La crise sanitaire remet les marches pour le climat d’actualité

Deux ans après les premières marches pour le climat, le combat pour l’écologie comme la justice sociale et solidaire sont de nouveau de sortie. Une marche a été organisée ce vendredi 19 mars par différentes organisations, dont Youth For Climate, dans plusieurs grandes villes de France afin de rappeler que les préoccupations climatiques et sociales ne se sont pas évaporées avec la crise sanitaire, bien au contraire. 

Vendredi après-midi ensoleillé. Les manifestants se rassemblent place du Panthéon qui reste pourtant bien moins noire de monde que lors des précédentes marches pour le climat (cette fois-ci 10 000 personnes selon les organisateurs, 3000 selon la police). Peu relayées par les grands médias, les manifestations de ce genre n’attirent plus autant l’intérêt du public, faisant désormais partie du paysage militant. Cela n’a néanmoins pas découragé ceux qui ont fait le déplacement. L’ambiance est à la fête, les chants fusent, les sourires juvéniles s’étirent sous les masques. À un moment, une fanfare rejoint le cortège et l’égaye aux sons de ses trompettes et ses tambours. Mais les slogans sur les pancartes, eux, contrastent avec l’humeur ambiante : « Le climat est plus chaud que mon plan cul », « Marre des légumes qui voyagent plus que moi ». Rédigés avec un évident sarcasme et une profonde amertume, ils rappellent la raison d’être de ce rassemblement. 

Réchauffement climatique, précarité étudiante et Covid, copains comme cochons

« Beaucoup de gens nous ont rejoints pendant le confinement de mars dernier, car ils ont fait le lien entre les pandémies, le réchauffement climatique et aussi avec les températures record de cet été etc. » explique Marie, 19 ans, membre de Youth for Climate depuis sa création. Effectivement, si l’on en croit le rapport de la plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques, l’IPBES, on peut établir une corrélation évidente entre les activités humaines responsables du réchauffement climatique, l’appauvrissement de la biodiversité et les pandémies. En cause, la barrière qui sépare les hommes et les animaux est de plus en plus poreuse, ce qui est dû notamment à l’élevage intensif qui constitue une voie royale pour les virus. 

Photo : Anna Perra

Mais la pandémie n’a pas seulement montré l’absurdité de notre système économique, elle a également exacerbé la détresse sociale : « Globalement, on se bat pour une justice économique et sociale, ces deux notions sont indissociables. On se bat pour un monde climatiquement viable mais s’il y a toujours des inégalités derrière, ce monde-là ne sera pas toujours acceptable. C’est pour cela que l’on crée des ponts de solidarité entre les associations. ». Preuve de cette lutte inclusive, des syndicats étudiants ont pris la parole pour rappeler la précarité dans laquelle sont plongés bon nombre d’étudiants depuis le début de la pandémie. Selon eux, la peine est double : un présent saboté symbolisé par les files interminables qui mènent aux Restaurants Universitaires, ainsi qu’un futur qui ne présage rien de réellement meilleur. 

Un anniversaire nécessaire 

L’année dernière, le mouvement avait fait les frais d’un calendrier malheureux avec une manifestation organisée la veille du confinement national strict. Éternellement reportée à des jours meilleurs, le 19 mars 2021 s’est présenté comme une date idéale, deux ans après les premiers engouements qui avaient conduit à des marches historiques. L’actualité nationale s’y prête aussi : selon la communauté pédagogique, la loi relative à l’enseignement supérieur et à la réussite des étudiants (loi ORE de 2018) précarise le monde de la recherche et des universités, passerelles cruciales pour trouver des solutions à l’urgence climatique. Clé de voûte des revendications de la marche, la protestation contre la loi climat a montré les limites d’une expérience démocratique pourtant ambitieuse en adoptant in fine seulement quatre propositions sur les 150 proposées par la convention citoyenne pour le climat. 

Photo : Anna PERRA

Mais au-delà de cette fenêtre d’opportunité, la motivation sous-jacente de cette marche s’inscrit également dans la volonté de recréer du lien social après une année de mobilisation en distanciel : « On avait besoin de retrouver des gens » résume Marie. Davantage que proposer des solutions à l’emporte pièce pour la préservation de l’environnement, les marches pour le climat constituent plutôt des moments de convergence qui fédèrent des individus par ailleurs radicalement différents, tous désireux de mettre à l’agenda politique un problème qui fait urgence. Et pour les curieux à leurs fenêtres ou les flâneurs qui rejoignent le cortège un peu par hasard, elles créent une première porte vers l’engagement comme l’explique Marie : « Les marches servent à porter la parole des scientifiques qui alertent depuis 40 ans et à sensibiliser la population. Je suis persuadée que si l’on informait les gens de comment ils vont être impactés, ils se bougeraient. ». Si les manifestations de ce type, mais aussi diverses formes d’engagements, trouvent encore de l’écho, c’est parce que la crise environnementale n’est pas une fatalité et que la prise de conscience collective sera massive ou ne sera pas.

Article et crédits photos : ANNA PERRA

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