Bouquinistes de la Vieille Bourse : un cadre spécial pour un métier agréable – (1/2)

Un second confinement pour les Français, et des polémiques télévisées. Voilà que la question de la nécessité de la culture se pose face à la maladie. En mars 2020, Marie-Pascale Dubois, bouquiniste à la Vieille Bourse de Lille, avait parlé à CUBE de son métier. Avec ses 37 ans d’ancienneté, son histoire est entremêlée à celle du lieu.

Marie-Pascale Dubois, bouquiniste depuis plus de 37 ans à la Vieille Bourse. (Photo : Elisa LENGLART-LECONTE)

Une poignée d’heures avant ce qui allait être notre premier confinement. Nous avons rencontré Marie-Pascale Dubois, afin de découvrir un lieu et un travail si particuliers. Seule femme bouquiniste actuellement à la Vieille Bourse, elle en est aussi la pionnière. À 62 ans, elle a vu naître cet oasis de culture et de littérature il y a 37 ans. Elle se fait, un peu par défaut, la porte-parole du groupe, et nous parle à la fois de son métier et du lieu.

UNE ARCHITECTURE CHARGÉE D’HISTOIRE

Sans vouloir résumer sa page Wikipédia, l’évolution et l’histoire de ce lieu central du paysage architectural lillois méritent qu’on l’introduise comme il se doit. Imaginée par Julien Destrée et finie en 1653, la Vieille Bourse se situe à un endroit stratégique de la ville. Pour construire cet édifice typiquement flamand, l’architecte s’est en partie inspiré des traditions de la Renaissance italienne.

Classée monument historique pour la première fois en 1921, la Vieille Bourse est devenue, en l’espace de deux décennies, un incontournable de la ville. Qu’on y réside à l’année, ou qu’on soit juste de passage.

En nous racontant l’histoire du lieu, Marie-Pascale se remémore ses années passées, nous offrant des détails supplémentaires sur son arrivée et son adaptation dans ces murs centenaires. « En trente-sept ans, j’ai eu le temps de voir des évolutions ici. Au début c’était dur parce que le marché commençait à peine, il fallait trouver les moyens de faire venir les gens, ça a mis pas mal de temps à démarrer. A l’époque l’endroit n’était pas très connu et dans les années 1980, Lille n’était à vrai dire pas du touristique. »

La façade principale, côté grand Place. (Photo : Elisa LENGLART-LECONTE)

Ouverte presque uniquement l’après-midi, la Vieille Bourse protège et met en valeur le livre dans un cadre exceptionnel depuis 1982. La liste est déjà longue pour ceux qui veulent avoir le privilège de commercer dans ce havre de paix.

De nos jours, seuls les bouquinistes investissent les lieux. Mais il ne faut pas oublier que d’autres personnes ont également fait partie de l’aventure. À certaines périodes de l’année, les joueurs d’échecs ou les couples danseurs de tango profitaient respectueusement de l’édifice. « Il y avait aussi des fleuristes avec qui on partageait l’enceinte, c’est comme ça que le marché est né. Ils étaient sur la Grand Place, et quand les grands travaux de celle-ci ont commencé en 1982, ils ont pensé à l’endroit ».

« Il ne faut pas oublier les autres personnes qui ont fait partie de l’aventure de la Vieille Bourse. »

Marie-Pascale Dubois, bouquiniste de la Vieille Bourse

C’est dans ce lieu unique que prend place une activité encombrante. Dans chaque coin de l’édifice, plusieurs bouquinistes ont chacun des centaines de livres à faire découvrir. Livres pour enfants, romans, journaux anciens, affiches de films, cartes postales d’époque ou encyclopédies aux reliures incertaines… Il y en a pour tous les goûts, et pour toutes les bourses. Aux yeux patients et curieux s’offrent même quelques perles d’histoire.

Photos : Elisa LENGLART-LECONTE

On peut se demander comment et pourquoi se retrouve-t-on bouquiniste dans un lieu si atypique. « J’aimais les livres et comme mon métier d’ingénieur ne me plaisait pas : j’ai bifurqué. », résume Marie-Pascale Dubois. Contrairement à l’emplacement situé à l’opposé du sien et ses ouvrages scientifiques, la bouquiniste s’est spécialisée dans les lectures plus légères : « j’aime beaucoup tout ce qui est science-fiction, les comics, les Marvel. »

Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Vient ensuite la question du ravitaillement. Marie-Pascale se fournit essentiellement chez des particuliers, quand ce ne sont pas ces derniers qui amènent des sacs entiers de livres pour renouveler son stock. « Les gens qui font de la place dans leurs bibliothèques, les vide-greniers, les brocantes » ce ne serait pas ce qui manque. Une fois les ouvrages installés sur le stand, il y a autant de touristes que de chineurs qui viennent rechercher une référence précise, que ce soit de la SF ou bien du roman.

L’emplacement de Marie-Pascale, spécialisée en SF (Photo : Elisa LENGLART-LECONTE)

Assez pragmatique, la patronne des lieux nous explique qu’« ici, ça fonctionne comme une place de marché. On paye un emplacement au mois auprès de la mairie. […] Cela arrange les élus qu’on soit là pour gérer le lieu. On vit quasiment en autonomie. On s’occupe de tout nous-même. S’il y a des problèmes d’architecture ou des pierres qui se décrochent on leur signale. On ouvre et on ferme nous-même. »


Une économie de la culture en crise

Déjà en mars 2020, la matriarche de la Vieille Bourse mettait en lumière le décalage croissant entre la vente littéraire en ligne et le commerce physique. « C’est le monde qui change. Avec Internet, ce n’est plus du tout la même chose. Rien n’y est réellement déclaré. Il y a des tas de personnes qui font notre métier sans être déclarés. Ça reste un problème ».

Aujourd’hui plus encore qu’avant, le sujet tabou qu’est l’économie de la culture revient sur le devant de la scène médiatique. Alors que la Covid-19 impose un second confinement en France, les ministres de la Culture de l’ensemble des pays du G20 tentent désespérément de soutenir le secteur en ce mois de novembre. Le tout, à l’aune d’une crise économique qui pourrait frapper à nouveau le milieu.

« Avec Internet, des tas de personnes font notre métier sans être déclarés »

Marie-Pascale Dubois
(Photos : Elisa LENGLART-LECONTE)
Certains objets insolites et autres babioles peuvent être aperçus au cœur de la Vieille Bourse.


Alors, quelles répercussions pour les bouquinistes et leur commerce, qui était sur la voie du péril il y a déjà 9 mois ? Après avoir été contrainte de fermer ses portes au public en mars 2020, la Vieille Bourse avait réouvert le 29 mai, pour le plus grand plaisir des lillois. Malheureusement, masques bleus et gel hydroalcoolique n’ont pas été suffisants pour empêcher la seconde vague. En novembre, la Vieille Bourse se retrouve de nouveau fermée au public. Et comme leurs collègues libraires, les bouquinistes se retrouvent une seconde fois écartés de l’exercice de la culture.

REMI ENFON (avec Elisa LENGLART-LECONTE)

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