus mature, plus à l’aise dans mes images. Sur Twitter, elles sont devenues virales.

À ce moment-là, tout s’enchaîne. Fin 2017, je pars en Islande avec des potes. J’y passe le Nouvel An et, artistiquement, c’est une confirmation. En seulement deux ans, je suis parti plus de 25 fois à l’étranger en passant par Hong Kong jusqu’à New York.

J’étais en tournée en Californie avec Møme, que j’ai rencontré lors d’un concert de Petit Biscuit. Il a une approche du voyage très cool. Quand il est parti faire son road trip en Australie dans son van, le son Aloha faisait le buzz en France. La même année, je suis allé à Coachella avec Petit Biscuit. J’ai d’ailleurs eu la chance de réaliser toutes les photos, dont la couverture d’album de son deuxième album « Parachute ». Ce projet, c’est un rêve qui se réalise !

« On a pour mission de susciter la curiosité »

Malgré tous ces voyages, tu restes très accessible et proche de ta communauté.

Tout à l’heure, des jeunes filles m’ont reconnu et leur mère m’a dit « on adore ce que tu fais, tu fais partie de la famille ». La proximité est ce qui rend le métier attachant. Quand j’étais jeune, je voyais des belles photos sans pouvoir pour autant contacter les photographes. Il me manquait quelqu’un qui m’accompagne. Or, on a pour mission de susciter la curiosité. J’aime transmettre et permettre aux personnes de s’évader. Je suis devenu le photographe que j’aurais aimé connaître à mes débuts.

Photo : © Jonathan Bertin

Pour renforcer cette proximité, tu t’es mis à l’audiovisuel en créant ta chaîne YouTube. Comment tu arrives à gérer tous tes projets ?

J’ai lancé ma chaine YouTube mi-2019. C’est un énorme défi pour moi car faire de la photo et alimenter Instagram représente beaucoup de travail. C’est très compliqué. Souvent, j’ai quelqu’un qui m’accompagne et m’aide.

La post-production et la retouche me prennent aussi beaucoup de temps. Surtout aujourd’hui, l’editing sur Insta devient assez uniforme. Il faut éviter de tomber dans cette machine et trouver son identité. J’ai bien sûr mis du temps avant de gagner en maturité.

Dans ton métier, tu allies photographie et voyage, qu’est-ce qui te plait tant dans le mélange des deux ?

La photographie est pour moi indissociable du voyage et de la découverte. Elle nécessite une évolution constante et une recherche, une curiosité permanente. Dans le voyage, tu confrontes ton regard à un monde nouveau. Cet inconnu s’entremêle avec un bagage artistique, un vécu, une personnalité.

Je ressens le besoin d’exprimer ce que je vois et ce que je ressens par mes images. L’appareil photo déculpe mes sensations. Je peux entrer dans une sorte de « transe » en restant au même endroit pendant des heures. Ce choc avec l’inconnu me fascine profondément.

Quand tu prends une photo, tu la recherches ou elle s’impose à toi ?

Tout dépend de la situation. Je peux déjà avoir une composition en tête avec, par exemple, un porche, une lumière spécifique, etc. Ou alors j’attends qu’une action spécifique se déroule. Le meilleur exemple est la street photographie. Je me retrouve face à une action spontanée, dans le métro par exemple, et bim je prends la photo. J’essaye de rester discret pour garder l’authenticité de l’instant. Je fais comme si je n’existais pas.

Quand je photographie une scène, c’est parce qu’il existe quelque chose qui me touche. Un univers ou un moment que je trouve beau et authentique.

Photo : © Jonathan Bertin

Tu as des projets à venir ?

J’ai un très gros projet mais il reste confidentiel pour le moment. Enfin, tout dépend de quand sort ton interview… (rire). Avec la pandémie, vu que je ne pouvais plus voyager, j’ai eu envie d’organiser un projet qui me tient à cœur depuis longtemps. Ce que j’aime, c’est trouver toujours de nouveaux projets et de nouvelles façons de créer. Ce métier est un juste milieu entre une passion pour l’image, la communication, le digital et l’aventure. Et ce projet mélange vraiment tout. Je vais encore réaliser un de mes rêves. Je communiquerai dessus dès novembre !

Propos recueillis par PAUL NÖLP (à Bayeux)

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