INSULAIRES (1/5) – François Géneau, principal d’un collège : « Ici, on peut être acteur de l’évolution »

Avec cette nouvelle série d’articles, Cube vous emmène à Belle-Île-en-Mer, dans le Morbihan. Sur cette île distante de vingt kilomètres de la terre la plus proche, le quotidien diffère selon les saisons. Si 5500 habitants y résident à l’année, la population peut monter jusqu’à 35000 personnes durant les mois de juillet et d’août. Entre ce frétillement estival fugace et la paisible tranquillité de la basse saison, comment les Bellilois vivent-ils leur insularité à travers les périodes de l’année ? Pour le savoir, nous avons décidé de questionner ce sentiment si particulier d’attachement à cette terre en pleine mer, à travers les récits des femmes et des hommes qui y vivent en permanence. Pour ce premier article, rencontre avec François Géneau, principal du seul collège public de l’île. Photo : Titouan LE GUILLOU

*Note de la rédaction : article réalisé avant la seconde vague de Covid-19

Entre les casiers colorés et la salle d’histoire-géo, François Géneau s’affaire. A Belle-Île-en-Mer (Morbihan), en cette orageuse fin juin 2020, l’expérimenté principal dirige les derniers jours de cours d’une fin d’année scolaire compliquée, crise du coronavirus oblige. “Ce qui me peine le plus, c’est de devoir expliquer à des élèves que l’on ne pourra pas organiser le spectacle de fin d’année…” D’autant plus difficile pour un homme qui, depuis son arrivée au collège Michel Lotte de Le Palais – le seul établissement public d’enseignement secondaire sur l’île – a multiplié les projets pédagogiques de tous bords. Interventions d’acteurs associatifs locaux, voyages scolaires à Barcelone, Paris ou en Italie ou bien même discussion depuis la Station Spatiale Internationale avec l’astronaute Thomas Pesquet : le collège s’est mué en une véritable fourmilière de connaissances apportées aux 150 élèves qui y sont inscrits.  “J’aime le côté laboratoire que l’on peut retrouver ici.

Sérénité

En 2014, alors en poste dans la région d’Arras (Pas-de-Calais), où il a longtemps exercé, François Géneau doit muter, conformément aux directives de l’Education Nationale, qui limite à neuf années le temps passé dans un établissement. Au fil de ses recherches, il tombe alors sur le poste vacant de principal du collège Michel Lotte. Après un oral avec l’inspectrice d’Académie, son profil est retenu : c’est bien lui qui va diriger le petit collège breton pendant au minimum trois ans. 

Je n’avais pas d’a priori sur Belle-Île en arrivant ici, explique François Géneau. Je n’étais venu qu’une seule fois, durant un stage de voile. Je n’étais descendu du bateau que pour acheter une baguette, et c’est tout ! Je ne connaissais rien d’autre de l’île.” Un véritable pari donc, quand on sait combien l’acclimatation à l’environnement insulaire peut parfois être difficile. Mais pour cet amoureux de la mer, à qui “ça ne fait pas peur de passer plusieurs jours au large”, le quotidien à Belle-Île s’est rapidement révélé agréable. Et à toutes les saisons. “Même en automne, période que j’exécrais dans le Nord, à Belle-Île, on parvient à avoir cette belle luminosité. Et ces paysages qui restent verts toute l’année…” Une douceur de vivre incomparable à ailleurs ?  “Il y a comme une sensation de sérénité ici.

Champ des possibles

Au-delà du cadre de vie, c’est aussi un environnement de travail apaisé qui a séduit François Géneau. Avec toutefois de nouveaux codes, qu’il lui a fallu apprivoiser à son arrivée. D’abord vis-à-vis des élèves, avec qui il n’a pas les mêmes relations que lors de ses précédentes expériences. “Durant mes premières semaines au collège, je sentais une certaine familiarité des élèves vis-à-vis de ma fonction de principal. Mais très vite, je me suis rendu compte que cette familiarité n’était pas négative, mais qu’elle existait au sens où je les côtoie régulièrement ici.” Finalement, cette proximité entre corps enseignant et élèves ne schématiserait-elle donc pas à petite échelle les relations humaines sur l’île ? “Ici, on se croise forcément. Que j’aille au marché, à la plage ou faire des courses, il est à chaque fois très probable que je rencontre un des élèves du collège. Donc au bout d’un moment, même entre enfants et adultes, on reste soi-même.

« Ici, on se croise forcément. […] Donc, au bout d’un moment, même entre enfants et adultes, on reste soi-même. »

François Géneau, directeur du collège Michel Lotte à Belle-Île

Pour François Géneau, auparavant en poste dans un collège de 750 élèves “où [il] a aussi passé de très bons moments”, l’expérience professionnelle au collège bellilois aura donc été très intéressante. “Je suis très heureux de ce que j’ai vécu au niveau pédagogique à Belle-Île.” Facilitée par l’échange régulier avec une équipe pédagogique “motivée, novatrice et qui se remet en cause”, cette manière singulière de faire apprendre lui donne à réfléchir. “Ici, j’ai vu le champ des possibles. Sur une île, les leviers d’action sont faciles. On peut être acteur de l’évolution.” 


Géographe de formation, Monsieur le Principal analyse les rapports humains sur l’île comme les résultantes “de l’impact du milieu sur l’homme et de l’homme sur le milieu. A Belle-Île, on crée des liens de solidarité très forts. Par exemple, s’il faut remplacer au pied levé un collègue qui a dû s’absenter, on le fait sans réfléchir.” Polyvalence, tel est le maître-mot de la mission de François Géneau dans l’exercice de sa fonction à Belle-Île. “Ca correspond bien à mon tempérament.

Pour la septième année consécutive en tant que capitaine du navire Michel Lotte, le quinquagénaire est bien décidé à continuer à mener la barque d’un collège tout sauf isolé à Belle-Île. “L’insularité, elle est d’abord dans la tête.

THEODORE AZOUZE

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