A vélo ou aux fourneaux : les citoyens lillois s’engagent auprès des plus démunis

Les cuistots et « riders » font équipe depuis le mois de mars 2020 pour venir en aide aux sans-abris : une initiative menée par le mouvement #PourEux. Née il y a presque un an dans le respect des gestes barrières, le dispositif de livraison de repas s’est étendu dans les grandes villes de France comme Bordeaux, Montpellier, Lyon ou encore Lille. 

Sur la page Facebook de #PourEux Lille, on y retrouve de la solidarité mais surtout de la fraternité.  Les « potos » comme les bénévoles les appellent sont très souvent installés devant des supermarchés, dans des jardins publics, devant une bouche de métro. Isolées d’une société qui les éloigne d’un nouveau départ, ou d’un endroit où se mettre à l’abri, ces personnes vivant dans la rue se retrouvent coupées de tout lien social. Le confinement de mars 2020 n’a rien arrangé à leur condition. Alors le 21 mars 2020, plusieurs personnes ont décidé de créer un mouvement citoyen, revendiqué comme indépendant et apolitique.

 #PourEux est né d’une recette miracle : l’amour. Sans engagement et avec bienveillance, de nombreux volontaires ont décidé de mettre la main à la pâte et de concocter des repas faits maison à destination de ceux qui vivent dans la rue. Ce sont ensuite les « riders » qui prennent la relève des cuistots, pour livrer en vélo ces paniers gourmands. 

CUBE est allé à la rencontre de Hugo, l’un de ces « riders » lillois qui enfourche son vélo pour livrer les paniers repas. « Parfois je finis de bosser à 18 heures, je regarde l’appli, il reste deux repas : il me suffit d’accepter et d’envoyer un message au cuistot pour récupérer les plats », nous explique-t-il.

Voilà quatre mois que ce jeune étudiant de 22 ans s’est engagé auprès du mouvement #PourEux Lille. En quelques chiffres, #PourEux Lille ce sont près de 18 000 repas distribués depuis le mois de mars dernier. 

(Hugo en livraison à Lille Centre pour le mouvement #PourEux © @Hugo Deseure)

Tout a commencé par une réflexion amenée par la crise sanitaire : « Quand on vit une période comme celle de la crise du Covid, on voit l’importance des liens sociaux avec nos proches mais aussi avec ceux qui sont proches de nous, en bas de notre porte, et qu’on ne voit pas forcément ». 

Depuis la Madeleine où il réside, Hugo arpente l’agglomération lilloise à la recherche de paniers à livrer. Le jeune étudiant raconte : « On rentre sur un groupe Whatsapp et après il y a une application pour prendre les livraisons. Lorsque l’on débute, il y a une formation très simple en ligne pour connaitre le fonctionnement du mouvement. Pour ceux qui arrivent et qui ne connaissent pas du tout, on propose ce que l’on appelle « les co-rides » pour faire la livraison à plusieurs. ». 

« Je trouvais ça beau de créer un lien entre des personnes qui ne se sont jamais rencontrées. »

Hugo, bénévole pour « Pour Eux Lille »

Dès sa première livraison, Hugo a eu le sentiment d’être utile : « La toute première fois que j’ai livré, je suis allé chercher des plats à Villeneuve d’Ascq dans une charmante maison où vivait une personne âgée ,et je suis allé faire ma livraison à des potos de la rue. Je trouvais ça beau de pouvoir créer un lien entre ces personnes, même si elles ne se sont jamais rencontrées. ». 

Des membres de #PourEux Lille réunis sur la Grand Place de Lille © Titouan

Très rapidement lors de notre entretien, Hugo m’explique que son engagement citoyen va bien au-delà de l’action proposée par #PourEux. « Le repas est essentiel dans cette démarche mais pour moi le plus important c’est de passer un moment avec eux pour discuter. » Une manière de renouer le lien social avec ceux qui en sont exclus par des gestes simples : une discussion, une oreille tendue aux besoins de l’autre.  

« Il y a une supérette où je vais souvent et en passant à vélo devant avec mes repas, j’ai aperçu un sans-abri et je suis allé le livrer. Encore aujourd’hui dès que je suis dans le coin on discute un peu… même si je n’ai pas de repas. Un jour il m’a fait part du fait qu’il n’avait plus de chaussures, j’ai réussi à m’en procurer grâce à l’ami de mon père et je l’ai retrouvé un peu plus tard pour les lui donner. Cela permet de créer une relation même si on ne se connait pas très bien ».

« Aborder les gens dans la rue, au final, c’est juste rencontrer quelqu’un comme nous »

Hugo, bénévole pour « Pour Eux Lille »

Cependant, le jeune étudiant regrette qu’il y ait des périodes de creux avec trop peu de livreurs. Un manque de bénévoles qui peut s’expliquer par le fait que l’on ne sache pas toujours comment aborder un sans-abri. Sur ce point, Hugo se veut rassurant : « On a parfois un peu peur d’aborder les gens dans la rue. Au final on se rend compte que c’est juste aller rencontrer quelqu’un comme nous, qui traverse une situation plus difficile avec qui on partage cependant des choses en commun ».

Manon DUFOUR

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