À Lille, les étudiants mobilisés contre le tout distanciel à l’université

Mercredi 20 janvier, une centaine d’étudiants était réunie devant le siège de l’Université de Lille à l’appel d’une inter-organisation jeune rassemblant les Etudiants Communistes, les Jeunes Ecologistes, le NPA jeunes, les Jeunes Génération.s, Solidaires étudiant.e.s, les Jeunes Insoumis, la FSE et l’UNEF. Tous dénoncent une situation de précarité et d’isolement renforcée par la fermeture des universités. Pour Cube, nous avons recueilli leurs témoignages.

Image de une : Les étudiants mobilisés à Lille à l’appel d’une inter-organisation jeunes – Photo : Rose-Amélie BECEL

« Derrière un ordi, il n’y a rien. » résume Simon, étudiant de 20 ans en Licence de science politique, qui avoue avoir en partie décroché au semestre dernier. Car, si le confinement a pris fin le 15 décembre, cela ne semble pas avoir changé le quotidien des étudiants contraints de poursuivre leurs programmes à distance, faute d’une réouverture des facs. Logé dans un studio de quinze mètres carrés en résidence Crous, Simon juge sa situation matérielle convenable : bonne connexion internet et repas à emporter à 1 € au restaurant universitaire chaque midi. Pour d’autres elle est très précaire. Punaises de lits, cafards, moisissures, l’insalubrité de certaines résidences lilloises est dénoncée depuis des années.

Alors que 20 % des 2.7 millions d’étudiants vivaient en déjà en-dessous du seuil de pauvreté avant la crise sanitaire, une enquête d’Ipsos commanditée par la Fédération des associations générales étudiantes (FAGE) révèle que 74 % des jeunes interrogés déclarent avoir rencontré des difficultés financières à l’issue du premier confinement. Sans emploi pour combler des revenus déjà maigres, de nombreux étudiants connaissent de graves difficultés financières.

Des étudiants réunis ce 20 janvier devant le siège de l’Université de Lille – Photo : Emma CHALLAT
Une souffrance psychologique

À la précarité, s’ajoute une détresse psychologique liée à l’isolement ininterrompu des étudiants depuis le second confinement. Assister aux enseignements à distance toute la journée ne permet aucune activité ou interaction avec l’extérieur. « Même si techniquement on est seulement en couvre-feu, j’estime que je suis confiné depuis octobre parce qu’il n’y a rien à faire. Socialement, c’est intenable. » constate Simon.

Paul*, un autre étudiant mobilisé, ajoute : « On passe toutes nos journées devant un PC. Cela peut paraitre anodin, mais passer des heures à bosser et être toujours devant les écrans ça isole. Pour les L1 [1ere année de Licence] c’est très dur car ils n’ont pas eu le temps de faire connaissance avec leurs camarades de promotion. ». L’enquête d’Ipsos et de la FAGE présente un chiffre alarmant : 23% des étudiants interrogés ont affirmé avoir des pensées suicidaires. Constat terriblement confirmé par les faits puisque, le 9 janvier dernier, un étudiant lyonnais a mis fin à ses jours, suivi peu après par la tentative de suicide d’une autre étudiante.

Fragilisés mentalement, certains étudiants ont aussi fait face à l’angoisse d’une période d’examen organisée en présentiel. Loïc*, étudiant à la faculté de Sciences économiques et sociales, en fait partie. Il dénonce le manque de communication autour de ces partiels réalisés « à la one again », dans le respect des mesures sanitaires à l’intérieur des bâtiments mais avec « des centaines de personnes agglutinées devant les grands gymnases » avant les épreuves.


Des revendications claires

Sur les marches de la présidence de l’Université de Lille, les organisations syndicales et politiques étudiantes ont pris successivement la parole. Toutes ont réclamé une réouverture des facs dans le cadre d’un protocole sanitaire strict, avec mise à disposition gratuite de masques, gel hydroalcoolique et installation de centres de dépistage à proximité des lieux d’étude.

Sur la banderole de l’inter-organisation jeunes on pouvait lire « Université et étudiant.e.s, sans moyens rien ne tient » – Photo : Emma CHALLAT

L’inter-organisation réclame également un investissement massif de l’Etat dans les facultés : « nous, étudiants et étudiantes, avons plus que jamais besoin d’enseignants et enseignantes, de personnels administratifs et de psychologues » rappelle la porte-parole des Jeunes Communistes au rassemblement. Elle ajoute que la récente promesse du doublement des effectifs de psychologues en université n’est pas suffisante : « Selon un rapport du groupe parlementaire communiste, il y a en France un psychologue pour 30 000 étudiants et étudiantes, alors que les standards internationaux recommandent un ratio d’un psychologue pour 1 500 étudiants et étudiantes. ».

Si l’urgence de la situation pousse à demander en priorité la réouverture des facultés pour tous, l’inter-organisation a précisé que ses revendications ne s’arrêtaient pas ici. Elle poursuit, par exemple, sa dénonciation commune du projet de rapprochement de l’Université de Lille avec quatre grandes écoles de la métropole pour former un Etablissement public expérimental (EPE). Il tendrait, selon les organisations, à détériorer la qualité des formations universitaires au profit de celles des écoles privées. Tous appellent à rejoindre le cortège étudiant lors de la manifestation du 26 janvier prochain à Lille.


* Les prénoms ont été modifiés, les étudiants souhaitant conserver leur anonymat.

ROSE-AMELIE BECEL

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