Note internationale – février 2021

Un coup d’Etat militaire a secoué l’actualité internationale de ce mois de février. Nous verrons comment les habitants du Myanmar vivent ce changement et protestent contre la junte qui s’est placée au pouvoir. Il sera également question de droits de l’homme dans la péninsule arabique, à travers l’emprisonnement de la fille de l’émir de Dubaï et la dernière enquête sur les travailleurs étrangers au Qatar.

Coup d’Etat au Myanmar : la démocratie à l’agonie, la Russie et la Chine complaisants.

L’information majeure du mois de février est un coup d’Etat militaire au Myanmar. Le pays, qui connaissait sa première véritable période de démocratie depuis 2011, est retombé dans l’obscurantisme lorsque l’armée, remettant en cause les résultats des dernières élections, s’est emparée du pouvoir. Depuis lors, la population n’a eu cesse de manifester son attachement à la démocratie, refusant la prise de pouvoir par la force. Tirant à balles réelles, la police a déjà ôté la vie à deux manifestants à Mandalay.

La réaction de l’armée : arrêter opposants politiques, militants et journalistes qui soutiennent les manifestations. La situation est précaire pour les citoyens, qui risquent des perquisitions sans mandats, de se faire arrêter en pleine nuit et qui subissent des coupures (volontaires) d’internet pour cause de « circulation de fausses informations et des risques pour la stabilité du pays. »

La raison invoquée pour le coup d’Etat est une prétendue fraude lors des élections générales du 8 novembre dernier, réélisant triomphalement le prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi. Pour autant, la commission électorale avait déclaré qu’aucune fraude n’était à déclarer. Dans les faits, la victoire de Kyi était si écrasante que le parlement avait assez de voies pour faire changer la constitution, très favorable à l’armée. Les analystes ont conclu que cela a été la raison du coup d’Etat.

Alors que les Etats-Unis et l’Union menacent de recourir à des sanctions économiques, la Russie et la Chine appellent à ne pas interférer dans les affaires internes du Myanmar. C’est un problème dans le sens où les deux pays faisant partie permanente du conseil de sécurité de l’ONU, aucune décision forte ne pourrait être prise par les Nations Unies car un vote à l’unanimité est requis.

Des Birmans manifestent contre le coup d’Etat militaire, à Rangoun, samedi. (Myanmar Now/REUTERS)

Sommet du G5 Sahel : un moment charnière pour l’opération Barkhane.

Le 16 février s’est tenu (à distance) le sommet du G5 Sahel, réunissant les 5 Etats menacés par l’islamisme extrémiste en Afrique de l’Ouest – le Mali, la Mauritanie, le Tchad, le Burkina Faso et le Niger – et la France qui est engagée militairement dans la région depuis 2013.

Après huit ans de guerre asymétrique contre divers groupes terroristes, dont le plus important, Al-Qaeda au Maghreb Islamique, le bilan n’est pas à la hauteur des espérances de la France et de ses alliés. Certains chefs terroristes ont été tués, comme le leader d’AQMI. En revanche, maintenir le statu quo ne suffira pas, les soldats français le payants souvent de leur vie. Abandonner la mission reviendrait à livrer les cinq pays sahéliens aux jihadistes, leur objectif étant de créer un Califat, comme en Syrie. Au-delà du Sahel, toute l’Afrique de l’Ouest serait ébranlée par cet perte, ainsi que le monde entier qui devrait s’engager davantage dans la zone.

Le principal frein à la mission est l’absence de véritable soutien à la France. Les pays sahéliens sont en train de se former des armées professionnelles, et les autres forces engagées sont minimes. Alors que la France déploie 5000 soldats, le Royaume-Uni n’en a envoyé que 90, la République Tchèque, 60. La solitude de la France et des pays sahéliens qui se sentent abandonnés à leur propre sort, est accompagnée par un rejet de plus en plus prégnant de la présence française, perçue comme du néo-colonialisme. /Emmanuel Macron étant pied au mur, il a annoncé qu’il proposerait une « évolution » de la présence française après l’été. Alors qu’il était attendu qu’il annonce une diminution des effectifs, Macron a proposé une « action renforcée » au Sahel afin de « décapiter ces organisations. » Il est opportun devoir d’un bon œil le renforcement du soutien au Sahel face à l’obscurantisme du terrorisme. Cependant, il semble irrationnel de vouloir mobiliser davantage de soldats français dans la région. Le dénouement de cette situation pourrait être un second engagement étranger, tout aussi massif que celui de Paris. Cependant, aucun Etat ne s’est prononcé pour une décision aussi lourde, pour l’instant.

