Covid-19 : quand un virus aggrave la santé mentale des étudiants en filière de soin

Depuis quelques mois, de nombreux journaux, médias et scientifiques ont mis en lumière la santé mentale fragile des étudiants. Souvent oubliée ou minimisée car invisible et difficilement diagnosticable, c’est pourtant un des moteurs de leur réussite scolaire. Une situation qui ne s’est pas arrangée avec les confinements successifs pour les quelques 2,7 millions d’étudiants français. Pour ceux en école de soins infirmiers ou en médecine, cette détresse mentale est décuplée. Études stressantes, impact du Covid-19 et stages qui peuvent virer au cauchemar, immersion dans le quotidien d’étudiants dans le domaine de la santé. Photo : Pixabay

« J’ai tout le temps envie de dormir et de ne jamais me réveiller », « j’ai rarement senti autant d’angoisse », « perte de motivation, épuisement mental », « peur de l’échec constante ». Ces mots sont ceux de plus de 300 étudiants qui ont accepté de témoigner pour Cube de manière anonyme sur leur situation et santé mentale. Stress, angoisse, peur de l’échec et du futur s’ajoutent donc au contexte déjà très anxiogène. Près de 60% du panel affirment ainsi sentir que leur santé mentale est affectée par le confinement et les cours à distance. Privé de lien social, nombre d’étudiants se sentent ainsi « angoissés, stressés, épuisés » voire « oppressés » par leurs études. 

UN STRESS CONSTANT décuplé par la crise sanitaire

La situation, déjà compliquée et pesante en général, l’est d’autant plus pour les étudiants infirmiers ou en médecine. Parmi les 300 étudiants qui ont témoigné, nombre d’entre eux étaient ainsi en filière de santé. L’un d’eux, en école de soins infirmiers caractérise que ses études « ne sont pas du tout évidentes moralement ». Un autre étudiant, en première année de médecine, explique lui se sentir « totalement dépassé » et avoir une santé mentale dégradée. Il affirme même : « j’ai perdu la totalité de la confiance en moi ». 

La première année de médecine se retrouve être l’une des plus compliquée car elle demeure « stressante et fatigante », comme l’explique Jade* et Adèle*, toutes deux en 1ère année de médecine pour la deuxième fois à Besançon. Pour elles, ça ne fait aucun doute, « la première année de médecine, c’est une année de sacrifices » avec une quantité énorme de travail et une vie sociale au ralenti. Une situation qui s’est empirée avec la crise sanitaire. « Beaucoup de nos profs sont des médecins et sont énormément mobilisés sur le terrain ». Pour les étudiants, cela signifie des professeurs moins présents et moins disponibles ainsi qu’un emploi du temps bouleversé. A cela s’ajoutent des situations de triches importantes aux concours. « Les tricheurs gagnent donc des places dans le classement », explique Jade. Désarmées face à une année déjà éprouvante, les deux filles dénoncent une inaction de l’administration.

« La réquisition des étudiants infirmiers est une épreuve beaucoup trop dure psychologiquement »

Le manque cruel de personnel de santé, pourtant vital à la gestion de la crise sanitaire, a ainsi poussé les autorités à former une liste où tous les étudiants français dans le domaine de la santé sont positionnés avec la possibilité d’être réquisitionnés, et ce dès leur première année d’étude. Une réquisition qualifiée par un étudiant infirmier comme « une épreuve beaucoup trop dure psychologiquement ». La situation sanitaire actuelle n’a fait que renforcer la réalité du terrain. Que ce soit en hôpital, clinique ou Ehpad, les étudiants se sentent en effet parfois dépassés et sous pression. Une étudiante infirmière explique ainsi ressentir « beaucoup d’appréhension et de déprime tous les jours du stage ».

Pour eux, cela signifie jongler entre « les cours, le Covid, la distance avec les proches et tous les autres aléas ». Une distance avec les proches très pesante pour Lou*, étudiante en première année d’école en soins infirmiers, en stage dans un Ehpad de Mulhouse, ville très touchée par le Covid lors de la première vague. Pour éviter la création de clusters et la propagation du virus, elle a l’interdiction de rentrer chez ses parents ou de voir ses amis. Un sacrifice lourd à porter d’autant plus que les stages ne se passent pas toujours bien. « Nos stages se passent dans des conditions compliquées avec des services et des équipes sous tension, ce n’est pas facile de trouver sa place et d’être à l’aise », témoigne ainsi un étudiant anonymement. 

DES STAGES QUI VIRENT AU CAUCHEMAR

De plus en plus d’étudiants ont par ailleurs témoigné, depuis septembre 2020, d’expériences cauchemardesques grâce au hashtag #balancetonstage. Harcèlement, brimades constantes, dévalorisations et bizutages forcés de la part des personnels de santé, nombreux sont les étudiants qui témoignent de stages qui ont viré au cauchemar. « De toute façon avec les stages, soit on a de la chance, soit c’est l’horreur, c’est connu », explique Lou. 

En plus d’une fatigue considérable, décuplée par la crise sanitaire, les étudiants souffrent souvent du « sentiment d’être rejeté » et d’un manque complet d’intégration lors de leurs stages. « Je me sens complétement ignorée et je dois me démerder toute seule » et « moralement c’est très fatigant », ajoute Lou qui enchaine déjà des journées de plus « de 10 heures sans jamais s’assoir ». Une situation d’autant plus démoralisante pour elle : « ça me fout le cafard parce que j’aime ce que je fais ». Un phénomène qui n’est pas nouveau, comme le confirme l’étude menée il y a plus de 3 ans et qui a montré l’ampleur de ce problème. En 2017, la Fédération Nationale des Étudiants en Soins Infirmiers (Fnesi) a tiré la sonnette d’alarme sur ce fléau au travers d’une enquête menée sur près de 14 055 étudiants en soins infirmiers.

« Ça me fout le cafard parce que j’aime ce que je fais »

Plus d’un tiers des étudiants interrogés déclarent ainsi avoir été « harcelés par un soignant au cours de leur formation ». Des actions qui ont laissé des séquelles puisque parmi les 2 371 étudiants qui ont interrompu leur formation, plus de la moitié l’ont fait suite à leur expérience traumatisante en stage. Les étudiants seraient alors de la main-d’œuvre gratuite ou peu onéreuse, pratique et qui ose peu parler de leurs mauvaises expériences pour que leurs stages soient validés. Un silence qui se brise peu à peu par le biais des réseaux sociaux, action d’autant plus nécessaire au vu de cette situation inquiétante. Sur les étudiants sondés en 2017, plus d’un quart ont par exemple admis avoir pris des psychotropes, principalement des anxiolytiques, pour tenir le coup pendant leur stage.  

Pourtant, au total ce sont près de 100 000 postes dont 34 000 postes d’infirmiers, qui seraient vacants selon la Fédération de l’hospitalisation privée (FHP), tous établissements confondus. Face au stress des études et conditions de stages déplorables, de plus en plus d’étudiants français décident alors de partir faire leurs études à l’étranger. La possibilité qu’ils ne prennent pas leur billet retour est ainsi grandissante, alors que le manque de personnel de santé en France reste toujours criant. 

MANON HILAIRE

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