Fin de vie : « Je veux mourir… parce que ce n’est pas moi »

À l’initiative du député Olivier Falorni, un texte de loi ouvrant la possibilité à une « assistance médicalisée active à mourir » a été débattu à l’Assemblée nationale ce jeudi 8 avril. Faisant l’objet de plus de 4000 amendements, l’adoption de cette proposition de loi est pour le moment matériellement impossible. Faut-il encadrer et autoriser l’euthanasie en France ? Le sujet fait débat et déchire la majorité. Martin Landes est masseur kinésithérapeute libéral et a exercé dans des unités de soins intensifs, continus, et palliatifs, accompagnant des patients en fin de vie. Rencontre. 

“Notre mission est d’accompagner les hommes et les femmes dans leur vie, de leurs premiers cris à leur dernier souffle.”

Martin Landes rappelle le quotidien extrêmement difficile des soignants : “nous sommes confrontés au quotidien à la mort, imposée au patient ou sollicitée par lui-même. Avec la pandémie qui s’ajoute à notre quotidien, ça devient lourd, trop lourd pour nous,” mais aussi celui des malades concernés. “Souvent, ils ignorent le pronostic. Parfois, ils en ont conscience ou en sont avertis. Certains patients seront révoltés, d’autres s’effondreront dans vos bras, d’autres encore seront résignés et consacreront leurs derniers instants à organiser leur départ, quand certains souhaiteront se suicider comme ils claquent la porte, laissant derrière eux une pagaille sans nom…”

“Nous sommes confrontés à la mort  au quotidien. Avec la pandémie qui s’ajoute à notre quotidien, ça devient lourd, trop lourd pour nous.

La proposition de loi actuellement discutée prévoit l’autorisation d’une « assistance médicalisée active à mourir » pour toute personne « capable et majeure, en phase avancée ou terminale d’une affection grave et incurable », ne pouvant être « apaisée » ou jugée « insupportable ». En effet, Martin Landes souligne l’importance de la situation des personnes non condamnées mais qui souhaitent se donner la mort : “comment parler de tous ceux dont le pronostic vital n’est pas en jeu, mais dont le corps et l’esprit ne leur permettent plus de se projeter dans l’avenir. Dépendre des autres pour tout, jusqu’à leur intimité. Cette douleur qui ne vous permet plus de vous projeter dans la vie et qui fait de vous un boulet pour vous et pour les autres … même si ce n’est vrai que pour vous-même.”

“Certains se définissent comme des morts-vivants, ils n’en peuvent plus de souffrir physiquement et psychologiquement. Tout devient insupportable.”

Considérée comme une ultime liberté pour certain, et comme une transgression majeure pour d’autres, le soignant estime que les parlementaires n’ont pas le recul nécessaire pour rejeter le principe de cette proposition de loi. “Avec le COVID qui vient nous surcharger encore, quelle violence psychologique pour les professionnels de santé ! Peu de personnes peuvent imaginer l’ampleur de la situation. D’ailleurs, comment les politiques le pourraient-ils ? Ils ne connaissent pas la mort. Peut-être par une expérience personnelle ponctuelle ou par l’interface des écrans… Il suffit d’un clic pour passer à autre chose, alors que cette souffrance insurmontable du patient fait partie du quotidien de beaucoup de soignants.”

“Les politiques ne connaissent pas la mort. Peut-être par une expérience personnelle ponctuelle ou par l’interface des écrans… Il suffit d’un clic pour passer à autre chose.”

Actuellement, une “sédation profonde et continue jusqu’au décès” est autorisée par la loi Claeys-Leonetti de 2016. Pour les députés méfiants de la nouvelle proposition de loi, il conviendrait mieux d’appliquer pleinement la loi Claeys-Leonetti qui prévoit quand même une sédation profonde permettant le décès, mais sans euthanasie active. Tandis que pour les partisans de cette nouvelle réforme, les lois actuelles sont clairement insuffisantes. Selon Martin, qui vit au coeur de cet accompagnement des patients en fin de vie depuis des années, “il est nécessaire de proposer une loi sur le suicide assisté, mais elle doit être particulièrement bien encadrée et contrôlée. La mort est définitive, il n’y a pas de retour possible.”

MARINE PATTYN

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