Les chefs d’Etats du G5 Sahel au sommet de N’Djamena, le 16 février 2021. G5SAHEL.org

Esclavage moderne : le Qatar à nouveau dans la ligne de mire

Depuis que le Qatar a obtenu d’accueillir la coupe du monde de football en 2022, le pays emploie une main d’œuvre colossale pour la construction des divers stades et routes nécessaires à la tenue de l’événement. Le problème est que, le pays étant devenu riche grâce à l’exploitation du pétrole, peu de natifs sont prêts à travailler dans les travaux publics. La résultante est qu’aujourd’hui, 90% des habitants du Qatar sont des travailleurs immigrés.

Et le traitement des ces personnes est qualifié par Amnesty International d’esclavage moderne. La dernière enquête révélée par The Guardian détaille qu’au moins 6751 travailleurs immigrés seraient morts entre 2010 et 2020 au Qatar. S’appuyant sur les chiffres communiqués par certaines ambassades de pays dont les migrants proviennent, ce chiffre est probablement sous-estimé. Ces personnes voulaient simplement un travail mieux rémunéré afin de pouvoir subvenir aux besoins de leurs familles.

Ce qui est révélée de manière accentuée par le journal britannique est le flou qui réside dans le sort de ces personnes. Une majorité écrasante des travailleurs seraient morts de manière naturelle, à cause d’insuffisances cardiaques par exemple. En revanche, le Haut commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a annoncé que seulement 1% des étrangers au Qatar avaient plus de 64ans. Mourir dans de telles circonstances trahirait une exploitation des travailleurs qui seraient forcés de faire des journées de labeur à rallonge, la plupart de l’année sous plus de quarante degrés.

Jusqu’en septembre 2020, les travailleurs étrangers étaient soumis à la Kafala, un système octroyant aux employeurs les pleins pouvoirs sur leurs employés. Par exemple, ils pouvaient refuser la démission de leur employé ou l’empêcher de quitter le pays. Cependant, à cause de contrôles insuffisant, cette règle serait encore largement appliquée par les qataris selon Amnesty International.

Le Lusail Iconic Stadium à Lusail au Qatar, en décembre 2019. (Hassan Ammar/AP)

Corée du Nord : le régime pirate des entreprises pour financer le pays.

Vous êtes-vous déjà demandé comment le régime Nord-Coréen se finançait ? En étant « les numéros un des braqueurs de banques dans le monde » d’après le procureur fédéral américain John Demers. Grâce à une armée de hackeurs très expérimentés, Pyongyang s’attaque à des entreprises et à des institutions financières afin de leur extorquer de l’argent.

Trois nord-coréens ont été inculpés par les Etats-Unis car ils seraient la cause d’une série de piratages ayant dérobé… 1,3 milliards de dollars. Cette information s’ajoute à celle selon laquelle la Corée du Nord aurait volé pour 300 millions de dollars de cryptomonnaie, qui aurait financé leur programme balistique et nucléaire en 2020. Les services de renseignement du monde entier constatent, impuissants, une montée en expertise de la part des hackeurs nord-coréens. Il se pourrait que les sanctions économique imposées à Pyongyang deviennent désuètes si ce type de piratage se multiplie, offrant à la Corée du Nord une influence accrue.

Etudiants en cours d’informatique à Pyongyang, en 2007, sous les portraits de Kim il-sung et Kim jong-il, grand-père et père du président Kim jong-un. AP

Dubaï : une princesse emprisonnée pour avoir voulu s’enfuir

Nouveau scandale concernant les droits de l’homme à Dubaï. La fille de l’émir de la cité, Latifa Al-Maktoum, a dévoilé à la BBC être retenue contre son gré dans une maison gardée par des policiers. La raison ? Avoir tenté de partir de Dubaï en 2018 par bateau. Cette histoire fait parler d’elle car elle parait sortir du Moyen-Âge : une femme majeure est empêchée de se déplacer par son propre père pour la raison qu’elle est une femme.

Fenêtres condamnées, présence policière, la description est celle d’une prison dorée. Alors elle a pris un risque : témoigner aux yeux du monde entier, sachant que la réaction des autorités serait de la priver du peu de liberté qui lui reste, comme la possibilité d’utiliser son téléphone.

Cette histoire n’est pas sans rappeler celle de Shamsa, sœur de Latifa qui, à 17ans, avait tenté de s’enfuir de sa famille pendant un voyage en Angleterre. Elle résonne aussi avec celle de la princesse Haya de Jordanie, sixième épouse de l’émir de Dubaï qui avait fuit en 2019 avec ses deux enfants.

Le ministre britannique des affaires étrangères, Dominic Raab, a annoncé que les Nations Unies allaient étudier la situation de Latifa. L’objectif de la princesse est donc réussi, à voir si l’ONU peut exercer une pression suffisante pour que les Emirats Arabes Unis la relâchent.  

Images envoyées par la princesse Latifa à la BBC.

MARTIN NOËL

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