La Note Géopo : la Corée du Nord se rêve en détenteur du sous-marin nucléaire : quelles conséquences géopolitiques ?

La note géopo, c’est votre nouveau rendez-vous pour parler de l’international. Les sujets s’efforceront d’être axés sur les questions de géopolitique, de sécurité internationale et de facto, des conflictualités qui régissent l’ordre mondial actuel. Au menu d’aujourd’hui, l’accélération du programme nucléaire Nord Coréen qui pourrait doter le pays d’un puissant moyen de pression.

Pour une armée, détenir le sous-marin nucléaire lanceur d’engin (SNLE), c’est s’assurer une dissuasion complète. N’importe quel objectif devient atteignable, dans le secret le plus absolu car un sous-marin dilué devient indétectable à la vision, aux infrarouges, aux ondes radars et (presque) au son. Il s’agit en quelque sorte du fleuron d’une armée, le dernier chainon de la dissuasion nucléaire. Le 11 janvier dernier, la République Populaire Démocratique de Corée, (la Corée du Nord donc) a dévoilé l’existence d’un tel projet pour son armée, relate l’agence officielle KCNA.

Cette annonce intervient dans le contexte du 8e congrès du Parti du Travail, le seul parti autorisé dans ce pays aux frontières opaques. Lors de celui-ci, Kim Jong-un a été « élu » secrétaire général du parti par les généraux qui la composent. Dans ce simulacre de démocratie, cette promotion est essentiellement symbolique, Kim Jong-un ayant d’ores et déjà les pleins pouvoirs depuis la mort de son père en 2011. Cependant, Kim détient à présent autant d’emprise sur son pays que son père Kim Jong-il et son grand-père Kim Il-sung ont pu avoir par le passé.

A l’international, c’est le non-aboutissement du rapprochement entre les Etats Unis et la Corée du Nord qui a provoqué ce regain de militarisation. L’histoire s’en souviendra : Donald Trump a été le premier président américain à rencontrer un leader suprême de Pyongyang. L’objectif, obtenir de Kim Jong-un une suspension de son projet nucléaire, semblait se rapprocher. Finalement, après un sommet de Hanoï raté en 2019, le pays socialiste a retiré sa main tendue au monde. Estimant aujourd’hui que les Etats-Unis sont leur « pire ennemi », la Corée du Nord passe la troisième concernant son projet nucléaire.

La question qui se pose naturellement est de savoir si l’arrivée de Joe Biden pour remplacer le sulfureux Trump changera quelque chose aux relations entre les deux pays. On peut sans prendre beaucoup de risques dire que ce n’est pas bien parti. Alors que Biden a qualifié Kim de voyou, la Corée du Nord estime que le nouveau président mérite d’être « battu à mort avec un bâton. » Toujours est-il que la rencontre organisée par Trump, bien qu’elle n’ait pas menée à un accord substantiel, est un premier pas dans la normalisation des relations américano-coréennes.

Les récentes annonces de Kim Jong-un constituent de mauvaises nouvelles. Leur objectif a toujours été le même : empêcher les Etats Unis impérialistes de les attaquer. La récolte de renseignements par satellite, ainsi que les enquêtes de l’armée américaine tendent à démontrer que la Corée du Nord dispose d’ores et déjà de l’arme nucléaire, et pourrait atteindre la centaine d’ogives en 2021. Cela va dans la continuité de missiles exhibés lors d’une parade militaire en octobre 2020, où l’on voyait ce qu’il s’apparente à des missiles intercontinentaux. A présent, le but de Kim est de miniaturiser l’arme atomique. Cela ne semble pas, mais c’est une technologie très complexe à mettre en œuvre. Tous les pays disposant de l’arme ultime ne maitrisent pas cette miniaturisation, élément crucial au transport des ogives dans un sous-marin. Israël et le Pakistan par exemple n’auraient pas entre leur main cette technologie, du moins pas officiellement car ils n’ont jamais annoncé détenir l’arme nucléaire. Avec un arsenal nucléaire perfectionné, ainsi qu’avec un ou plusieurs sous-marins pouvant lancer des missiles, la Corée du Nord rentrerait dans le club très fermé des pays détenteurs de la dissuasion nucléaire complète.

Kim Jong-un, lors du 8e congrès du Parti du travail, le 10 janvier à Pyongyang. Photo : KCNA via KNS via AFP

Quelles conséquences auraient cette acquisition ? Le pays détient déjà des armes atomiques, cependant son absence de communication à ce sujet ainsi que des renseignements satellitaires sembleraient signifier qu’ils ne maitrisent pas encore totalement l’usage de cette arme. Si le pays tente bel et bien de mettre les bouchées doubles pour étoffer son arsenal, il pourrait peser davantage qu’aujourd’hui sur la scène internationale et en outre, réclamer la fin des sanctions économiques envers lui.

MARTIN NOËL

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