La Note Internationale – janvier 2021

La nouvelle année est l’occasion pour changer l’objectif de la Note Internationale. L’élection présidentielle américaine et la pandémie de coronavirus sont des sujets traités sous toutes les coutures par les médias. L’objectif de ce résumé mensuel va s’efforcer d’évoquer des sujets dont vous n’aurez pas ou peu entendu parler, une occasion pour avoir une vue plus étendue de ce qui se passe dans le monde. Et tout cela en maintenant l’intérêt porté aux sujets géopolitiques. Vous allez donc ce mois-ci découvrir la nouvelle présidente moldave et ce que cela signifie pour l’Union Européenne, et la démonstration de force de la Chine à Joe Biden.

Opération Barkhane : cinq militaires tués et le soupçon d’une bavure

Les attaques envers les soldats français et maliens sont récurrentes depuis le début de l’opération Serval en 2013, renommée Barkhane. Entre fin décembre 2020 et début janvier 2021, cinq soldats français ont perdu la vie en tentant de faire barrage au terrorisme au Sahel. Le scénario typique des attaques comporte des véhicules-suicide piégés ou des bombes artisanales. Ces attaques, revendiquées par le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans, affiliés à Al-Qaeda, remettent encore plus en question la pertinence de la présence française dans la région. Car après sept ans d’opération, les résultats concrets attendent à se faire sentir pour les sahélien.nes. Des groupes de djihadistes ont pu être neutralisés, mais le contrôle total de la région n’est pas acquis. Ce doute se traduit même au plus haut sommet de l’Etat, alors que le chiffre de cinquante militaires tués depuis 2013 vient d’être atteint. La France réfléchirait à réduire ses effectifs au Sahel, alors que le conflit semble au point mort. Le pays est effectivement le seul acteur étranger engagé dans le conflit. En février, le Sommet de N’Djamena réunira les membres du G5 Sahel – cinq pays allant de la Mauritanie au Tchad touchés par l’insurrection islamiste – et la France. Ce dernier pourrait annoncer une réduction des effectifs.

Mais ce n’est pas tout. Alors que l’armée française explique avoir bombardé une position jihadiste « dans la région de Douentza » d’après le colonel Barbry, des habitants du village de Bounti témoignent d’une frappe ayant tué 19 civils lors d’un mariage. Si les deux événements n’en sont qu’un, il s’agirait d’une grave bavure de la part de l’armée. Cette dernière se défend de s’être assuré de la cible par une « opération de renseignement de plusieurs jours » avant de frapper. Cependant, le nombre de bombes utilisées, l’heure de la frappe ainsi que le modèle des avions de chasse décrite par les villageois concorde avec la description de l’Etat-Major. Ce dernier conteste cette version en expliquant que la frappe a eu lieue à plus d’un kilomètre du village, donnant même les coordonnées précises des frappes. Dans l’état actuel des choses, l’enquête ouverte par la division des droits de l’Homme des Nations Unies pourra éclairer la vérité des faits. Enfin, publier les images de la mission d’observation qui a eu lieue en amont du bombardement pourra démêler le vrai du faux.

Un soldat de l’opération «Barkhane», à Menaka, au Mali, le 3 novembre. Photo Daphne Benoit. AFP

La Chine teste le soutien de Biden à Taïwan en survolant Formose

Les derniers jours de l’ère Trump ont fait monter encore plus la pression sur le conflit entre la République Populaire de Chine et Taïwan, qui se nomme officiellement la République de Chine. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a levé les restrictions de contacts entre les officiels américains et taïwanais. Cette règle avait été mise en place car la Chine, dont les Etats-Unis sont dépendants économiquement, avait appelée à ne pas reconnaitre Taïwan comme un Etat indépendant. Taïwan est en effet un ancien territoire chinois, qui est devenu indépendant lorsque la guerre civile chinoise a mené le communisme au pouvoir en 1949. Lors de son mandat, Trump avait par ailleurs renforcé les ventes d’armes à Taïwan et avait envoyé des officiels de l’Etat pour renforcer les liens entre les deux pays.

Voila pour le contexte. La Chine a donc envoyé des avions militaires pour survoler la zone de défense de Taïwan. Le pays communiste supporte de moins en moins cette situation où leur plus grand rival, les Etats-Unis, défendent une île qu’ils considèrent comme étant la leur. Il faut dire que la Chine a entamé un certain expansionnisme dans la mer de Chine du Sud. Elle estime qu’elle est légitime de détenir des îles (et la zone économique exclusive qui va avec) qui se situent à des centaines de kilomètres de leurs côtes. Par exemple, les îles Spratleys qui se situent près des Philippines et de la Malaisie. C’est une tendance géopolitique à suivre de près, d’autant que la Chine a construit sur des minuscules îlot de véritables bases militaires en les terraformant.

