La Note Internationale – Mars 2021

En ce mois de mars, l’accent sera mis sur l’Union Européenne à travers deux nouvelles. Premièrement, son action groupée contre la Chine afin de dénoncer le génocide des Ouighours. Ensuite, nous analyserons les efforts d’un pays des Balkans dans le processus d’élargissement de l’Union: la Macédoine du Nord. Il sera également opportun d’évoquer un tournant pour la conquête spatiale, la naissance d’une alliance forte entre Pékin et Moscou. Enfin, nous reviendrons sur le désastre humanitaire et social qu’est la guerre au Yémen, la force rebelle ayant agi en mars.

Génocide des Ouighours : l’Union Européenne sanctionne la Chine pour la première fois depuis Tian An Men.

Le régime communiste chinois est accusé depuis plusieurs années de persécuter la minorité Ouighour dans la région du Xinjiang. Après maintes et maintes réactions non-coercitives de la part des Vingt-Sept, l’Union a finalement appliquée des sanctions envers la Chine. Le Royaume-Uni, le Canada et les Etats-Unis ont également rejoint cette action. Concrètement, quatre responsables présumés de violation des droits de l’homme sont désormais interdits de se rendre dans l’Union Européenne. De surcroit, les avoirs qu’ils détiennent dans l’Union sont gelés. Les Américains, Britanniques et Canadiens ont pris des mesures similaires. Ils avaient déjà empêché l’importation de certains produits utilisant du coton provenant du travail forcé des Ouighours.

Cette action groupée, bien que limitée, est une première sanction européenne envers la Chine pour violation des droits de l’homme depuis les manifestations de la place Tian An Men en 1989. Elle lance l’espoir d’une Europe humaniste, qui ne résume ses actions à sa dépendance économique et matérielle à la Chine. Car la Chine le sait, elle est en position de domination. La délocalisation des industries européennes vers l’Asie, très souvent en Chine, permet à Pékin d’agir en toute impunité car l’Europe a besoin de ses biens, à commencer par les masques chirurgicaux.

Et pourtant, l’Europe a agi. Elle prouve qu’elle peut être capable d’unité, et d’affirmer ses valeurs avant l’argent.

Pékin a réagi à cette sanction, en sanctionnant à son tour. Dix personnalités européennes, dont l’eurodéputé Raphaël Glucksmann – fermement engagé dans la défense de la population Ouighour – sont interdits de se rendre en Chine, ainsi que toute leur famille. Par ailleurs, ces personnes ont l’interdiction de se rapprocher de toute autorité ou entreprise chinoise. La raison détaillée est une mise à mal de « la souveraineté » et « des intérêts de la Chine et de propager des mensonges et de la désinformation. » Cependant, les preuves s’accumulent dans le sens d’un génocide des Ouighours par Pékin.

Josep Borrell, le chef de la diplomatie Européenne annonçant les sanctions envers la Chine, le 22 mars 2010. ARIS OIKONOMOU / POOL VIA AP.

Géopolitique spatiale : la Russie et la Chine rêvent d’une base commune sur la Lune

Le spatial était l’un des seuls domaines où la Russie et les Etats-Unis coopéraient, notamment grâce à leur présence dans la Station Spatiale Internationale. En 2017 naquit le projet d’une station orbitale autour de la Lune. Américains, Japonais, Russes et Européens s’étaient réunis afin de le mettre en œuvre la « Deep Space Gateway. » C’était sans compter la dégradation des relations russo-américaines, et le rapprochement entre Moscou et Pékin. L’accusant d’être un projet de l’OTAN et américano-centré, l’agence spatiale russe Roscosmos a claqué la porte en janvier dernier. Dans le même temps, la Russie a flatté le programme spatial chinois, en expliquant qu’il « partage franchement ses informations. »

Ce mois-ci ont été signés des accords entre les deux agences spatiales, Roscosmos et CNSA (l’agence chinoise) afin de construire mutuellement une « station lunaire de recherche internationale. » L’objectif est ambitieux, du jamais vu dans la conquête spatiale. Il s’agira d’une base chargée d’accueillir des cosmonautes et taïkonautes qui auront des missions diverses, allant de l’exploitation de la Lune à l’accueil d’une équipe en direction de Mars. Suivant les dernières découvertes scientifiques, l’intérêt lunaire se dirige vers le pôle Sud, où l’on a découvert la présence d’eau. La Chine a d’ailleurs déjà prévu des missions inhabitées dans cette zone, à partir de 2023.

