Bouquinistes de la Vieille Bourse : un cadre spécial pour un métier agréable – (2/2)

Si écrire c’est oublier, lire serait-ce un peu ignorer ? Dans ce deuxième et dernier épisode, Marie-Pascale Dubois conclue en pointant les aspects améliorables de son métier. Elle ne perd néanmoins pas de vue le côté agréable de son activité, elle met d’ailleurs l’accent sur sa longévité.


Rester attentif…

La bouquiniste appuie à la fin de notre conversation les aspects qu’il est important de respecter dans ces lieux. « On aimerait que ça reste un endroit calme, et que les gens qui ne font que traverser nous prennent un peu plus en considération. » En effet, encore trop nombreuses sont les personnes qui ne font que passer, qui regardent à peine, qui dérangent les étalages soit par leur présence sonore, soit en déplaçant constamment et physiquement les livres. Avec ce problème, il faut aussi prendre en compte les conditions météorologiques assez spécifiques à Lille et dans le nord de la France. « Le plus embêtant, c’est quand il bruine. Donc forcément, avec ces conditions, c’est pas ici qu’il faut mettre du trop beau livre » admet-elle en toute honnêteté.

L’atmosphère sombre sous les galeries latérales ne gâche pas le plaisir que l’on ressent à découvrir ce lieu – Photo : Elisa LENGLART-LECONTE

Enfin, c’est principalement pour des raisons économiques liées au prix de l’immobilier à Lille – et dans les grandes villes d’une manière générale – que Marie-Pascale et ses collègues masculins n’ouvrent pas de librairies, ou de boutiques.

« Les loyers sont beaucoup trop chers à Lille, c’est un gros problème. Ici à la vieille bourse on paye son emplacement 175€ au mois, sachant qu’on est dehors et qu’on peut avoir des périodes sans voir personne. On est indexés sur les tarifs des halles et marchés, donc ce prix n’a cessé d’augmenter durant les trente dernières années. Des gens peuvent se dire que c’est rien du tout mais même avec un prix à 175€ on a du mal, honnêtement. »


Les étalages sont sans cesse renouvelés. Que ce soit sur des grandes tables, dans des box, ou empilés sur des étagères de fortune : tous les livres trouvent une place dans cet endroit magique. (Photos : Elisa LENGLART-LECONTE)

…pour savoir apprécier l’agréabilité du métier

La liste d’attente est longue pour ceux qui veulent faire partie de ce cercle fermé des bouquinistes de la Vieille Bourse. Marie-Pascale Dubois, derrière une voix apaisante et des conseils littéraires assurés, nous prouve que les livres et la culture méritent de nos jours une place plus importante dans la société. Le cadre rend agréable l’exercice et la juste appréciation d’un travail si particulier. Chaque librairie mériterait un emplacement aussi impérieux et un cadre aussi privilégié que celui des bouquinistes de la Vieille Bourse située en plein cœur du centre historique de la ville.

 » Je n’ai pas trop envie de prendre ma retraite pour l’instant. Après toutes ces années, c’est toujours un métier et un cadre agréables pour travailler.« 

(Photo : Elisa LENGLART-LECONTE)

Nous avons repris contact avec Marie-Pascale Dubois en cette mi-novembre d’un second confinement afin de comprendre son état d’esprit. L’hiver est moins facile à supporter que la période du premier confinement même si l’on peut apercevoir bien plus de personnes dans les rues. Pour la Vieille Bourse il y a de bonnes et de mauvaises années, celle-ci est « catastrophique » nous confie Marie-Pascale qui admet également comprendre la fermeture du lieu pour des raisons sanitaires.

Cette activité est ma seule source de revenus mais grâce au fond de solidarité je ne me plains pas par rapport à des collègues qui sont dans des situations bien plus graves.

Pour finir, Marie-Pascale conseille de manière logique des privilégier les commerçants indépendants et les professionnels si l’on souhaite acheter des livres, qu’ils soient neufs ou d’occasion. Elle assure même d’ailleurs que Lille et sa région ne manque pas de genre de commerces.

J’espère que les lecteurs reviendront encore plus nombreux qu’ils ne l’étaient avant le premier ou le deuxième confinement.

« Écrire, c’est oublier. La littérature est encore la manière la plus agréable d’ignorer la vie. » Fernando Pessoa (« Le livre de l’intranquillité. » 1982)

En 1982, l’auteur portugais Fernando Pessoa publie à titre posthume ce recueil de pensées éparses. La même année, Marie-Pascale Dubois débute son activité comme bouquiniste à la Vieille Bourse de Lille ; ne se doutant pas que les mots de cette phrase si lointaine impacterait autant notre quotidien, notre culture, notre économie, notre moral, nos modèles de sociétés. Face à une pandémie mondiale, face à une épreuve humaine difficilement contrôlable, l’amnésie assistée de littérature(s) mériterait que l’on se rende une ultime fois dans cette Vieille Bourse.


REMI ENFON (avec Elisa LENGLART-LECONTE)

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