“C’était mon père.” “Les souvenirs me hantent. Ils ne disparaîtront jamais.”

Après l’affaire Duhamel, le #Metooinceste a complètement explosé sur Twitter, libérant la parole sur ce sujet encore tabou en France. Ce sont en effet plus de 15 000 tweets qui ont été publiés sur le sujet et 1 Français sur 10 qui reconnaît avoir été victime d’inceste. C’est le cas d’Alexia et de Clémence. Rencontres.

-> Alexia, étudiante en première année de médecine :

Alexia a 18 ans, elle n’en avait que 15 lorsque son père a abusé d’elle un soir d’été. “Je me suis retrouvée seule avec mon père. Je ne le pensais pas une seule seconde capable de commettre un acte aussi répugnant. Nous étions au fauteuil et il m’a demandé de le rejoindre pour lui faire un câlin, chose que n’importe quelle fille ferait avec son père. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à me caresser le corps et à m’embrasser.” raconte-t-elle.

“Il ne m’a pas violé. Enfin, il l’aurait sûrement fait si je n’avais pas commencé à sangloter”

Ces évènements ont eu de lourdes conséquences psychologiques pendant une longue et difficile période, sur elle, mais aussi sur son rapport aux autres : “j’ai du mal à accorder ma confiance, autant amoureusement qu’amicalement. Je souffre de dépendance affective, j’ai peur de me retrouver seule et j’ai un besoin constant d’être entourée. Mes crises d’angoisse ont aussi commencé après ce moment.” explique-t-elle.

“Plusieurs fois j’ai cru que je n’arriverai jamais à remonter la pente.”

Comme de nombreuses victimes, Alexia a longtemps gardé le secret, préférant ne rien dire, par honte, par peur d’être jugée et de ne pas être crue. Pensant que c’était de sa faute, qu’elle avait dû faire quelque chose pour que cela arrive, elle préférait se taire.  “Ce n’était évidemment pas le cas. J’étais une adolescente de 15 ans et demi, et à cet âge-là on veut juste traîner avec sa bande de copains, pas découvrir la sexualité avec un membre de sa propre famille.”

“Pendant longtemps, je me suis trouvée répugnante et j’avais peur que les autres le pensent aussi si j’en parle.”

Le 2 janvier 2021, 3 ans après les faits, c’en était trop, ne pouvant plus vivre avec ce poids sur les épaules, Alexia décide de prendre les choses en mains, de se libérer, d’en parler. “J’en ai parlé à ma marraine au moment de lui présenter mes vœux. Et c’est à ce moment-là que tout s’est enchaîné. Évidemment, elle m’a cru, et ce fut un soulagement total pour moi. On a récupéré toutes mes affaires, je suis partie, et je vis actuellement chez elle. Nous avons ensuite engagé les poursuites judiciaires.” Soutenue par la plupart de son entourage, pour Alexia, il reste aussi des personnes qui soutiennent l’agresseur : “Ma mère fait partie de ces personnes. Elle a entendu mes paroles et elle sait que je ne mens pas, mais elle l’a choisi.”

“Elle a choisi de rester à ses côtés et de ne pas soutenir sa fille. Ma famille a explosé en morceaux ce jour-là. »

En parler semble avoir complètement libéré Alexia : “Aujourd’hui, les souvenirs me hantent. Ils ne disparaîtront jamais. C’est impossible. Mais je me sens soulagée, soulagée d’avoir parlé, d’être entourée, d’être aimée. Ça fait un bien fou.”

-> Clémence, lycéenne à côté de Paris :

Clémence a 17 ans, elle avait entre 7 et 9 ans au moment où son grand-père paternel abusait d’elle à chaque fois qu’elle s’y rendait pour les vacances. Causant une perte de confiance en soi, une peur des hommes, un renfermement total, ce n’est que 9 ans plus tard qu’elle décide de se libérer de ce poids. Elle aussi avait honte et ressentait cette impression d’être fautive : “ça a duré 3 ans, et je ne lui ai jamais demandé d’arrêter, je ne lui ai jamais dit “arrête”, donc je pensais que c’était de ma faute”.

“J’avais peur, peur de voir ma famille s’effondrer, de perdre tous mes repères”

Après 9 ans de silence, c’est l’infirmière de son lycée qui arrive à faire sortir tout ce qu’elle avait sur le cœur depuis si longtemps. Ne pouvant pas garder une telle chose pour elle, l’infirmière scolaire annonça les faits aux parents de Clémence, lançant le début d’un grand changement de vie. 

Pour Clémence aussi, en parler a rimé avec éloignement et perte de proches : “ma mère était en pleurs, elle m’a soutenu tout de suite. Mon père n’était pas là pendant 5 mois, limite indifférent. J’ai perdu beaucoup de personnes, je n’ai plus que ma famille proche : ma mère, mon père, ma sœur, ma grand-mère, etc.”

“J’ai perdu ma marraine et mon cousin dont j’étais très proche, je n’espère plus rien d’eux.” 

Après de nombreux rendez-vous compliqués au commissariat, à la brigade des mineurs ou encore au tribunal, puis suite à une confrontation douloureuse avec son grand-père, Clémence apprend aujourd’hui à vivre avec.

Ça m’a libéré d’en parler, je me reconstruis petit à petit, je suis bien entourée, et j’ai retrouvé la joie de vivre.”

Clémence et Alexia conseillent aux victimes d’inceste de trouver des personnes de confiance et de leur en parler. Cela semble être le seul moyen de se libérer. Il existe également des numéros verts et des associations comme AIVI ou SOS Inceste, qui aident les victimes d’abus. “Elles ne doivent plus avoir peur de se taire. Et surtout, il ne faut pas croire que nous sommes les fautifs. Nous sommes les victimes. Ce n’est jamais de notre faute.”

Aujourd’hui, les nombreuses victimes aimeraient que ce sujet soit plus reconnu. Alexia aimerait que “l’on organise des campagnes de publicité dans les écoles, dès l’école maternelle, pour dire aux enfants que ce n’est pas normal qu’un monsieur ou une dame vous touche sans votre accord, même si vous êtes petits. J’aimerais que l’on mette en place un soutien au sein des écoles pour que les victimes puissent en parler plus librement sans avoir peur de ne pas être crues”.  

Suite à l’ampleur prise par le #Meetooinceste sur Twitter notamment, de nombreuses personnalités se sont exprimées, comme Brigitte Macron, invitée sur TF1 : “C’est difficile d’en parler, c’est courageux d’en parler […] Il faut absolument que ces actes soient sus et que ces actes ne soient pas tus.” Ensuite interrogée sur une éventuelle réforme judiciaire,  elle a affirmé : “Je le souhaite, je l’espère, j’appelle de mes vœux.”

L’affaire Duhamel aura peut-être bien servi à briser le silence de ce sujet encore peu reconnu, en entraînant des milliers de témoignages sur les réseaux sociaux et en engendrant de nombreuses réactions, notamment politiques et judiciaires.

MARINE PATTYN

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