Note internationale – novembre 2020

Le mois de novembre est ponctué par l’incontournable élection présidentielle américaine, où de nombreux retentissements ont fait retenir le souffle de millions de personnes à travers le monde. L’annonce du test massif des habitants de Slovaquie comme un nouvel espoir de contenir la pandémie de Covid-19 ainsi que la guerre actuelle en Ethiopie sont des exemples de l’actualité mouvementée de ce mois de novembre.

Test massif de la population en Slovaquie : des résultats en demi-teinte

Le concept est simple et pourtant pourrait tout changer dans la gestion de la pandémie du Covid-19 : tester plus de la moitié de la population d’un pays en une journée pour déceler d’un coup les cas positifs. Sur les 5,5 millions de Slovaques, 3,6 millions ont été testés le samedi 31 octobre et dimanche premier novembre.

Faire cela revient à s’assurer qu’une grande partie des personnes infectées puissent être isolées d’un seul coup, et de facto faire baisser la courbe des contaminations. Côté résultats : 38 000 cas positifs ont été détectés, alors que depuis mars le pays n’avait détecté que 60 000 cas. Ce test massif démontre l’ampleur des cas asymptomatiques.

Seulement, des critiques ont émergées à la suite de cette campagne à 100 millions d’euros. Son coût dans un premier temps. Le Premier ministre Igor Matovic s’en défend en arguant que cela ne correspond qu’au coût d’un jour de confinement dur. L’objectif d’éviter ce confinement a donc réussi.

La seconde critique, plus problématique, concerne l’efficacité des tests antigéniques utilisés. Beaucoup plus économiques et donnant un résultat en 30 minutes seulement, ils sont critiqués pour une précision plus faible que celle des tests PCR. Le mathématicien Richard Kollar estime que 25 000 cas positifs sont passé entre les mailles du filet. Le gouvernement rétorque que l’essential a été d’isoler les super-propagateurs dont le test est plus souvent positif étant donné la charge virale du patient.

Enfin, le gouvernement a parié sur ces tests en estimant qu’une fois les malades isolés, des mesures restrictives n’étaient plus nécessaires. Cependant, comme nous venons de le voir, encore un certain nombre de malades sont libres à l’heure actuelle.

Mais alors, faut-il crier au fiasco ? Cette première mondiale prouve que logistiquement, bien que complexe, la tâche est faisable. Peut-être n’est-il pas raisonnable d’envisager une telle mesure à l’échelle d’un pays de 65 millions d’habitants comme la France, mais plutôt à l’échelle des régions, ou même des départements où la situation est la plus critique. Concernant la Slovaquie, maintenant qu’elle connait les méthodes, elle pourra éventuellement réitérer l’expérience en prenant en compte les ratés de la première fois.

Une équipe médicale teste les habitants de Bratislava en Slovaquie, ce samedi. Photo Vladimir Simicek. AFP

Le prix Nobel 2019 part en guerre contre le Tigré, région rebelle d’Ethiopie

La région du Tigré dans le Nord de l’Ethiopie ayant récemment fait sécession, et ayant organisé des élections régionales le 9 septembre contre l’avis du gouvernement, le Premier ministre a envoyé l’armée pour mettre fin à cette rébellion. L’opération a été lancée à la suite de « l’attaque d’un camp fédéral » dans le Tigré par les forces rebelles.

Cependant, trois semaines après le début de l’offensive, ce qui était annoncé comme étant une guerre éclair s’apparente aujourd’hui davantage à un bourbier. Du côté du chef de l’Etat, Abiy Ahmed annonce un ultimatum de 72 heures aux dirigeants du Front de Libération du Peuple du Tigré pour se rendre, leur expliquant : « vous êtes à un point de non-retour. » Du côté de la force rebelle le TPLF, qui préside par ailleurs la région, la proposition de reddition a eu l’effet d’un pétard mouillé. Arguant que son peuple est « prêt à mourir pour défendre notre droit à administrer notre région » le leader tigréen estime que cet ultimatum ne cherche qu’à cacher la défaite du gouvernement fédéral.

Ce qui est certain, c’est que nous n’aurons pas d’informations supplémentaires à ce sujet dans les prochaines semaines, les communications ayant été coupées et les journalistes interdits de séjour.

La certitude du Premier ministre de mettre un terme à ce conflit dans les prochains jours semble de plus en plus irréaliste. Disposant d’au moins 250 000 soldats d’après l’International Crisis Group, et d’un large soutien populaire, le régime rebelle semble avoir la capacité de tenir sa position pendant des semaines.

