(Faire) rire à propos des règles : entretien avec l’humoriste Élodie KV

Peut-on rire de tout ? (Pierre Desproges entends-tu ?) Peut-on rire à propos des menstruations ? Entretien avec l’humoriste, autrice et comédienne Élodie KV qui réussit à faire rire, faire réfléchir et à informer le public sur la thématique des règles dans son spectacle La Révolution positive du vagin.

Originaire de Montpellier, Élodie KV voyage partout en France depuis deux ans pour présenter son spectacle seule en scène intitulé La Révolution positive du vagin. Après le succès rencontré au Spotlight à Lille en octobre 2020, de nouvelles dates avaient été programmées le 29 et 30 janvier 2021, mais sont reportées à cause de la situation sanitaire actuelle. Parallèlement, Élodie KV joue dans la pièce de théâtre Girl Power !, de Joachim Desmoines, avec Céline Cara et Marick Revollon.

La grossesse, l’accouchement, le post-partum… Vous évoquez de très nombreuses thématiques relatives aux corps des femmes dans ce spectacle. Faisons un focus : pourquoi et comment est né le sketch sur les tampons et les règles ?

J’ai beaucoup retravaillé, changé et enrichi ce sketch. J’avais d’abord écrit seulement sur les tampons, ce qui m’a permis ensuite d’aborder plus largement le sujet des règles. Je racontais par exemple une anecdote qui n’est plus présente dans le spectacle aujourd’hui : au lycée, à cause de mes menstruations, j’ai eu une énorme tache de sang sur mon pantalon. On était en plein été, je n’avais pas de pull ou de manteau pour la cacher.

Parler de cet épisode, c’était pour moi un moyen de dire « punaise, je n’ai rien fait de mal, et je me retrouve à avoir honte d’être naturellement normale ».

J’étais très complexée à ce sujet, mais je me suis aussi rendue compte que ma gêne faisait rire les gens ! Je pourrais écrire un spectacle entier sur les règles et les protections périodiques. En plus, très souvent après le spectacle, des femmes viennent me confier leurs histoires concernant leurs règles. Certaines d’entre elles m’ont reproché de ne pas évoquer la coupe menstruelle, alors j’ai inséré ce sujet dans mon texte. Ensuite, elles m’ont fait remarquer que je ne parlais pas des culottes menstruelles. Rebelote, j’ai intégré un clin d’œil à cela dans le spectacle ! Je tiens sincèrement à prendre en compte toutes les remarques et critiques. 

À ce propos, quelles sont les réactions du public face à ce sketch sur les règles ?

En quelques années, les réactions ont énormément évolué… et de manière positive ! Quand j’ai commencé, le spectacle était programmé en fin de scène ouverte – entre autres – à cause de ce sketch sur les règles. On me disait qu’il était trop « trash ». Je n’ai pourtant jamais considéré ainsi, il est juste cru.

Mais, grâce à la parole qui se libère, les règles ne sont plus un sujet autant subversif qu’avant.

Majoritairement, les retours que je reçois aujourd’hui proviennent de femmes qui me disent tout simplement « merci, ça fait du bien d’en parler » et d’hommes pour qui c’est une manière de comprendre ce que les femmes vivent chaque mois. Au contraire, ce qui ne change pas actuellement c’est que le tabou des règles est bien plus important dans les campagnes que dans les villes, et chez les hommes d’un âge avancé, généralement au-delà de soixante-dix ans.

Un florilège des pires réactions de spectateurs ?

TOP 3 !

3 : « Franchement, on n’a pas envie de savoir comment ça se passe vos règles. C’est votre histoire. Vous êtes tellement plus drôle et intéressante quand vous parlez de notre bite. »

2 : « Oh non, ne parlez pas des règles, déjà qu’à cause de ça on ne peut pas baiser une semaine par mois ! »

1 : « Mais… c’est vrai ce que vous dites là ? » ou encore « C’est dommage que vous inventiez des choses pour faire rire » (notamment en parlant des produits toxiques dans la composition des tampons).

Marina Rollman, Blanche Gardin, Tania Dutel… De nombreuses nouvelles humoristes, comme vous, traitent de thématiques concernant les femmes et le féminisme. Vous êtes-vous posée la question : « Comment me différencier ? » ?

Non, en toute honnêteté. J’ai débuté le théâtre assez tard – à 26 ans – et sans l’ambition d’en faire mon métier, notamment à cause d’une timidité presque maladive. C’est grâce à un concours organisé par le Clash Théâtre à Avignon que je me suis lancée dans l’écriture et la mise en scène d’un spectacle. En cherchant un fil conducteur parmi mes divers sketchs (la grossesse, le tampon, le fait d’être maman…), j’ai trouvé une thématique commune : les femmes. J’ai choisi le titre La Révolution positive du vagin, car la grossesse a tout simplement révolutionné ma vie. Concernant le fait que ce spectacle soit considéré comme « féministe », les premiers à l’avoir qualifié ainsi sont le public et les journalistes.

Je ne me suis jamais considérée comme féministe, c’est grâce à mon spectacle que je me suis rendue compte que l’étais. 

Propos recueillis par LUCILE COPPALLE

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