A Lille, l’accueil Rosa prend en charge les femmes victimes de violence

Ouvert en juillet 2017, l’Accueil de jour Rosa à Lille (Nord) propose aux femmes subissant des violences écoute, conseils et activités manuelles. Cube a pu rencontrer les bénévoles de la structure.

Lille. 94 rue de Wazemmes. Rien ne semble indiquer un refuge pour les femmes victimes de violence au premier abord. 

Nous sommes obligés de décliner notre identité, et d’attendre qu’une personne nous ouvre pour pouvoir entrer. « Mesure de sécurité », me confirmera-t-on. Nous pénétrons dans une cour, colorée et de taille moyenne. A l’accueil, presque toutes les indications écrites en français sur les murs ont leur équivalent en arabe. C’est Sophie qui nous reçoit. Elle nous guide vers une pièce qui sert lors de conversations privées avec les femmes qui en ont besoin. Nous apprenons que c’est souvent là que le personnel fait un premier accueil. Plus intime, en effet. 

Je lui demande d’abord de nous parler de l’Association Solfa, qui a ouvert l’Accueil Rosa. Cette association fait partie de la Fédération Nationale Solidarités Femme (FNSF), relevant du 3919. Il existe ici trois pôles. Un pôle enfance/famille, un pôle hébergement/réinsertion et un pôle violences faites aux femmes. Dans ce pôle, il y a l’Accueil de jour Rosa, ouvert en juillet 2017, un service d’écoute et un service qui reçoit les enfants exposés aux violences conjugales. L’Accueil Rosa est le premier service ouvert aux violences faites aux femmes : avant, les services n’étaient destinés qu’aux femmes victimes de violences conjugales. Cela comprend donc les violences physiques, les violences verbales, les violences psychologiques, administratives, économiques et sexuelles. A l’Accueil Rosa, sont également accueillies les femmes victimes de mariages forcés, de prostitution, de lesbophobie, de transphobie et de mutilations sexuelles féminines.

©Matteo Urru
Services et prestations

Nul besoin de rendez-vous, les femmes peuvent venir seules, avec leur(s) enfant(s), accompagnées de leur frère, de leur nouveau conjoint… La pièce principale est chaleureuse, colorée, on y écoute de la musique. Il y a un coin lecture, une machine à café, des prises pour les chargeurs de téléphone portable. C’est également ici que travaillent Sophie et ses collègues. Elles répondent aux questions, écoutent, informent, et orientent vers les différents pôles de l’association.

©Matteo Urru

L’accueil de jour Rosa propose aussi des prestations pour les plus précaires, notamment une cabine de douche, avec toilettes, des vestiaires qui fonctionnent grâce à un système de dons de vêtements. La bagagerie sert aux personnes qui dorment chez des tiers, à la rue, ou aux femmes qui préparent un départ du domicile, pour celles victimes de violences conjugales. L’Accueil propose aussi un service de domiciliation, pour les démarches administratives : « elles peuvent avoir une adresse », nous indique Sophie avec bienveillance. « Une laverie. Une connexion internet. » L’Accueil donne également des collations aux personnes sans ressources. En termes d’activité, il y a des cours de français chaque semaine mais la Covid-19 a entraîné la suspension des autres ateliers dont Sophie nous parle, un brin nostalgique : « L’atelier cuisine était un bon levier pour créer du lien entre les femmes : il y avait un thème, ça tournait chaque mois. Si la femme était malgache, elle faisait un plat de son pays, par exemple. » Ateliers yoga, couture, contes pour enfants… La pandémie a tout balayé.

« Pas de preuves à apporter, on travaille avec la parole des femmes »

Les conditions pour bénéficier des services multiples de l’Accueil ? Être en demande, et être victime de violence. Il n’y a pas de preuves à apporter : Sophie et ses collègues travaillent avec la parole des femmes, en confiance mutuelle. Normalement, il y a un nombre limité, pour accueillir les femmes victimes de violence, mais « ce n’est jamais arrivé qu’on refuse. »

©Matteo Urru

Sachant qu’un certain nombre d’entre elles est sans papiers, je demande à Sophie dans quelle mesure la prise en charge de ce problème est de leur ressort. « Ce n’est pas notre cœur de métier, mais malheureusement on en accueille beaucoup. On oriente vers la préfecture, on travaillait beaucoup avec la Cimade [ndlr : association humanitaire qui défend la dignité et les droits des personnes réfugiées ou migrantes], même si maintenant il faut téléphoner, c’est sur rendez-vous, ça complexifie les choses. On a aussi une avocate qui vient faire des permanences « droits des étrangers » pour informer. C’est en réflexion aussi : il nous faudrait un partenariat beaucoup plus important pour accompagner les personnes parce que le droit des étrangers, c’est très complexe, mais oui, effectivement, on en fait de plus en plus. »

CAMILLE RUIZ

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