Des réfugiés tigréens dans un camp soudanais, lundi. Photo Nariman El-Mofty. AP

Elections américaines : fin du suspense pour un vote historique

Quatre jours après la fin du dépôt des votes, les premiers résultats ont donné un gagnant, Joe Biden. Remportant les Etats nommés le mur bleu, respectivement la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin. Par ailleurs, la Géorgie et l’Arizona, traditionnellement républicain ont aussi fait basculer le scrutin. Ce sont trois-cent-six grands électeurs qui voteront pour le candidat démocrate le 14 décembre.

Cependant, le président sortant Donald Trump, candidat à sa réélection a refusé de concéder sa défaite. C’est à la fin du mois de novembre qu’il accepte enfin d’entamer la procédure de transition entre les deux présidents après que la directrice des services généraux de l’administration américaine Emily Murphy a reconnu la victoire de Biden. Toutefois, Trump n’a pas admis sa défaite et a engagé plusieurs procédures judiciaires pour prouver la fraude massive dont il parle depuis l’apparition des premiers résultats.

Biden est par ailleurs le candidat ayant rapporté le plus de votes à l’élection présidentielle avec près de 78 millions de voies en sa faveur. Il faut tout de même rappeler que Donald Trump en a rapporté 72,6 millions, le deuxième meilleur score de l’histoire des élections, et a en outre élargi sa base. Les rumeurs racontent d’ores et déjà qu’il se représentera en 2024.

Le président-élu a déjà esquissé ses premières décisions. Il souhaite en premier lieu prendre des mesures drastiques concernant la pandémie de Covid-19, dont la troisième vague de contaminations frappe déjà le pays de l’oncle Sam. Ensuite, il a réaffirmé devenir le président non pas de celles et ceux qui ont voté pour lui, mais de tous les américain.es. Il a annoncé qu’il était « temps pour l’Amérique de s’unir. Et de panser ses plaies. »

Le candidat démocrate à la présidentielle et ancien Vice-président, Joe Biden lors d’un meeting drive-in à Des Moines, Iowa, le 30 octobre 2020.  Brian Snyder REUTERS

Iran : un haut-responsable du programme nucléaire iranien abattu près de Téhéran

Le ministre iranien de la défense l’a annoncé le 27 novembre : Mohsen Fakhrizadeh a été assassiné par des terroristes alors qu’il était en voiture non loin de la capitale. L’Agence internationale de l’énergie Nucléaire avait identifié ce scientifique en 2011 comme étant l’un des responsables du programme de création d’une bombe nucléaire. Ce programme n’a jamais été admis par les autorités iraniennes.

Tout cela se déroule dans un contexte de forte tension entre l’Iran et les Etats-Unis, accompagné par son ennemi régional Israël. Leurs deux dirigeants, Donald Trump et Benjamin Netanyahou accusent depuis plusieurs années le pays d’avoir fait perduré son programme nucléaire. Cependant, ni l’AIEN, ni les experts de l’Iran comme Richard Johnson n’ont de preuves que le programme a continué d’exister. Ce dernier ajoute : « il n’y a aucune preuve d’un programme actuel d’armes nucléaires en Iran. »

De son côté, l’Iran a d’ores et déjà accusé le Mossad, le service de renseignements Israélien. Le chef de la diplomatie iranienne Javad Zarif a par exemple parlé « d’indications sérieuses du rôle d’Israël. » Le chef d’état-major iranien a évoqué une « vengeance terrible » en réponse à cet acte. Les deux accusés, les Etats-Unis et Israël n’ont pas réagi.

Il parait probable que l’Iran ne réagisse pas, contrairement à ce que ses dirigeants ont promis. La raison : le pays est asphyxié économiquement, et encore plus depuis l’entrée de Donald Trump a la Maison Blanche. L’arrivée prochaine du nouveau président Joe Biden est attendue côté iranien, le President-Elect ayant promis une « voie crédible de retour à la diplomatie. » Cependant, cette nouvelle escalade des tensions va probablement fragiliser la crédibilité du prochain président à renouer le dialogue avec la République Islamique.

Le scientifique Mohsen Fakhrizadeh dirigeait le département recherche et innovation au ministère de la Défense iranien. PHOTO : REUTERS / WANA NEWS AGENCE

MARTIN NOËL

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