« Aucune association ne sortira indemne de cette crise… »

Thierry Sarrazin est physicien de formation et ancien chef du service de physique médicale au centre régional de lutte contre le cancer Oscar Lambret. Il a présidé différentes associations scientifiques nationales avant d’être contacté, à son départ en retraite, pour présider l’Association Départementale AD59a des Restos du cœur.

Thierry Sarrazin, bénévole aux restos du cœur

Quand avez-vous su que vous vouliez faire du bénévolat, et qu’est-ce qui vous a motivé ? Pourquoi les restos du coeur ?

Je pense que j’ai toujours fait du bénévolat depuis mes années au lycée, que ce soit dans des associations étudiantes, de parents d’élèves, scientifiques, syndicats, sportives ou autres.

J’ai accepté cette mission quand un mandat d’administrateur s’est arrêté dans une autre association, à la demande d’un ami, vice-Président des restos du cœur au sein de l’AD59a. J’ai simplement craqué en voyant les montagnes de palettes de lait dans l’entrepôt du siège départemental, et en imaginant les yeux d’un enfant derrière une de ces boîtes de lait. Le nombre de boîtes de laits dans des palettes sur plusieurs étages et plusieurs dizaines de mètres m’a ouvert les yeux sur cette misère alimentaire et cette détresse sociale.

Pouvez-vous nous présenter l’association ?

Les restaurants du Cœur ont été créés en 1985 par un « clown » utopiste et généreux, Michel Colucci, que tout le monde connaît sous le nom de Coluche. 117 associations départementales continuent d’apporter une assistance bénévole dans le domaine alimentaire, par l’accès à des repas gratuits.

L’Association « AD59A » couvre la métropole lilloise, les Weppes et le Douaisis. Elle est composée de 85 centres d’activités, d’un resto chaud qui fonctionne tous les soirs, d’une équipe de maraudeurs, ainsi que de plus de 2000 bénévoles et 50 salariés.

L’aide alimentaire permet une aide d’urgence. Elle représente aussi un point de contact privilégié pour permettre un accompagnement vers l’autonomie et la réinsertion sociale. La relation de confiance, tissée avec les personnes en grandes difficultés pendant l’accueil dans les centres de distribution, permet les premières approches pour leur redonner un peu d’espérance et de confiance en l‘avenir. Les actions « d’Aide à la Personne » sont multiples (aide à la recherche d’emploi, apprentissage du français, usage du numérique de plus en plus indispensable pour toutes les démarches administratives, aide au départ en vacances, accès à la justice, aux droits, au logement, sorties culturelles aux musées, ou au cirque pour les enfants, actions sur la santé et pour l’estime de soi, …)

Pour réaliser ces aides, les dons financiers, alimentaires ou en biens matériels, tant de particuliers que d’entreprises, sont indispensables.

Michel Colucci, créateur des Restos du cœur

Votre association compte de nombreuses actions, avez-vous observé des changements depuis l’arrivée de la Covid-19 ? Avez-vous réussi à vous réorganiser, à continuer à mener des actions malgré cette pandémie ?

Il y a eu des problèmes des bénévoles de plus de 70 ans à mettre au repos pendant la première vague, et probablement pour la deuxième. Les distributions de denrées ont eu lieu avec des sacs à l’extérieur au lieu de les faire autour d’un café en intérieur. L’aide à la personne, c’est-à-dire les distributions de vêtements, les cours de français, etc, ont été mis en veille, tout comme le coin repos. Les restaurants chauds pour SDF ont été transformés en distribution de sacs. Nos 55 centres habituellement ouverts l’été ont tous fonctionné grâce à la motivation des bénévoles.

Nous sommes actuellement reconfinés, plus souplement, comment se déroule votre quotidien aux restos du coeur ? Qu’est que cela change ?

L’expérience de la première vague nous permet de prévoir la seconde vague sans inquiétude autre que celle des personnes démunies qui devront rester à l’extérieur de nos centres durant la distribution (respect des gestes barrières …). Ce qui est possible au printemps ou en été pose des problèmes d’éthique et de respect des personnes en difficulté en hiver.

En cette période de crise sanitaire, comment évolue l’affluence aux restos du cœur ? Est-ce-que plus de gens vous viennent en aide, deviennent bénévoles, ou inversement ?

Nous avons un panel de bénévoles important, mais le plus difficile est de trouver des personnes qui prennent des responsabilités, donc des engagements de 2 jours ou plus par semaine. Nous avons reçu l’aide de jeunes bénévoles en chômage partiel, télétravail ou étudiants en « rupture d’enseignement » pour cause d’universités à l’arrêt.

Comment voyez-vous les prochains mois, les prochaines années aux restos du cœur avec l’évolution incertaine de la pandémie ?

Personne ne peut répondre à cette question car personne ne connaît la date de la fin de cette pandémie… ni même si elle aura une fin ! Nous nous adapterons comme depuis 35 ans et nous surmonterons les difficultés … Aucune association, aucune entreprise ne sortira indemne de cette crise…

Avez-vous un message à faire passer ?

Chacun de nous peut un jour devoir « taper à la porte » des restos à la suite d’une grosse difficulté familiale, professionnelle ou de santé, donc n’hésitez pas à donner de votre temps, un jour, par an, ou par semaine. N’hésitez pas à nous aider par des dons financiers ou alimentaires. Les Restos c’est près de 134.000.000 de repas servis en 2019 donc ON COMPTE SUR VOUS !

Logo de la campagne d’hiver

Propos recueillis par MARINE PATTYN

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s