Le but de la Chine est de pouvoir envahir Taïwan pour mettre fin à cette situation où perdurent deux Chines. Pour cela, la fin du soutien américain à l’île est non-négociable, car Washington patrouille très souvent autour de Taïwan pour protéger leur allié libéral. La manœuvre de Pékin doit s’interpréter comme un message à l’intention de Biden. Ni la Chine ni les Etats-Unis ne peuvent se permettre de se faire la guerre, les deux pays disposant de l’arme atomique. Le statu quo est que la Chine intimide Taïwan, et que les Etats-Unis défendent Taipei en retour. Les raisons : Washington est le principal rival de Pékin, et Taïwan est libéral contrairement à la Chine continentale, officiellement communiste. Donc, en estimant que la Chine n’abandonnera pas son projet d’invasion, le mode a tout intérêt à ce que le statu quo soit préservé. Et cela tient dans les mains de Joe Bien, le nouveau président américain. Il doit empêcher à tout prix d’accentuer les tensions, tout en assurant la sécurité de Taïwan et en gardant une position dure vis-à-vis de Pékin.

Illustration de Kyoko Nemoto pour Nikkei Asia.
Au-delà de Taiwan, de nombreux enjeux géopolitiques en mer de Chine.

Union Européenne : la Moldavie, un futur membre ?

C’est le moment où vous vous demandez où est la Moldavie sur la carte de l’Europe. A vrai, dire, peu de personnes pourraient dire quoi que ce soit sur ce petit pays d’Europe de l’Est. Pourtant, c’est un haut lieu géopolitique ! Pour être simple, ce pays enclavé est très lié à la Russie, culturellement et économiquement puisqu’il est un important partenaire. La Russie tente d’accroître son influence et son pouvoir en Europe de l’Est, comme la dictature Bélarusse, la guerre au Donbass et l’annexion de la Crimée le montrent. En Moldavie, une situation similaire existe. La Transnistrie, région moldave, a fait sécession à la suite d’une prise de contrôle de populations pro-russe. Comme au Donbass. Cet état de fait illustre le tiraillement du pays entre son allié historique, la Russie, et l’Union Européenne qui constitue une chance pour Chisinau de se développer et de devenir plus démocratique.

Et le peuple a choisi la voie européenne en élisant Maia Sandu, battant le président russophile sortant, Igor Dodon. Un long travail attend la première présidente de la Moldavie, qui a bâti son programme sur la lutte contre la corruption, que Dodon cultivait (il a lui-même été vu en train d’accepter un pot-de-vin de la part d’un oligarque) et sur un rapprochement avec l’Union Européenne. Elle prend comme exemple la Roumanie voisine, modèle de modernisation et de développement grâce à l’Union.

La Moldavie est déjà liée aux vingt-sept grâce à l’accord d’association de 2014. Cependant, une proximité du président ou de la majorité parlementaire avec la Russie a jusque lors empêché un réel rapprochement entre les deux. L’élection de Sandu date de fin 2020, mais entre-temps, la démission du Premier ministre (qui est celui de la majorité parlementaire, toujours prorusse) a pour conséquence l’organisation d’élections législatives anticipée dans les prochaines semaines. C’est une chance pour la nouvelle présidente d’obtenir une majorité parlementaire, sans laquelle son action sera très limitée. Affaire à suivre donc, une victoire du parti de la présidente « Parti Action et Solidarité » au parlement signerait un déclin de l’ingérence russe dans les affaires du pays, et de facto, un changement de paradigme en Transnistrie.

La nouvelle présidente moldave Maia Sandu, le 24 décembre à Chisinau. Photo Bogdan Tudor. AFP
La Transnistrie, peuplée de 500 000 habitants, est une bande de terre entre le fleuve Dniest et l’Ukraine. Idé

Affaire Alexeï Navalny : manifestation inédite en opposition à Vladimir Poutine

Nous avions déjà évoqué l’opposant russe Alexeï Navalny. Après avoir subi une tentative d’empoisonnement présumée par les autorités russes, il s’était enfui en Allemagne afin d’être sauvé. Cinq mois plus tard, il est retourné en Russie pour poursuivre son combat mais fût arrêté dès son atterrissage. Cet événement a causé la colère d’une partie de la population, qui est descendue dans la rue pour protester contre les agissements de Poutine. D’un point de vue français, une population qui manifeste contre son président, c’est anodin. En Russie, Poutine règne sur le pays depuis 1999. Le pays n’a jamais réellement connu autre chose que des régimes autoritaires.

Cependant, le germe de la démocratie pousse partout, même en Russie. La tentative d’assassinat de l’opposant Navanli a fait prendre conscience des restrictions de la liberté d’expression dans le pays. Résultat : des manifestations dans tous le pays et 3300 arrestations d’après l’ONG OVD Info. Près de 40% des manifestants n’étaient jamais sorti protester dans la rue. Au-delà de son statut d’opposant au pouvoir, ses actions pour démontrer l’autoritarisme et la corruption en Russie ont créées une montée en généralité, les manifestants protestant de prime abord contre Poutine. Et ça, c’est inédit depuis 20 ans.

Il faut dire que Navalny venait de faire fort, en diffusant un reportage stipulant que Poutine s’est fait bâtir une villa à un milliard d’euros au bord de la mer Noire. Sur YouTube, la vidéo atteint actuellement 87 millions de visionnages. Son objectif, c’est les législatives de septembre prochain. Bien que les élections soient tronquées, un véritable soutien populaire ferait trembler le pouvoir actuel.

Des agents des forces de l’ordre interpellent un homme lors d’un rassemblement de soutien à Alexei Navalny, emprisonné, à Moscou, Russie, le 23 janvier 2021. MAXIM SHEMETOV / REUTERS

MARTIN NOËL

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