De surcroît, le duo oriental a ouvert ses portes aux autres pays, sous-entendu les puissances spatiales occidentales. Alors que l’Agence Spatiale Européenne s’est dit intéressée par le projet scientifique, les Etats-Unis se refusent toujours à collaborer avec la Chine, dont une loi de 2011 interdit l’utilisation du budget fédéral dans le dessein de collaborer avec l’Empire du Milieu.

L’agence spatiale chinoise et l’agence russe célébrant leur accord de coopération. (CNSA)

Yémen : les rebelles Houthis vont-ils contrôler l’intégralité du pays ?

Pour résumer le conflit, il a été initié par le sentiment de marginalisation de certaines tribus du Nord du Yémen par le pouvoir central. Depuis 2014, les rebelles Houthis, d’obédience chiite, ont fait sécession et se battent contre un gouvernement qu’ils ne reconnaissent plus. En 2015, l’Arabie Saoudite voisine est entré en guerre pour soutenir les forces loyalistes. Depuis, elle s’est enlisée et la population risque une famine intense.

Les rebelles contrôlent la côte ouest du pays, dont la capitale, Sanaa. En mars, le groupe a initié la prise de la ville de Marib, stratégique pour ses sols contenant du pétrole et du gaz. Elle avait déjà tenté de l’investir en 2014, sans succès et provoquant de nombreux déplacements de population.

De son côté les Etats-Unis ont changé de position en même temps que de président puisque Joe Biden a fait annuler la catégorisation des Houthis comme force terroriste. Cela aurait empêché l’envoi d’aide humanitaire, dont 80% de la population dépend. Par ailleurs, Washington semble s’engager sur une voie pacifique puisqu’elle a entamé des négociations officieuses avec le chef des négociateurs Houthis, Mohammed Abdul-Salam. Enfin, les Etats-Unis ont arrêté de soutenir les opérations offensives de l’Arabie Saoudite.

L’objectif américain est de stopper la prise de Marib afin d’entamer des pourparlers entre les deux forces, mais pendant que la diplomatie agit, des milliers de Yéménites risquent leur vie dans ce que l’on appelle une guerre oubliée.

L’offensive des rebelles Houthis dans la province de Marib. AFP
En vert, la zone contrôlée par les rebelles Houthis, en rouge, celle contrôlée par les forces loyalistes. Wikipedia.

Intégration européenne : et si c’était le tour de la Macédoine du Nord ?

En janvier nous parlions de la potentielle intégration de la Moldavie à l’Union Européenne, notamment grâce à une nette amélioration de des libertés civiles et politiques en son sein. L’an passé, la Macédoine du Nord a été le pays européen où les libertés se sont le plus amélioré, d’après l’ONG Freedom House. Alors qu’il faut une note de 70/100 pour qu’un pays soit considéré libre, la Macédoine du Nord obtient 66. En comparaison, la France est à 90.

Dans les faits, la situation s’améliore depuis 2017, date à laquelle une coalition sociale-démocrate a remplacée un gouvernement populiste de droite. L’objectif du chef du gouvernement Zoran Zaev est simple, devenir un candidat crédible à l’intégration de son pays à l’Union Européenne. Rejoindre les Vingt-Sept est vu comme une opportunité d’agrandir ses partenariats économiques, et est synonyme d’aide financière. Un exemple éloquent de ce « rêve européen » est la Roumanie, qui se porte bien mieux politiquement et socialement qu’avant son intégration.

Un effort rare avait été fait par Skopje en 2019, celui de changer son nom afin de résoudre un conflit avec la Grèce. Historiquement, une partie de la Macédoine est grecque. Le pays s’est dont renommé Macédoine du Nord. Athènes qui avait posé son véto à l’intégration européenne à ce moment-là, l’a retiré. Cependant, en 2020 c’est la Bulgarie, menée par l’extrême droite qui a posé son véto pour des raisons de disputes autour de leur identité nationale.

L’Union a été critiquée pour ce blocage, alors que plusieurs membres ont régressé en termes de libertés en 2020. Par exemple, la Hongrie n’est plus considérée que comme un pays partiellement libre, obtenant 69/100, à trois points de la Macédoine du Nord. Les efforts de la Macédoine du Nord paieront peut-être dans le futur, mais l’UE reste pour le moment peu encline à une nouvelle intégration.

Le Premier ministre Nord-Macédonien, Zoran Zaev. (Robert Atanasovski/AFP)

MARTIN NOËL

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